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Les tables tournantes de la Communauté française sur fond de pénurie de profs.

Bernard DE COMMER, syndicaliste


Il faut croire que les Ministres DEMOTTE, HAZETTE, NOLLET et DUPUIS sont de bien piètres médiums, à en juger par le peu de consistance de ce qu'ils ont bien voulu retenir des tables tournantes - pardon, des tables rondes- qu'ils viennent d'organiser pour tenter de faire face à la pénurie d'enseignants en Communauté française. Et pourtant, pour en avoir été témoin, je puis attester de ce que les esprits frappeurs étaient bien au rendez-vous mais sans doute étaient-ils trop gourmands, financièrement parlant, pour qu'on les entende cinq sur cinq. Des trois pistes que j'évoquerai en fin d'article, rien ou quasi rien : des clopinettes. Après avoir saccagé durant deux décennies l'enseignement en Communauté française, les politiques se rendent compte qu'ils sont allés trop loin, que les jeunes, finalement bien plus malins que certains ne le prétendent, ont compris qu'il y avait mieux à faire que de faire carrière dans l'enseignement. Mais alors qu'ils voudraient faire marche arrière, inverser la tendance, ils ne peuvent que se rendre à l'évidence : ils n'en ont as les moyens budgétaires. Le refinancement, comme nous le signalions par ailleurs, n'atteindra sa vitesse de croisière qu'en 2010. D'ici là, la déglingue va se poursuivre, les besoins croître au point qu'on peut se demander s'il ne faudrait pas une fois pour toutes reposer la question de la régionalisation de l'enseignement, ne serait-ce que pour une question bassement matérielle, la structure communautaire ayant fait la preuve de son incapacité à relever les défis qui lui sont posés faute de réels moyens.


1. Une profession en crise d'image.

1990 fut incontestablement une année chahutée dans l'enseignement. La crise qui opposa la Communauté française aux enseignants durera 288 jours (5 mois de grève quasi ininterrompue, 70 manifestations dont la dernière réunira quelque 100 000 personnes à Bruxelles). Soudain, toute une société s'interroge : comment en est-on arrivé là ? Comment, pour reprendre l'image de M. Yvan YLIEFF, alors Ministre en charge de l'enseignement, comment les profs en sont-ils arrivés à " casser leur image " ? Au point de dégrader la Maison communale de Ath, fief de Guy SPITAELS, le 14 juin, d'affronter durement la gendarmerie à Verviers et Dison, chez YLIEF, le 14 juin, avec à la clé 4 blessés, de faire l'expérience des matraques, des autopompes et des charges de chevaux à Namur le 27 septembre ?

On en est arrivé là tout simplement parce qu'il n'y a plus d'image des profs. Comme l'écrivait Roland SOYEURT, alors en rue, et aujourd'hui au cabinet de M. HAZETTE :

" Le maître a perdu son pouvoir. Il n'inspire plus le respect. Le maître est comme tout le monde. Il a fait des études comme tout le monde, même souvent beaucoup moins. Et par malheur, il s'occupe de ce que tout le monde croit connaître : l'éducation des jeunes… Par conséquent, pour enseigner, il n'y a qu'à… "

Il n'y a qu'à, oui. Alors qu'il n'est plus question, comme par le passé, et comme le souligne très justement Jacques CORNET dans LE LIGUEUR du 06/01/99 de " former quelques élites et de préparer les autres au chantier ou à l'usine, mais bien de préparer presque tous les autres à suivre un enseignement supérieur " ; que le taux d'échec ne cesse de croître et que l'enseignant est le responsable tout désigné de cette faillite collective. Il n'y a qu'à, oui, il n'a qu'à concilier les demandes contradictoires du législateur (Décret " Missions ", les réalités du terrain et les attentes des uns et des autres, parents et jeunes compris. Cette conciliation est théoriquement possible, mais, dans les faits, elle ne l'est pratiquement pas. Car les moyens font défaut. Et l'on rogne d'année en année sur ceux, bien maigres, disponibles. Les profs entendent dire autour d'eux que l'école ne prépare plus suffisamment à devenir des citoyens et à entrer dans le monde du travail. Sous-entendu : les profs ne font pas correctement ce pour quoi on les paie. Pire, on va les montrer du doigt comme étant d'éternels insatisfaits alors qu'ils ne prestent en moyenne qu'une vingtaine d'heures par semaine (parfois moins), qu'ils jouissent de 3 mois et demi de congés et vacances par an ; comme étant aussi des fraudeurs (et c'est Mme ONKELINX, alors Ministre-Présidente en charge de l'enseignement qui leur portera le coup de grâce en quelque sorte en modifiant pour eux et eux seuls parmi l'ensemble des fonctionnaires le système des congés de maladie en vigueur, avant d'en mettre 3000 d'entre eux purement et simplement à la porte). C'est le règne de la suspicion généralisée.

L'image que les profs ont d'eux-mêmes, celle qu'ils donnent d'eux-mêmes au public et donc aux élèves (parmi lesquels un certain nombre d'enseignants potentiels), cette image a volé en éclat. Elle s'était déjà largement fissurée dès les années 80. Aujourd'hui, on tente, vaille que vaille (trop tard ?) de recoller les morceaux. La nouvelle majorité arc-en-ciel s'est d'ailleurs donné comme objectif " d'initier une nouvelle relation de confiance avec les enseignants ". Formulation, on en conviendra, plutôt rare dans un programme de gouvernement.

Mais il faudra du temps, beaucoup de temps, pour compenser deux décennies de saccage dans une profession qui se trouve être fondamentale pour une société du savoir comme la nôtre. Beaucoup de temps et de moyens. Or on ne semble avoir ni l'un, ni l'autre : les conditions de travail dans les écoles ne cessent de se détériorer, comme on le verra dans un instant, et la société a de moins en moins de moyens à mettre à disposition des écoles, toutes, à quelques exceptions près, désargentées quel que soit le réseau d'ailleurs.

A cela, pour restaurer cette image éclatée en mille morceaux, les Ministres proposent des spots publicitaires à destination des jeunes pour les inciter à embrasser la profession. Soit. Mais il faudra, pour cela, non seulement trouver les chaînes qui sont suivies par ces jeunes e(t ce ne sont pas majoritairement les chaînes publiques), ais encore trouver les mots justes.

2. Une profession laminée par deux décennies d'austérité et de désinvestissement.

On vient de le voir : une des causes de la pénurie d'enseignants est à trouver dans une perte de leur image. Mais une austérité et un désinvestissement de plus en plus grands dans l'enseignement sont à souligner aussi comme facteurs déterminants de cette pénurie.

Entre 1986 (VAL DUCHESSE) et 1999, l'enseignement a perdu, en Communauté Wallonie-Bruxelles quelque 9000 emplois (jeunes pour la plupart). Ces pertes sont dues essentiellement à des mesures d'austérité. L'on ne reviendra pas sur l'impécuniosité de la Communauté Wallonie-Bruxelles : plus personne aujourd'hui ne l'ignore. Les saints accords évoqués en préambule visent justement à refinancer celle-ci.

Le monde de l'enseignement a été frappé de plein fouet par cette impécuniosité. Les jeunes qui pourraient embrasser aujourd'hui la profession d'enseignant ont connu au moins deux grandes grèves durant leur scolarité : celle de 90 alors qu'ils étaient à l'école fondamentale, et celle de 1996 lors de leurs études secondaires. Ils ont été les témoins directs (et souvent aussi les victimes) du laminage qui a sévi en terme d'emplois et a débouché sur des regroupements de classes, d'options, la suppression de certaines d'entre elles, la dévalorisation des conditions de travail en général au plan des infrastructures (certaines écoles sont ni plus ni moins insalubres) et de l'ambiance de travail (je pense plus particulièrement à la violence qui sévit, d'une manière ou d'une autre, avec plus ou moins de force, dans toutes les écoles). Ces jeunes ont compris qu'il y avait sans doute mieux à faire que de rester dans un milieu sclérosé jusqu'à l'âge de la retraite. Et justement, à propos de cette dernière, présentée avec la sécurité de l'emploi comme un avantage majeur de la profession, on parle de plus en ouvertement d'une réforme qui n'irait bien entendu pas dans le sens d'une amélioration de la situation présente. Ils ont aussi vu avec quel empressement leurs profs usés (ceux qui du moins ont passé le cap des 7 ans d'enseignement puisque, en deçà, un enseignant sur deux environ renonce) se précipitent sur les mesures d'aménagement de fin de carrière dès 55 ans quand bien même cela représente pour eux un sacrifice financier.

Ces constats ne sont évidemment pas de nature à les inciter à choisir cette profession. Sans oublier le peu d'attractivité des salaires et surtout le peu de possibilités d'avancement dans la carrière. Ni d'ailleurs, les énormes difficultés rencontrées par les jeunes au sortir des écoles normales pour trouver un temps plein, situation qui les plonge des années durant dans un chômage sur base de leurs études plutôt que de leur travail. Un comble dans une situation de pénurie mais qui les pousse, à la première occasion, à se rabattre sur le secteur " privé ".

Plus d'image positive donc, des conditions de travail déplorables, une sécurité d'emploi à laquelle il faut être aveugle pour croire encore, des débuts de carrière particulièrement chahutés, voilà quelques causes à cette pénurie dont les conséquences risquent d'être graves pour la société aujourd'hui et surtout demain.

A ces conditions de travail déplorables, une fois encore les Ministres n'ont à opposer que des mesurettes. Par exemple, pas question de diminuer les prestations devant élèves des jeunes qui pourraient consacrer ce temps libéré à parfaire leur formation initiale avec l'aide des vieux profs. Tout juste propose-t-on que les temporaires soient payés à terme échu (actuellement, il faut parfois de longs mois avant qu'ils ne perçoivent leur traitement), ce qui devrait être d'une évidence incontournable. Ou que les employeurs soient tenus de grouper leurs heures en blocs, de manière à ce que les temps partiels puissent prester dans d'autres établissements ce qui n'est pas possible avec des horaires éclatés par-ci, par-là. On pense aussi à négocier avec le secteur privé une forme de congé qui permettrait le passage pour un temps éventuellement d'éléments du privé intéressés par l'enseignement. Reste à voir si ces éléments seront intéressés par les conditions peu mirobolantes qu'on leur propose et si le secteur privé acceptera de se séparer de ses meilleurs éléments.

3. Conséquences inévitables de la déglingue d'une profession.

Aujourd'hui, et malgré une dénatalité galopante, on ne trouve plus, dans certaines régions comme à Bruxelles, par exemple, d'instituteurs primaires après le mois d'octobre. Et pourtant, il n'en est jamais autant sorti des écoles normales que ces dernières années. Et dire que, d'ici à 2010, plus d'1/3 des instituteurs actuellement en fonction seront à la retraite.

Aujourd'hui, dans l'enseignement secondaire général, on ne trouve plus guère de régents et de licenciés en langues germaniques (ceux qui sortent diplômés s'orientent vers le privé), de diplômés en sciences ; d'autres spécialités commencent à donner des signes alarmants de pénurie aussi.

Aujourd'hui, dans l'enseignement technique et professionnel, on a toutes les peines du monde à trouver des professeurs de pratique professionnelle et de cours techniques. Or, la moyenne d'âge de ces professeurs est élevée : la plupart seront à la retraite dans les 10 années à venir.

De tout cela, il résulte que l'école arrive de moins en moins à assumer les 2 tâches essentielles que lui impose le législateur : la formation des enfants et des jeunes, leur éducation aussi.

Depuis longtemps (et sans doute depuis toujours), il existe un hiatus entre la formation assurée par les écoles et les besoins du marché de l'emploi. Cet hiatus provient, à mon sens, de la disproportion de plus en plus grande entre les attentes de marché vis-à-vis de l'école et les possibilités réelles qu'a celle-ci d'y répondre.

Dans une société marquée du sceau de la compétitivité effrénée, les employeurs potentiels attendent de l'école ce qu'elle ne peut décemment pas leur donner : des travailleurs manuels et intellectuels clé sur porte, directement employables. Personne ne l'ignore, mais chacun fait comme si de rien n'était. Les employeurs potentiels maintiennent la pression sur les décideurs politiques, les décideurs politiques tentent, à coup de réformes, de calmer le jeu. Pensons, par exemple, aux profils de qualification et de formation, mais aussi à la réforme de certaines filières techniques et professionnelles et aux Centres d'Education et de Formation en Alternance. Or, que constate-t-on : plus l'école essaie de se mettre en adéquation avec les demandes des milieux économiques, moins elle y arrive. Parce que le fossé est trop grand à combler : jamais l'école ne pourra se payer le dernier cri en matière de tour numérique ou d'informatique. L'école ne peut que donner des bases, aider l'enfant et le jeune à se mettre en situation d'apprendre tout au long de sa vie. Mais ces bases, il faut les lui laisser. Or, on assiste, peu à peu, à un glissement de la formation en école vers celle en entreprise. C'est une erreur à mon sens. Cette spoliation progressive renforce encore, dans le chef des enseignants, le sentiment qu'ils ne sont plus guère utiles à la société. Et c'est particulièrement perceptible auprès des professeurs de pratique professionnelle potentiels ou en activité.

Mais il y a pire, je pense. La pénurie de profs ne s'en prend pas qu'à la seule formation, elle touche également l'éducation. Alors que, face à la violence qui ne cesse de croître dans les écoles (mais elle est tout autant présente ailleurs), face aussi au désintérêt croissant marqué par les jeunes à l'égard de l'école, il s'impose de renforcer les équipes éducatives, de les stabiliser, on assiste exactement à l'inverse. Outre les coupes drastiques dans le personnel qui ont émaillé la dernière décennie en Communauté Wallonie-Bruxelles, il faut composer désormais avec les profs qui abandonnent en cours de route ou sont éloignés du service temporairement pour raison de maladie entre autres ou définitivement à l'âge de la retraite. Comme il est quasi miraculeux de pouvoir les remplacer d'une manière satisfaisante, on recompose sans cesse les équipes. Les écoles techniques ou professionnelles qui voient, dans certaines finalités, des professeurs de pratique professionnelle prendre en charge, au même moment, des élèves des classes débutant dans l'apprentissage du métier et des élèves en classe terminale, ces écoles sont loin d'être l'exception. Ailleurs, on ferme des sections faute d'avoir trouvé des profs pour les couvrir (je pense particulièrement à deux établissements bruxellois où l'on a fermé une section " peinture " et une section " carrelage "). Situation vécue par mon fils, en milieu d'humanités : durant 5 semaines, l'unique professeur de langues germaniques disponible dans l'établissement, a été contraint de regrouper les élèves suivant l'anglais et le néerlandais comme premières langues et de leur donner cours en même temps. Imaginer ce que cela peut donner avec de jeunes élèves en phase d'apprentissage. Dans une école professionnelle, le professeur de plomberie est victime d'un accident. On est à trois mois de la fin de l'année scolaire : les étudiants de la classe terminale ont à passer leurs stages en entreprise et à préparer leur pièce de qualification. Pas moyen de trouver un remplaçant. Un professeur féminin de cours généraux, bonne bricoleuse, est affecté à cette classe. On imagine dans quelles conditions s'est achevée l'année scolaire pour ces jeunes. Dans les écoles primaires, on fait appel à des maternelles pour prendre en charge des classes, y compris de " grands ".

Ce genre de débrouille n'est pas rare. Dans de pareils cas, et on peut comprendre, on sacrifie à l'essentiel : ne pas laisser les élèves et étudiants seuls, inactifs. Le reste est mis de côté. Il n'y a guère de temps à consacrer à l'éducation, dont pourtant aujourd'hui on souligne tellement l'urgence et l'importance. Et pourtant, quand l'école dysfonctionne, c'est toute la société, en amont comme en aval, qui dysfonctionne.

4. Pistes pour tenter d'inverser le cours des événements.

Alors, crise sans issue ou simplement dysfonctionnement ponctuel ? N'étant pas devin, je ne saurais répondre avec certitude à cette interrogation. Mais il me paraît urgentissime de poser, dès à présent, des jalons, qui permettent, au moins de permettre à l'école de survivre.

Il s'agit d'agir pour le long terme, plutôt que pour le court et moyen terme comme tentent de le faire aujourd'hui les ministres responsables de l'enseignement en envisageant de rappeler en service les préretraités qui le souhaitent (ils ne seront pas nombreux, ceux qui quittent le faisant en ayant ras-le-bol du métier), d'assouplir les titres en permettant par exemple de pouvoir donner une langue étrangère sans en avoir pourtant le titre, en permettant à des instituteurs maternels ou à des personnes ayant une formation proche de celle d'enseignant, de devenir instituteurs primaires moyennant une année complémentaire. Ou de raccourcir significativement le temps d'agrégation pour les licenciés. Voir, une fois la notion de pénurie déterminée d'un point de vue juridique, procéder à des formations accélérées, du type de celles qu'on a rencontrées fin des années 60 avec la 4ème psychopédagogique expérimentale où se formaient des instituteurs en un an après les humanités. Alors qu'on vient à peine d'allonger leur formation initiale, ce serait quand même extraordinaire. Mais, enfin, en Communauté française, tout est possible.

Ce qu'il faut, à mon sens (mais cela a un coût et le hic est là), c'est :

- revoir la formation initiale et continuée des enseignants de tous niveaux. A ce sujet, le décret de Mme DUPUIS place les futurs enseignants au milieu du gué. Cette formation initiale doit être de niveau universitaire pour tous avec une spécialisation par niveau concerné, par exemple les deux dernières années. Les organisations syndicales réclament cela à corps et à cris. En vain, la Communauté n'en a pas les moyens. Et en matière de formation continuée, toujours faute d'argent, et malgré une augmentation significative des budgets libérés à cette fin, on en est toujours qu'à six demi-jours obligatoires, le reste dépendant de la bonne volonté des employeurs à se séparer de leur personnel plus longtemps, sans réelles possibilités de remplacement.

- mener une politique attractive des salaires. De cela, pas un mot dans les propositions des Ministres, sinon une vague promesse qu'on en parlera plus tard. D'ici à 2010, un petit pour-cent sera consenti. Minable à une époque où (on peut le regretter mais c'est une réalité) l'image qu'on donne de soi est directement proportionnelle aux capacités économiques que l'on a.
- oser enfin le débat inter-réseaux de manière à mettre en commun les moyens disponibles en oubliant les vaines querelles héritées du 19ème siècle. En effet, à quoi rime de trouver sur un même territoire deux écoles concurrentes présentant les mêmes options, et pauvres toutes les deux en moyens matériels et humains, tout simplement au nom de la sacro-sainte liberté du chef de famille ? Un groupe de travail auquel j'ai participé avait cela en point de mire. Ce fut un échec cuisant, au point que la seconde réunion prévue fut intégrée dans une autre. Les vieux dinosaures (et je dois l'avouer surtout laïques) restant sur leurs positions d'imperméabilité de réseau à réseau. Or, on le sait, les jeunes enseignants voyagent beaucoup de l'un à l'autre avant de pouvoir se fixer, le plus souvent par pur hasard et non par choix personnel. L'idée des organisations syndicales était qu'ils puissent accumuler une certaine ancienneté à valoriser quel que soit le réseau qui ait été fréquenté.


5. En guise de conclusion sans doute toute provisoire.

Si ces trois propositions sont rencontrées, la carrière d'enseignant devrait attirer à nouveau des jeunes et redevenir, à terme, ce qu'il était convenu d'appeler jusqu'il y a peu " le plus beau métier du monde ", c'est-à-dire celui qui consiste à mener des enfants et des jeunes au mieux de leurs capacités, d'en faire des citoyens actifs et responsables dans la société.

Si elles ne le sont pas, je crains que l'enseignant ne devienne une espèce en voie d'extinction (d'autres professions se sont bien éteintes au fil du temps) et que l'école ne puisse plus assumer ses missions. Elle a permis, en un siècle, la massification des savoirs, avec une volonté d'équité sociale. Demain, elle pourrait être remplacée (au moins après l'école primaire, car il faudra bien continuer à apprendre à lire, écrire et calculer) par d'autres formes de formation et d'éducation répondant exclusivement aux besoins des lobbies économiques. La société, dans son ensemble, aurait alors à payer le prix fort de son imprévoyance. Le problème de la pénurie d'enseignants (et je dis cela avec tout le cynisme voulu) ne se poserait plus : il n'y aurait plus d'enseignants.

On nous promet, bien sûr, des lendemains meilleurs, à l'horizon 2010. Soit dans 8 ans. En attendant, le déglingue risque fort de continuer et de telle manière qu'on peut se demander si les quelques milliards alors dégagés suffiront. Ou s'il y a lieu, dès aujourd'hui, comme je le pense, de mettre en avant la nécessité d'une régionalisation de l'enseignement et, ce faisant, de repenser complètement celui-ci en terme de service public. Cette régionalisation ne serait d'ailleurs que normale : imagine-t-on qu'une région ayant une autonomie aussi conséquente que la Wallonie soit toujours dessaisie de l'organisation de son enseignement alors que celui-ci conditionne toute la vie en société au sein même de ses frontières ? Et tout cela pour quelques nostalgiques s'accrochant désespérément aux derniers lambeaux d'un Etat belgo-belge de toute manière condamné malgré tout l'acharnement thérapeutique dont ce dernier carré sait faire preuve. On aimerait d'ailleurs entendre nos politiques dirent tout haut ce que, pour beaucoup en tout cas, ils pensent tout bas…