|
Communauté
française. Contrat pour l’Ecole : rêves et réalités.
Bernard DE COMMER,
Président de l’ASBL ELIE BAUSSART, conscience de Wallonie
;
Anciennement FONDATION ELIE BAUSSART.
Première partie : genèse du Contrat
pour l’Ecole.
A/ De la communautarisation à 2004.
En 1988- 1989 – soit un an avant les premières
grandes grèves dans l’enseignement- les compétences
des Communautés sont élargies. La totalité
de l’enseignement quitte le giron national pour les rejoindre (sauf
quelques compétences résiduelles comme l’âge
de l’obligation scolaire par exemple). C’est le début des
problèmes. Une loi spéciale (16/01/1989) relative
au financement est votée. C’est contre cette loi que manifesteront
durant des mois les enseignants en 1990 aux cris de : il faut revoir
la loi de financement.
L’austérité est de mise. Bon nombre
de demandes des enseignants apparues dans les trois enquêtes
récentes, dont nous reparlerons plus avant, et relayées
par leurs organisations représentatives étaient déjà
exprimées à l’époque. Citons en vrac : un allégement
de la charge horaire, des normes objectives de dédoublement
des classes, la modification du système de comptage des élèves,
l’engagement de personnels auxiliaires d’éducation dans le
fondamental, la démocratisation des études, la redéfinition
de la fonction de directeurs, etc. A propos de ces derniers, par
exemple, relevons ce que disait une des organisations signataires
de la déclaration commune : « Mais trop souvent, ces
derniers (les directeurs) sont dans l’incapacité d’assumer
cette mission essentielle (l’animation des équipes pédagogiques).
Outre qu’ils sont de plus ne plus écrasés par des
tâches administratives, ils sont trop peu nombreux à
posséder les qualités et la formation nécessaires
pour animer les groupes qui constituent leur personnel » Le
Projet de Contrat stratégique reprend et développe
cette idée en affirmant : « Il convient de promouvoir
des chefs d’établissement bien formés et capables
d’exercer leurs missions mais également de les aider et de
les soutenir dans leurs tâches »
En ce qui concerne plus particulièrement
les savoirs et apprentissages de base, le Conseil de l’Education
et de la Formation, dès 1992, déclare : « L’école
maternelle et l’école primaire doivent être organisées
en une école fondamentale qui les articule en une structure
plus harmonieuse, moins fragmentée et plus respectueuse du
rythme et du mode d’apprentissage des élèves. L’école
fondamentale se mettra en dialogue avec le 1er degré du secondaire
» Le Contrat stratégique clone en quelque sorte ce
souhait en ces termes : « La mise en place d’un véritable
tronc commun (de la maternelle jusqu’à la fin du 1er degré
secondaire) s’impose donc tant du point de vue de l’égalité
que de l’efficacité. Il concrétise le continuum pédagogique
prévu par le décret « Missions » «
La maîtrise des socles de compétences au terme de ce
continuum garantit à tous la construction et le développement
des apprentissages fondamentaux » Ce même Conseil de
l’Education et de la Formation, en 1998, attire l’attention du pouvoir
politique sur les problèmes de lecture rencontrés
par les élèves en Communauté française
. Il cite à ce propos une enquête datant de 1991 et
montrant que si, en lecture, nos élèves de 9-10 ans
se situent dans la moyenne des élèves des pays industrialisés,
les 14-15 ans obtiennent des résultats très inférieurs
à cette même moyenne. Le Contrat stratégique,
citant les enquêtes PISA 2000 et 2003 confirme que la principale
faiblesse du système éducatif en Communauté
française est bien de compter « une proportion de très
bons lecteurs inférieure à la moyenne européenne
»
Réagissant à l’enquête PISA
2000, le Conseil de l’Education et de la Formation n’y va pas par
quatre chemins. Oui, notre enseignement présente des «
faiblesses significatives » qu’ « il serait vain de
nier » et « regrettable de ne pas pouvoir palier rapidement
des carences qui conduisent à des inégalités
inacceptables » Le Contrat stratégique entérine
ces constats, déclarant que « c’est surtout la manque
important d’équité qui est très interpellant
» Et de citer les statistiques en Communauté française
où il appert que les retards s’élèvent à
9% en début de 1ère année primaire pour grimper
à 20% en fin de 6ème primaire et plafonner à
quelque 60% en fin du secondaire. Etant entendu et significatif
que le redoublement, dans le secondaire, ne touche que 29% des élèves
dans l’enseignement général, mais 73% dans le technique
et 82% dans le professionnel .
Le décret « Missions » a lui
aussi joué un rôle non négligeable dans la genèse
du Contrat stratégique en ce sens qu’il donne pour missions
à l’école « d’amener tous les élèves
à s’approprier des savoirs et à acquérir des
compétences qui les rendent aptes à apprendre toute
leur vie et à prendre un place active dans la vie économique,
sociale et culturelle » et « d’assurer à tous
les élèves des chances égales d’émancipation
sociale » (article 6) Dans son article 9, le législateur
insiste tout particulièrement sur « l’apprentissage,
l’approfondissement de la langue française et la maîtrise
de la mathématique ». Soit deux des piliers des savoirs
et apprentissages de base. Il donne en outre des objectifs communs
à l’enseignement fondamental et au 1er degré de l’enseignement
secondaire et contraint les établissements qui organisent
les deux niveaux d’inscrire dans leur projet d’établissement
les moyens mis en œuvre pour assurer le continuum dont il a té
question ci-dessus (article 14)
A relever, à propos de ce décret,
les constats formulés par Jean-Emile CHARLIER, professeur
aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons : «
le principe d’égalité de tous les usagers était
précédemment perçu comme le moyen de réaliser
l’idéal de démocratisation des études »,
principe depuis apparu comme « incapable de réaliser
l’égalité de chances qu’il promettait » Et d’ajouter
qu’« une critique générale de la standardisation
s’est alors répandue qui a mis en exergue son inefficacité
économique et son incapacité à préparer
les jeunes de l’enseignement technique et professionnel à
l’emploi » Dans sa volonté de refonder l’enseignement
qualifiant, le Contrat semble balancer sans cesse entre ces deux
pôles.
Sous la législature précédente,
à la demande expresse des organisations représentatives
des enseignants, le Ministre Jean-Marc NOLLET, Ministre de l’Enseignement
fondamental, confie aux Facultés universitaires St-Louis
le soin d’enquêter auprès des instituteurs. Nous sommes
en février 2004. Deux autres enquêtes suivront concernant
les personnels de l’enseignement secondaire et de l’enseignement
spécialisé, niveaux relevant de la compétence
du Ministre Pierre HAZETTE. Toutes trois aboutissent à des
constats similaires, à savoir le fossé qui existe
entre le rêve et la réalité et ce faute surtout
de moyens. Et mettent en avant la nécessité d’une
cohérence qui ne fût pas imposée d’en haut,
comme l’exprime fort bien le rapport sur la consultation menée
dans l’enseignement fondamental : « non pas une cohérence
forcée de l’injonction, du vœu pieux ou de la méthode
Coué qui fait porter sur eux (les enseignants) la charge
de la réussite et le poids de l’échec mais une cohérence
effective et pratique » Message reçu 5 sur 5 par le
Contrat stratégique qui se veut justement « formidable
effort de systématisation, de clarté et de transparence
» en recherchant « l’adhésion à un projet
commun (qui) est le prix à payer pour que chacun, individuellement
et collectivement, participe à l’effort »
Il n’est peut-être pas inutile non plus de
rappeler que, dès 2000, en Région wallonne, où
une certaine Marie ARENA est active, est élaboré un
Contrat d’Avenir pour les Wallonnes et les Wallons. Dans sa version
actualisée en 2005, on y lit, par exemple, que ce contrat
est « le fruit de la participation de tous », «
que les grandes organisations représentatives syndicales
et patronales, les organes consultatifs, les corps intermédiaires
et les associations se sont investies dans la démarche et
les citoyens ont répondu nombreux à la consultation
pour compléter et amender le texte » Comment ne pas
rapprocher cela de la manière de procéder pour la
consultation et la concertation dont on reparlera plus avant ? Indéniablement,
bis repetita placent.
B/ Sous l’actuelle majorité.
L’année 2004 est une année d’élections.
Les partis politiques ne peuvent évidemment ignorer que tous
les feux rouges sont allumés en matière d’enseignement
et depuis des années. Leurs programmes reflètent cette
préoccupation majeure en Communauté.
Il ne faut pas bien longtemps au Parti Socialiste
et au Centre Démocratique Humaniste pour tomber d’accord
sur un programme de majorité, scellé dans la Déclaration
de politique communautaire 2004-2009. Cette Déclaration s’inscrit
dans la ligne droite de ce qui s’est fait en Région wallonne.
On y dit, entre autres : « (Les défis) ne pourront
être relevés que par une dynamique collective globale
et cohérente. PS et CDH ont l’ambition de créer une
telle dynamique en définissant avec tous les acteurs concernés
des priorités communes et en responsabilisant chacun dans
les actions à mettre en œuvre pour les concrétiser
»
Dès l’introduction donc, cela sent le Contrat
stratégique et d’ailleurs la page 4 viendra confirmer cette
impression de manière très explicite puisqu’il y est
fait référence à « un contrat stratégique
pour l’école »
Les trois objectifs qui émergeront du futur
Contrat stratégique sont déjà clairement présents
dans l’accord de majorité : renforcer la qualité et
l’équité de l’enseignement ainsi que l’efficacité
dans l’organisation du système. De même y retrouve-t-on,
quasi-mot pour mot, les trois axes prioritaires du futur Contrat,
à savoir : un recentrage sur les savoirs et apprentissages
de base, une revalorisation des enseignements qualifiants et une
école mieux organisée, mieux pilotée, mieux
régulée.
Une lecture plus approfondie des deux textes montre
des éléments similaires, de véritables «
coupés/collés » : renforcement de l’encadrement
dans le fondamental, remédiation immédiate, tronc
commun, manuels scolaires, etc. Il serait trop fastidieux et pour
dire hors de propos de dresser la liste exhaustive de ces parfaites
concordances, mais sans conteste le Contrat stratégique prend
racine au cœur même de la Déclaration de politique
communautaire. Cette dernière, pour rappel consacre 25 de
ses 97 pages à l’enseignement.
Dans quelle mesure, Parti Socialiste et Centre Démocratique
Humaniste avaient-ils déjà anticipé le Contrat
dans leur programme ? Tenter de répondre brièvement
à cette question nous paraît pertinent. Un parti a-t-il
imposé sa vision des choses à l’autre, comme l’affirmait
le Mouvement Réformateur au lendemain de son éviction
par Elio DI RUPPO ? Ou au contraire, cette déclaration en
matière d’enseignement, relève-t-elle d’un compromis
?
Pour le Parti Socialiste, « les réformes
seront désormais élaborées avec des enseignants,
testées avant d’être généralisées
et évaluées après leur mise en application
» En ce qui concerne les savoirs et apprentissages de base,
c’est l’une des deux priorités du Parti socialiste, l’autre
étant l’enseignement qualifiant. Pour parvenir à ce
que les élèves maîtrisent tous ces apprentissages
et savoir de base, ce parti recommande de renforcer l’encadrement,
d’instaurer une pratique de remédiation immédiate
et d’encourager l’utilisation des manuels scolaires. Il parle, à
propos de l’enseignement qualifiant, d’une harmonisation par zones
notamment et d’une revalorisation des enseignements techniques et
professionnels. Il souhaite « un véritable tronc commun
comprenant les six années de l’enseignement primaire et les
deux premières années de l’enseignement secondaire
» Il prêche pour un décloisonnement des filières,
la création de passerelles entre types de formation et une
modularisation des cours techniques et pratiques.
Le Centre Démocratique et Humaniste rejoint
le Parti Socialiste sur beaucoup de points. Comme lui, parlant des
réformes, « les enseignants doivent y être associés
et formés avant leur généralisation »
Ce parti préconise « une véritable école
du fondement pour permettre à tous d’avoir huit années
d’apprentissages en commun » Le choix n’intervenant qu’à
14 ans. Mais en ce qui concerne l’enseignement technique et professionnel,
au moins dans les termes, il va plus loin que le Parti Socialiste
: il parle, lui, de « refonder » les enseignements techniques
et professionnels. C’est ce terme qui sera d’ailleurs repris au
Projet de Contrat stratégique (page 28)
Pas besoin de grands développements pour
réaliser que ces deux partis étaient, bien avant le
scrutin, sur une même longueur d’onde. Dans leur programme
respectif se retrouvent bien les axes prioritaires du Projet de
Contrat stratégique.
Nous sommes en décembre 2004. Mme ARENA a
rendu publique son intention d’un Contrat stratégique pour
l’Education. En préalable, elle a souhaité que les
partenaires sociaux et autres organisations représentatives
de la communauté éducative s’engagent par une déclaration
commune qui « trace les bases du contrat stratégique
en préparation » et « exprime une analyse partagée
de la situation, identifie les objectifs prioritaires à long
terme, détermine les chantiers à entreprendre pour
atteindre ces objectifs et à faire un calendrier de travail
»
Convaincre les uns et les autres de signer n’a pas
été chose aisée. Un certain nombre de réunions
ont eu lieu qui ont débouché sur des amendements au
texte initial et l’on perçoit encore aujourd’hui, dans le
chef de quelques-uns, comme un regret dans la plume. Ainsi, cette
affirmation de Willem MILLER de la CSC-Enseignement selon laquelle
en signant cette déclaration son organisation ne s’engagerait
qu’à « participer activement et constructivement aux
travaux préparatoires à la concertation visant à
l’adoption d’un contrat stratégique » On peut évidemment
voir les choses sous cet angle-là. Mais il nous paraît
en tout cas que l’engagement des signataires va au-delà de
cela. Car, enfin, on y parle bien d’une analyse « partagée
» (pages 1 et 4) ; de ce que les « signataires s’engagent
à faire converger leur ferme volonté d’améliorer
la qualité et d’élever le niveau de l’éducation
en Communauté française » (page 6) ; de ce que
« les signataires s’accordent sur un certain nombre de priorités
» (page 7) ; de ce qu’ils « décident de se donner
trois moyens d’action permettant d’améliorer l’efficacité
du système éducatif » (page 7). En un mot comme
en cent, les signataires se donnent mutuellement une obligation
de résultat. Et quand donc J. LISMONT, pour le SEL-SETCa,
écrit que Mme ARENA « s’est donné une obligation
de réussite » « car un échec ou une volte-face
signifierait la fin de tout espoir pour des années (voire
des décennies) de l’idéal d’une école qui,
palliant les inégalités dues à l’origine sociale,
parvient à l’égalité de résultat dans
l’objectif d’une société plus juste, solidaire et
fraternelle » , il a bien entendu raison, mais il serait plus
complet d’y ajouter que les autres signataires sont aussi condamnés
à réussir.
Le futur Contrat stratégique a donc assuré
ses arrières avant même que d’être livré
à la consultation et à la concertation.
Cette consultation et cette concertation, nous l’avons
vu ci-dessus, a été voulue par le gouvernement. Comme
le dit le Contrat stratégique (page 6), « le Pas sans
nous des enseignants nous interpelle et nous fait dire que le processus
de changement est tout aussi important que le changement lui-même.
Tant ce processus que les mesures doivent être mobilisateurs.
D’où l’importance de présenter ce projet, d’en débattre,
de l’amender au regard des forces disponibles et des suggestions
émises. D’où l’importance de maintenir ce dialogue
tout au long de la mise en œuvre du Contrat stratégique pour
l’Education »
Dès lors, le gouvernement va mettre en place
des structures de dialogue préalable à l’adoption
du Contrat : sept soirées-débat, un forum internet,
une adresse postale, des groupes de travail constitués avec
les signataires de la déclaration commune.
Dans les soirées-débat, c’est un peu
tout et n’importe quoi comme le souligne Michel VRANKEN (CGSP) :
« Quant au débat public lancé par le gouvernement
dans les réunions locales, il est bien conforme à
ce que l’on devait attendre d’une démarche de ce type à
la limite du populisme »
Tout avait pourtant bien commencé, le 16
février, lorsque la Ministre rencontrait les enseignants
ayant participé en 2004 aux trois consultations. Elle avait
pu, de son propre aveu, mesurer que tous partageaient « les
mêmes idéaux d’égalité, d’efficacité
et de qualité pour l’enseignement » et que donc, très
clairement, « c’est notre système qui est en cause
». Et de répéter « combien elle avait
entendu la demande de réformer la manière de réformer
» et combien « cet après-midi constitue pour
moi une étape importante du processus » Même
son de cloche du côté d’un participant qui clôture
son compte-rendu par ces termes : « A chaud, je dirais que
certaines de mes inquiétudes se sont apaisées. Mais
pas toutes »
Parallèlement, quatre groupes de travail
ont travaillé sur le Contrat stratégique, dont celui
sur les savoirs et apprentissages de base sur lequel nous reviendrons
ultérieurement.
Voilà donc pour la genèse du Contrat
stratégique, qui prend racine dès la communautarisation.
Quinze années durant, des outils ont été mis
en place mais de manière assez disparate, parfois dans un
contexte d’économies et de réduction de l’emploi,
trop souvent sans être vraiment assimilés par les praticiens
de l’enseignement. Parfois même ces outils sont restés
sans suite.
Nous en sommes donc arrivés au moment où
la consultation et la concertation sur le texte a abouti, soit le
13 avril 2005. Un large consensus a été trouvé
sur 12 priorités
1. Renforcement de l’encadrement en maternel et
dans les deux premières années du fondamental. Cet
encadrement a déjà été budgétisé,
comme nous l’avons vu, et devrait faire l’objet, d’ici aux vacances
d’été, d’une modification du décret organisant
l’enseignement fondamental de manière à être
opérationnel à la rentrée 2005 ;
2. Création progressive d’un cadre organique pour les puéricultrices
dans l’enseignement maternel ordinaire; celles-ci sont à
ce jour sous statut ACS ou APE et relèvent d’un accord avec
les Régions;
3. Les manuels scolaires. Ici aussi des budgets ont été
prévus ;
4. Installation à terme d’un tronc commun jusqu’à
14 ans ; c’est ici que seront abordées les problématiques
des activités au choix, du parcours différencié
et de la 2ème professionnelle ; ceci pour le long terme ;
5. L’orientation scolaire et la guidance PMS ;
6. La formation continuée axée sur la remédiation
pour au plus tard le 1er septembre 2006 ; les deux décrets
devront être modifiés et ne faire plus qu’un, comme
d’ailleurs envisagé dans la Déclaration de politique
communautaire ;
7. L’évaluation du qualifiant avant sa refondation et les
synergies possibles avec les Régions, via les Centres de
compétence ;
8. Le pilotage du système éducatif ; à ce niveau,
on retrouvera la réforme de l’inspection, le statut des directeurs
et l’aide administrative apportée à ceux-ci dans le
fondamental ;
9. La réforme des titres qui devrait être opérationnelle
au 1er janvier 2007 ;
10. Les relations école/parents ;
11. La problématique de la formation initiale en lien avec
les nouvelles réformes ;
12. Des actions significatives en matière de lutte contre
les inégalités.
Le Gouvernement peut donc s’atteler à la
rédaction du Contrat stratégique.
Deuxième partie : le Contrat pour l’Ecole.
Dix priorités dignes d’intérêt, certes…
C’est le 31 mai, soit avec deux semaines de retard,
que le texte tant définitif voit le jour. Premier étonnement
: alors qu’on s’attendait à un intitulé « Contrat
pour l’Education », l’on a droit à celui de «
Contrat pour l’Ecole » Les ambitions sont revues à
la baisse.
Second étonnement, le document à passablement fondu,
au-delà de ce qu’on pouvait imaginer : des 207 propositions
formulées dans le Projet de Contrat pour l’Education, on
passe désormais à « 10 priorités fortes
»
Ce Contrat, comme son prédécesseur s’ouvre sur les
« 4 difficultés de notre enseignement » :
- la non-maîtrise des savoirs de base ;
- des compétences terminales non atteintes pour un nombre
trop élevé d’élèves ainsi qu’un taux
de redoublement très élevé ;
- des différences entre établissements alimentant
une ségrégation inacceptable :
- le fait que certaines options et filières résultent
d’un choix négatif.
L’idée centrale, exprimée déjà
dans le déclaration commune quelques mois plus tôt,
reste la nécessité, à l’horizon 2013, que les
résultats engrangés par la Communauté soient
dans la moyenne des pays de l’OCDE. Toujours PISA 2000 et 2003,
en attendant sans doute PISA 2006. Ce qui fera dire à la
Fédération des directeurs de l’enseignement catholique
que la Communauté fait montre d’une « culture du résultat
» et d’une « hantise des performances »
Le Contrat pour l’Ecole s’articule autour des priorités
dégagées un bon mois plus tôt. Le processus
de consultation et de concertation initié par le Gouvernement
n’a donc pas été, selon toutes apparences, un effet
d’annonce. Bien que plus concentré, il dit garder l’ambition
d’une école de qualité, plus efficace et plus équitable.
Quelles sont ces 10 priorités fortes, justement
?
1. Plus d’enseignants pour nos enfants.
Cette priorité était déjà
présente dans le Projet de Contrat stratégique et
même bien avant dans la déclaration de politique communautaire,
voire dans les programmes PS et CdH pour les élections 2004.
Il s’agit, dit le texte, de « détecter immédiatement
les difficultés des élèves et de mettre en
place des stratégies de remédiation » et cela
en particulier au début du primaire, là où
« se construisent les fondements des apprentissages de base
» Et d’ajouter que « une des conditions a trait à
l’encadrement pédagogique des élèves »
On verra sans la troisième partie de cette
étude quels moyens budgétaires ont été
programmés, quels sont ceux qui sont déjà dégagés
et quels effets ils ont eu ou vont avoir en matière d’encadrement.
2. Conduire chaque jeune à la maîtrise
des compétences de base.
Mesure reprise du Projet de Contrat et qui tourne
autour de la notion de « tronc commun » et dont l’idée
est « la maîtrise des compétences garantissant
à tous la construction et le développement des apprentissages
de base »
Le concept de « tronc commun », eu égard
aux vives oppositions rencontrées essentiellement dans le
chef des fédérations de P.O, s’est largement édulcoré
au fil des concertations. Le SeGEC, par exemple, s’il lui reconnaissait
le mérite d’être « le lieu où le projet
du jeune se mûrit » se refusait, au nom du sacro-saint
principe de la liberté pédagogique à ce qu’on
s’en prenne aux périodes de libre choix dans les grilles
horaires. Tout au plus, estimait-il, tolérable qu’on passe
de 5 à 4 périodes de libre choix. Eh !Bien ! C’est
cette position-là qui a été reprise par le
Gouvernement in fine, puisque ne subsisteront plus que 4 périodes
de ce type, la période soustraite devant être consacrée
au français ou aux mathématiques.
On se souviendra enfin que c’est à ce niveau
que Marie ARENA fut l’objet d’une polémique largement relayée
dans les médias alors qu’elle avait envisagé un moment
avant de se rétracter la suppression pure et simple du latin
dans ces périodes à option. Le latin désormais
est placé sur un pied d’égalité avec les autres
langues.
3. Orienter efficacement chaque jeune.
Les orientations vers certaines filières,
voire même établissements, étant trop souvent
le fait de choix négatifs, l’idée est de former les
agents PMS au concept d’école orientante, à l’information
et à la construction du projet de vie scolaire et professionnelle.
4. Choisir et apprendre un métier à
l’école.
C’est de très loin, avec le point sur les
savoirs et apprentissages de base, celui qui est le plus amplement
développé dans le Contrat. C’est la preuve si besoin
était d’en fournir du lien indéfectible entre les
politiques régionales de lutte contre le chômage et
la Communauté. On soulignera au passage que Marie ARENA,
Ministre de l’Enseignement obligatoire, est aussi Ministre wallonne
de la formation.
C’est dans le cadre de cette priorité que
la fusion entre l’enseignement professionnel et l’enseignement technique
est envisagé. Cet objectif, très critiqué par
certains , a été maintenu contre vents et marées.
Il s’agit de refonder l’enseignement qualifiant,
étape par étape, avec pour objectif, outre de former
mieux et en plus grand nombre des jeunes qualifiés, de leur
donner accès à l’enseignement supérieur.
Pour y arriver, le Contrat mise sur 5 pistes :
- le développement d’une politique cohérente
en matière d’investissements et d’équipements dans
la cadre du décret du 28/04/04.
- amplifier et systématiser les stages professionnalisants
. Appel est lancé aux secteurs professionnels
- valoriser une approche des métiers. L’idée est d’intensifier
les travaux de la CCPQ et les rapports qu’elle entretient avec l’enseignement
- inscrire l’alternance dans l’enseignement qualifiant : les CEFA,
puisque c’est d’eux dont il est question, développent une
pédagogie associant formation en entreprises et en établissements
scolaires ; dans l’état actuel des choses, ils ne délivrent
pas de CESS et ne donnent donc pas accès à l’enseignement
supérieur. S’inscrivant dans le qualifiant, ils le pourraient
à l’issue d’une 7ème année
- organiser progressivement une filière qualifiante modularisée.
L’idée est de mieux prendre en compte le parcours individuel
de l’étudiant. On éviterait par la même occasion
les redoublements intempestifs. A l’issue de chaque module, une
attestation de compétences sera délivrée. Par
capitalisation et à l’issue d’une épreuve intégrée,
une double certification sera possible : le CESS
5. Mieux préparer les enseignants.
C’était le parent pauvre du Projet de Contrat
et donc c’est un des acquis de la concertation. Il s’agit en fait
de former les enseignants actuels et les futurs enseignants aux
techniques de détection rapide des difficultés d’apprentissage,
de la remédiation, de la maîtrise des apprentissages
de base, de l’utilisation des référentiels, de la
gestion des groupes hétérogènes, de l’orientation,
de la modularisation. Vaste programme, on l’aura compris.
6. Doter les élèves et les enseignants
des outils de savoir.
C’est un retour au lire, souhait notamment émis
par le CEF dans son avis 87, le 6 mars 2005. La Commission de pilotage
serait chargée d’accorder un label de conformité des
manuels aux socles de compétence. On faciliterait aussi,
via l’outil informatique, la diffusion d’outils mis au point localement
et jugés dignes d’être révélés
au plus grand nombre.
7. Valoriser les enseignants.
Il s’agit de créer un régime uniforme
de titres et fonctions qui faciliterait le passage d’un réseau
vers un autre. Réforme, soulignons-le promise depuis de très
nombreuses années, qui aurait des répercussions sur
les mécanismes statutaires existants (classements donnant
droit à l’engagement prioritaire, puis à la nomination),
la mise en disponibilité et la réaffectation. La suppression
de la Commission DE BOND’T devrait permettre plus aisément
l’arrivée dans l’enseignement d’hommes de métiers
par exemple exerçant par ailleurs une profession d’indépendant.
8. Piloter les écoles en permanence.
Une Commission de pilotage existe déjà
avec pour mission essentielle d’émettre des avis sur les
réformes en cours. Elle recevra d’autres missions, dont celle
de mettre au point une épreuve commune en lien avec le C.E.B.
Celle également de veiller à l’optimalisation de l’offre
d’enseignement afin de réduire les concurrences stériles
entre établissements et permettre une meilleure affectation
des moyens en définissant les modalités d’inscription,
en réalisant des solidarités entre écoles permettant
la prise en charge collective des élèves, en évitant
les doubles emplois et la dispersion de l’offre. Cette perspective,
dans le Projet de Contrat, était placée sous l’angle
des « bassins scolaires » Cette notion avait fâché
l’ensemble des fédération de pouvoirs organisateurs,
tant du réseau libre que de celui de l’officiel subventionné.
Le CPEONS , par exemple, avait qualifié cette approche d’
« architecture bureaucratique, le SeGEC, pour l’enseignement
catholique, mettait en avant « la liberté d’association,
la liberté d’enseignement et le libre choix des familles.
Ce disant, ils s’opposaient à la gestion des flux d’élèves
au sein et entre les bassins scolaires et à une rationalisation
de l’offre qui irait au-delà de leur propre réseau.
9. Non aux écoles ghettos.
Il était prévu, dans le Projet de
Contrat, de définir et d’annoncer le nombre de places disponibles
pour chaque établissement au niveau du bassin scolaire et
en fonction du seul critère de ses infrastructures. Les P.O
s’y étant opposé, la mesure comme telle a disparu,
faisant place à quelques demi-mesures de régulation
des inscriptions et des flux entre écoles du même réseau.
Par exemple, l’interdiction de changer d’établissement en
cours de cycle ou de degré. Il est aussi question de lissage
du calcul de l’encadrement sur plusieurs années.
10. Renforcer le dialogue écoles/familles.
Demande des Associations de parents, on s’en doute,
lesquelles verront leurs missions mieux définies décrétalement.
Troisième partie. Du rêve à la réalité
budgétaire.
Si le Contrat pour l’Ecole a suscité moins
de réactions négatives (et pour cause on en a extirpé
ce qui dérangeait les uns et les autres), il n’en laisse
pas moins ceux-ci dans le doute. En Communauté française,
depuis sa création, et principalement dans le secteur de
l’enseignement qui constitue à lui seul quelque 75% de ses
dépenses, ce qui a manqué le plus ce ne sont pas les
idées mais les moyens budgétaires.
On se souviendra utilement des mouvements sociaux
dans l’enseignement, dès 1990. Des mois et des mois de grève
et de manifestations aux cris de « il faut revoir la loi de
financement », loi spéciale votée un an auparavant
et qui s’était avérée immédiatement
insuffisante. Elle sera d’ailleurs suivie de plusieurs refinancements
: en 1992 (accords de la St-Michel et de la St-Quentin, ces derniers
ne concernant que la Communauté et les Régions), en
1999 (accords de la St-Eloi), en 2000 (accords du Lambermont, dits
aussi de la St-Polycarpe), cette fois, nous dit-on, de manière
structurelle et définitive.
C’est au niveau de la dotation TVA qu’interviennent
en 2000 les principaux changements. Les montants dégagés
vont se cumuler de 2002 à 2021 en étant adaptés
à l’index et à la démographie. Entre ces deux
dates, progressivement, la liaison de la dotation TVA s’établira
à 91% de la croissance du RNB. La nouvelle répartition
se fera alors, non plus selon la clé élèves
mais selon le rendement de chaque Communauté. Seul le rendement
de Bruxelles restera établi selon la clé 80/20.
Un dernier accord, celui de la Saint-Boniface, va
voir le jour. Avant cela, la Région wallonne s’est engagée
dans une aide intrafrancophone substantielle, en 2000, à
hauteur de 900 millions BEF annuels à ventiler comme suit
jusqu’à atteindre 3,4 milliards BEF :
- 200 millions pour un Fonds d’équipement
pour l’enseignement technique et professionnel
- 140 pour l’accueil extrascolaire
- 25 pour des programmes d’immersion linguistique
- 75 pour la recherche scientifique
- 28 pour l’engagement de travailleurs dans le cadre de la résorption
du chômage
- 375 pour les programmes des cybermédias dans les écoles.
Intervenu en juin 2001, l’accord de la Saint-Boniface,
qui a nécessité une majorité spéciale
et donc a donné au PSC (entre-temps devenu CDH) une carte
maîtresse que sa représentativité ne justifiait
nullement qui se traduira par des avantages substantiels à
l’enseignement subventionné, libre ou officiel ou non. Cet
accord amplifie l’aide intrafrancophone par des transferts de compétences
à hauteur de 1,2 milliards BEF (0,3 à la COCOF et
0,9 à la Région wallonne). Parallèlement au
refinancement de la Communauté, la Région wallonne
réduira son aide de 1/3 en 2003, de 2/3 en 2004 et totalement
en 2005.
C’est donc dans ce cadre budgétaire-là,
amélioré certes mais toujours insuffisant, bien que
dégageant des marges progressives, que va s’inscrire le Contrat
pour l’Ecole.
La FGTB, entre autres, avait réclamé
une « planification budgétaire pluriannuelle jusqu’en
2013 au moins » C’est chose faite, puisque des mesures ont
été budgétisée dans le Contrat pour
l’Ecole et l’avait même été avant la sortie
dudit Contrat, notamment pour les mesures touchant à l’encadrement
des écoles maternelles et des deux premières années
du primaire qui seraient (et l’on été) d’application
dès septembre 2006.
Voyons cela :
- amélioration de l’encadrement des classes
maternelles en ajoutant deux dates de comptage des élèves,
en reportant la date du comptage après les vacances d’hiver
et en diminuant le nombre de demi-jours de fréquentation
obligatoire d’un enfant pour être pris en compte : 2 549 452
EUROS en année pleine ;
- renforcement de l’encadrement dans les deux premières années
du primaire en ramenant le ratio instituteur/élèves
à 20 par un apport de périodes complémentaires
: 17 152 000 EUROS par année ;
- renforcement de l’encadrement dans les écoles de petite
taille en modifiant le nombre de périodes générées
au 01/01 : 5 398 474 EUROS par année ;
- mis en place progressive d’un cadre organique de puéricultrices
; celles-ci, pour l’heure, relèvent du système ACS/APE
financé par les Régions dans le cadre de la résorption
du chômage ; premier signe ici de difficulté financière
potentielle : le financement de ce passage sous cadre organique
se fera sur le dos des budgets prévus pour les activités
de psychomotricité.
Ces 4 premières mesures ont déjà
trouvé à s’appliquer en septembre 2006 via l’engagement
de 160 instituteurs supplémentaires dans l’enseignement maternel
et 360 dans l’enseignement primaire, sans oublier 160 autres mis
à disposition des 560 implantations de moins de 50 élèves.
Pour la rentrée 2006/2007, 320 sont encore attendus dans
l’enseignement maternel et 540 dans l’enseignement primaire.
En ce qui concerne les deux premières années
du primaire, quelques soucis ont été rencontrés
ici et là du fait que ces périodes doivent obligatoirement
servir à ces années-là. Les P.O estimant qu’on
s’en prenait là à leur liberté pédagogique
n’ont pas manqué de mettre en exergue ces quelques cas finalement
très localisés.
Mais poursuivons :
- conduire chaque jeune à la maîtrise
des compétences de base : ici, rien n’est formellement budgétisé
dans la mesure où il s’agit d’orientations dépendant
d’autres facteurs prioritaires. Ainsi, par exemple, l’apport supplémentaire
d’encadrement tel que précisé ci-dessus est censé
permettre une meilleure maîtrise des compétences de
base. Des expériences pilotes sont prévues pour janvier
2006, qui associeraient des enseignants des deux dernières
années de l’enseignement primaire et des deux premières
années du secondaire, dans la perspective évidemment
d’un tronc commun ;
- orienter efficacement chaque jeune : 300 000 EUROS seront affectés
à l’informatisation des Centres PMS dès septembre
2005 ;
- choisir et apprendre un métier à l’école
: ici, dans le cadre de la différenciation du financement
des établissements d’enseignement fondamental et secondaire,
les budgets ont déjà été établis
sous la majorité précédente . Ce sont : 4 073
468 EUROS en 2006, 5 356 468 en 2007, 5 652 468 en 2008, 6 197 338
en 2009 et 6 197 338 en 2010. reste à couvrir la période
2010-2013 ;
- mieux préparer les enseignants : pas de budget supplémentaire
prévu ; on fonctionnera dans le cadre de ceux alloués
à la formation en cours de carrière, soit 11 225 000
EUROS pour l’enseignement obligatoire. Autre indice de précarité
financière. Il a été donné à
l’auteur de participer en avril 2005 aux négociations modifiant
le décret sur la formation initiale des enseignants L’une
des modifications proposées était de permettre des
stages actifs dès la 1ère année de manière
à permettre au candidat enseignant de se rendre compote très
vite s’il est fait pour ce métier. Aujourd’hui, cette prise
de conscience ne survient qu’en seconde année. Les organisations
syndicales souhaitaient rendre cette mesure obligatoire. Refus de
l’Autorité au simple motif qu’il faudrait dès lors
accorder aux maîtres de stage accueillant les élèves
de 1ère année une allocation comme c’est le cas en
2ème et 3ème années. Des économies de
bouts de chandelle, une fois de plus.
- doter les élève set les enseignants des outils de
savoir : un budget de 1 000 000 EUROS est prévu lors de la
rentrée scolaire 2006-2007 pour la création d’un fonds
inter-réseaux de prêt de manuels scolaires. Cette dotation
annuelle devrait croître d’année en année de
quelque 10 % pour atteindre au minimum 1 750 000 EUROS à
la rentrée scolaire 2012-2013 ;
- valoriser les enseignants : pas de budget déterminé
;
- piloter les écoles en permanence : c’est dans ce cadre
qu’intervient une revalorisation de la fonction de directeur, entre
autre par une formation spécifique. Budget : 150 000 EUROS
par année dès la rentrée 2006-2007. De même
une aide administrative aux directeurs de l’enseignement fondamental
est-elle envisagée et budgétisée : 900 000
EUROS en 2006, 4 900 000 en 2007, 9 700 000 en 2008 ;
- non aux écoles ghettos : un budget de 150 000 EUROS est
prévu pour couvrir des recherches sur la possibilité
d’un lissage du capital-périodes et du NTPP en lien avec
l’origine socioculturelle des élèves ;
- renforcer le dialogue écoles/familles : pour le soutien
de projets de dialogue écoles/familles : 100 000 EUROS.
Le Contrat pour l’Ecole clôture son volet
budgétaire en précisant que ces 10 priorités
entraîneront un surcoût de 40 000 000 d’EUROS par rapport
au financement apporté pat la St-Polycarpe et la St-Boniface.
L’argent sera-t-il disponible ? Qui saura ?
Tout dernièrement, en novembre 2005, au cours
d’une négociation portant sur un décret-programme
visant à injecter des moyens financiers supplémentaires,
le Gouvernement se proposait de renouveler les 5 000 000 d’EUROS
accordés comme bois de rallonge aux Hautes Ecoles pour faire
face à l’accroissement de population d’étudiants.
A la question posée par les organisations syndicales quant
à savoir si ces 5 millions seraient suffisants, refus de
répondre du côté de l’autorité, sinon,
de manière très arrogante, que c’était mieux
que rien.
En fait, et quoiqu’elle puisse parfois fanfaronner,
la Communauté n’a guère plus aujourd’hui qu’elle ne
l’avait hier les moyens de sa politique.
Dans un communiqué de presse , à propos
du budget 2006 de la Communauté française présenté
en équilibre pour la première fois et sans recours
à l’emprunt, ECOLO stigmatisait à juste titre un équilibre
« factice au plan politique car il est atteint en oubliant
plusieurs dépenses qui s’avèrent inéluctables
en 2006 » Déficit social évalué par ce
parti : 18 millions d’EUROS. Et de citer en exemple, les accords
du non-marchand.
Bref coup d’oeil dans le rétroviseur. En
2000, un accord était trouvé pour financer la progression
des barèmes du secteur non-marchand vers la référence
des barèmes hospitaliers. Dès décembre 2003,
une convention fixait les barèmes à hauteur de 75%
de ceux des hôpitaux avec application rétroactive au
1er janvier de la même année. En juin 2005, une autre
convention fixait ces barèmes à hauteur de 80% de
ceux pratiqués en milieu hospitalier avec ici aussi effet
rétroactif au 1er janvier de la même année.
Les engagements pour 2004/2005 ne sont toujours pas tenus et sont
renvoyés à l’ajustement budgétaire de la mi-
2006. On notera que, en 2005, l’ajustement budgétaire s’est
opéré en juillet et que, début décembre,
les sommes n’étaient toujours pas dans les institutions.
Fait quand même rare, la CESSSoC comme d’autres organisations
patronales s’est jointe à la manifestation du 2 décembre
2005 précisant dans un communiqué qu’il était
« temps de poser un geste fort vis-à-vis de la Communauté
» et d’inviter les associations à s’organiser de manière
à « permettre une participation nombreuse à
la manifestation »
C’est dire si personne ne se fait vraiment d’illusion
sur les capacités de la Communauté à assumer
ses missions, l’ensemble de ses missions en ne mettant pas en veilleuse
certains secteurs pour permettre à d’autres d’avancer.
En guise de conclusion.
En maints endroits du Contrat pour l’Ecole, la nécessité
d’une articulation entre le volet éducation donné
à la Communauté et celui de la formation attribué
aux Régions, dont la Région wallonne, est soulignée.
En septembre 2003, comme Président de la
Fondation Elie BAUSSART, l’auteur cosignait le Manifeste wallon
pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation
et de sa recherche à l’élaboration duquel il avait
d’ailleurs participé. Il y était, entre autres déclaré
que « Le Gouvernement wallon se propose de redresser la Wallonie
à travers un Contrat d’avenir actualisé » et
que si celui-ci voulait être efficace il se devait de «
mobiliser l’enseignement, c’est-à-dire la jeunesse, de la
maternelle à l’université » Il précisait
par ailleurs que « de nombreux enseignants estiment qu’il
faut régionaliser l’enseignement de manière, notamment,
à articuler éducation proprement dite et formation
professionnelle »
L’auteur persiste et signe, deux ans plus tard,
par conviction et par pragmatisme.
Par conviction, parce qu’il n’est pas viable pour
une Nation comme la Wallonie d’être amputée d’une compétence
aussi vitale que l’est l’éducation de sa jeunesse. Comme
l’écrivait José FONTAINE : « Le Contrat d’Avenir
(N.D.L.R : pour la Wallonie) s’adresse à la jeunesse, mais
la Wallonie est exclue de ses écoles » La Communauté
française, manifestement, handicape la Région wallonne
en ne permettant pas d’articuler éducation et formation.
Or la Wallonie a besoin, grand besoin, de ces deux atouts-là
: éduquer et former. Pour elle-même, pour son propre
développement non seulement économique mais aussi
culturel. Economique dans la mesure où un projet comme le
CAWA ne peut faire l’économie d’un outil comme l’enseignement.
Culturel parce qu’une Nation comme la nôtre qui ne disposerait
pas de cet outil-là est condamnée à terme à
un désert culturel qui, déjà, malheureusement,
a gagné du terrain en Wallonie.
Par pragmatisme, car, depuis 20 ans, cette même
Communauté a eu le temps de prouver son incapacité
chronique à assumer les coûts des missions qui lui
ont été confiées. Cela malgré divers
refinancements successifs du Fédéral, mais aussi intrafrancophones
avec abandon aux Régions de certaines compétences.
Comme je l’écrivais par ailleurs : « Si l’on estime
que la Communauté française aura reçu, du fait
du refinancement, quelque 11% de plus que ce qu’elle aurait obtenu,
sans ce dernier, il faut quand même se l’avouer : eu égard
aux besoins, ce n’est certes pas négligeable mais cela reste
peu »
A l’heure où sont écrites ces lignes,
l’agenda programmé par le Gouvernement dans le Contrat pour
l’Ecole a déjà pris du retard. C’est tout dire.
Le Contrat pour l’Ecole, dont les Wallons progressistes
partagent évidemment le rêve, ne sera abouti réellement
dans ses objectifs que le jour où la Wallonie aura récupéré
l’ensemble des compétences dont on a voulu la priver voici
25 ans. L’école, la culture, les médias, ce qui relève
aujourd’hui de la compétence de la Communauté, ne
pourront que s’en porter mieux.
La Wallonie n’a cependant pas à trop traîner
: il y va de sa pertinence, de son image et de sa crédibilité.
|