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Elie Baussart en bref
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Plus
d'Europe, mais mieux.
B. DE COMMER, militant syndical SETCa-F.G.T.B.
Jeudi 13 décembre 2001. Cent mille manifestants, répondant
à l'appel de la Confédération européenne
des Syndicats, déferlent sur le Nord de Bruxelles. Il fait
à peine 4 degrés, un vent glacial souffle sur le cortège
qui s'étire sur plusieurs kilomètres. Ils n'ont pourtant
pas voulu manquer cela. L'Europe, c'est nous. Mondialisez le syndicalisme.
Les slogans sont nombreux. Tous visent le Sommet de Laeken qui se
tiendra le lendemain à deux pas de là. Tous rêvent
d'une Europe élargie, mais pas n'importe laquelle. Pas simplement,
un vaste marché où les citoyens ne seraient que consommateurs.
Non, une Europe politique et sociale, c'est-à-dire où
ces mêmes citoyens sont acteurs de leur destinée, une
Europe de solidarité, une Europe des travailleurs plutôt
qu'une Europe des banquiers et des financiers. Ce rêve mérite
qu'on s'y attarde…
1.L'élargissement, une vieille histoire européenne.
Depuis sa création en 1958 par six pays -
Belgique, Pays-Bas, Luxembourg (soit le BENELUX), France, Allemagne
et Italie - l'Europe est allée d'élargissement en
élargissement. Ainsi, en 1973, intègre-telle trois
nouveaux pays : le Danemark, l'Irlande et le Royaume Uni. Du coup,
sa superficie et sa population ont-elles crû de quelque 3%
et son P.I.B. total de 24%. En 1981, la Grèce, puis, en 1986,
l'Espagne et le Portugal - trois pays qui sortent à peine
de dictatures dures et qui voient en l'Europe le moyen le plus sûr
d'échapper à leurs vieux démons fascistes-
accrochent le wagon européen. Gain pour l'Europe : 48% d'accroissement
de son territoire et 11% de sa population, pour un P.I.B. total
en hausse de 15%. En 1995, c'est au tour de l'Autriche, de la Suède
et de la Finlande de la rejoindre, dont un gain de 43% en superficie,
11% en population et 15% en P.I.B. total.
L'élargissement est donc pratique courante
et, compte tenu des délais imposés aux candidats,
on peut oser affirmer que, depuis 30 ans, on n'a jamais cessé
de débattre en son sein de l'accueil de nouveaux Etats. Mais
l'Europe des 15 était à peine portée sur les
fonds baptismaux que 12 nouveaux pays - dont 10 issus de l'ex-bloc
de l'Est- frappaient à sa porte : Pologne, Slovénie,
Tchéquie, Hongrie, Estonie, Lettonie, Slovaquie, Bulgarie,
Roumanie, Lituanie, Malte et Chypre. A quoi devrait s'ajouter, tôt
ou tard, la Turquie.
Les critères d'adhésion, redéfinis
au Conseil européen en 1993, n'ont guère varié
dans le temps :
- démocratie, primauté du droit, droits
de l'homme et respect des minorités, soit un critère
politique
- existence d'une économie de marché viable, capacité
de faire face aux pressions concurrentielles au sein de l'Union,
soit un critère économique
- reprise de l'acquis communautaire dans tous ses aspects : politique,
économique et monétaire.
Le principe des négociations séparées
(qui n'était pas la règle antérieurement) une
fois admis, l'élargissement actuellement projeté devrait
s'échelonner de 2003 à 2007. Soit en 2003, la Pologne,
la Tchéquie, la Slovénie, la Hongrie, l'Estonie, la
Lettonie, Malte et Chypre ; en 2004, la Lituanie et la Slovaquie
; en 2006, la Bulgarie ; en 2007, la Roumanie. Ces délais,
on l'aura compris, devant permettre aux candidats de se conformer
aux critères d'adhésion.
Dès 2007 donc, l'Europe des 27 aura accru
sa superficie de plus d'1 million de km2 (soit un bonus d'1/3),
sa population de 105 millions d'habitants (un bonus d'1/4), alors
que le P.I.B. total, lui, n'aura progressé que de 5%. On
l'aura deviné, ce faible pourcentage de croissance au plan
du P.I.B. total est dû à l'intégration de pays
qu'on peut qualifier de pauvres en comparaison avec ceux de l'actuelle
Europe des 15. C'est là, en fait, que réside l'un
des défis majeurs qui va se poser à l'Union. Le poids
économique, pour dire les choses simplement, des 10 pays
de l'ex-bloc de l'Est représente à peine celui des
seuls Pays-Bas.
2. Premier défi : l'accueil de pays pauvres.
Si l'accueil de pays pauvres n'est pas neuf dans l'Union - pensons
à la Grèce, l'Espagne et le Portugal en son temps
- c'est sans commune mesure avec ce qui l'attend pour les six années
à venir.
Alors qu'on avait fait miroiter la possibilité
de millions d'emplois à créer dans l'Union, force
est de constater que ceux-ci se sont envolés et que le taux
de chômage n'a guère baissé significativement.
Pire, demain, lors de l'arrivée massive de main-d'œuvre moins
qualifiée, certes, mais disposée à travailler
à moindres coûts salariaux et sociaux, il y a tout
lieu de croire que le fragile équilibre entre l'offre et
la demande d'emplois dans l'Europe des 15, ne soit complètement
bouleversé. Avec toutes les conséquences qu'on imagine
en matière de chômage, chez nous, mais aussi avec les
risques de la résurgence de l'extrême droite toujours
prête à surfer sur les égoïsmes sécuritaires.
N'oublions pas que, à des degrés divers, la droite
la plus ultra est arrivée au pouvoir en Autriche, en Italie,
au Danemark, en jouant cette carte-là justement.
Pour bien prendre toute la mesure de ce défi,
il n'est pas inutile de rappeler, entre autres, que les pays candidats
ont actuellement un revenu par habitant inférieur à
75% de la moyenne européenne. Alors que la Belgique titre
un P.I.B. par habitant de 111,3 (la moyenne de l'Europe des 15 étant
100), le plus riche des candidats de l'ex-bloc de l'Est - la Slovénie
- est pointée à 68,8 et le plus pauvre - la Bulgarie
- à peine à 22,3. On va dès lors, toutes choses
restant égales à elles-mêmes, se retrouver avec
une Europe scindée en 3 pelotons : celui des riches soit
les 15 actuels moins l'Espagne, le Portugal et la Grèce qui
constitueront le groupe intermédiaire avec Chypre, Malte,
la Slovénie avec des revenus tournant autour des 80% de la
moyenne des premiers, les autres constituant le groupe des moins
nantis avec une moyenne de revenus par habitant à 40% de
la moyenne des premiers.
L'élargissement à l'Espagne, le Portugal
et la Grèce n'a pas conduit à une migration massive
de travailleurs comme on l'avait craint un moment. Mais on peut
s'attendre, avec l'élargissement aux pays de l'ex-bloc de
l'Est, à une migration sans précédent et dont
le flot actuel des clandestins n'est que la face cachée de
l'icerberg. Migration qui, nous l'avons dit, ne servira les intérêts
ni des travailleurs de chez nous, ni ceux de ces pays qui se videront
de leurs meilleurs éléments à l'image de l'exode
qui avait frappé en son temps la R.D.A. et entraîné
l'édification du Mur de Berlin.
Par ailleurs, une modernisation accélérée
et forcée des économies de ces pays ne pourrait que
conduire ceux-ci à la catastrophe et les placer en situation
d'assistés. Depuis la fin des régimes d'économie
planifiée, seules la Pologne (+ 30%), la Slovénie
(+15%) ; la Hongrie (+5%) et la Slovaquie (+3%) ont retrouvé
et dépassé leur niveau de richesse intérieur
d'il y a 10 ans. La Tchéquie (-2%), l'Estonie (-20%), la
Roumanie et la Bulgarie (-30%), la Lettonie et la Lituanie (-40%)
en sont encore bien éloignées.
L'Europe donc, en intégrant ces pays économiquement
handicapés risque bien - sauf à prendre les dispositions
qui s'imposent - de ne guère servir que les seuls financiers
et spéculateurs au détriment des travailleurs d'où
qu'ils soient.
3. Second défi : éviter la dilution
des citoyens dans une macro structure.
Si on n'y prend garde, l'Europe des 27 risque bien
de n'être, en définitive, qu'un vaste marché
de libre échange, ce qu'elle n'est déjà que
trop nous le savons. On se trouverait alors dans un scénario
de plus d'Europe sans le mieux. L'Europe, à mon sens, se
doit aussi d'être politique et sociale, en un mot : citoyenne.
C'est-à-dire où chaque entité est reconnue
comme telle, même la plus petite, mais aussi où chaque
citoyen se sente partie prenante du tout.
Avec les six pays de départ et la règle
de l'unanimité, les décisions étaient déjà
difficiles à prendre. Avec les 15, cela tient parfois du
parcours du combattant. Avec les 27, on n'ose y penser. La nécessité
d'une réforme institutionnelle s'imposant à trous
comme incontournable, l'Union s'est attelée à tenter
de la mettre en place. Ce devait être l'objet du Traité
de Nice, mais les décisions qui y ont été prise
sont un véritable embrouillamini. Le non de l'Irlande, pourtant
très pro-européenne d'habitude, risque bien de faire
de ce Traité un traité mort-né. Mais quelles
ont été, très concrètement, ces décisions
?
Tout d'abord, un renforcement des pouvoirs du Président
de la Commission. C'est lui qui distribuera, en quelque sorte, les
portefeuilles entre les Commissaires qu'il pourra démettre
individuellement. La Commission dispose, pour rappel, d'un monopole
d'initiatives, propose règles et directives. Elle a donc
un rôle essentiellement moteur.
Si Nice a prévu le passage à la majorité
dans plus ou moins 40% des domaines relevant de l'Europe, la règle
de l'unanimité n'en reste pas moins présente dans
des domaines fondamentaux : fiscalité, sécurité
sociale, une bonne part de l'environnement, fonds structurels, immigration.
De plus, le système majoritaire se révèle d'une
extrême complexité : une décision à la
majorité qualifiée devra avoir l'appui d'une majorité
d'états - ce qui donne un certain poids aux petits pays s'ils
s'allient - et d'une majorité des voix à 74,8% des
voix. Vous avez bien lu : 74,8%. Sans oublier une clause démographique
qui renforce le poids des géants comme l'Allemagne. Ainsi,
les états favorables à une décision devront-ils
représenter 82% de la population totale de l'Union. Le poids
des grandes pointures s'est donc accru dans les faits.
Le Parlement, lui, pourtant émanation directe
des citoyens de l'Union et qui partage avec le Conseil la fonction
législative et budgétaire et exerce un contrôle
sur la Commission (sa composition doit avoir son aval), ce Parlement,
lui, reste en l'état actuel.
Autre particularité du Traité de Nice
: les Etats qui le souhaitent pourront renforcer entre eux leur
coopération, pour autant que celle-ci ne nuise pas à
la libre concurrence et que ces Etats soient au moins au nombre
de huit. Ce qui devrait permettre aux nations plus européennes
d'aller vers plus d'Europe. Mais iront-elles vers mieux d'Europe
? Et surtout, le citoyen se retrouvera-t-il dans cet échafaudage
? On peut en douter très franchement, à la lumière
de notre expérience belge de fédéralisation
et de régionalisation.
Les responsables européens n'étaient
pas dupes des lacunes de ce Traité. Ils ont d'ailleurs décidé
de relancer une
Nouvelle Conférence intergouvernementale qui prendra fin
en 2004 et devrait, peut-être, rapprocher les diverses conceptions
que se font les nations de l'Europe. L'Allemagne se déclare
favorable à une fédération européenne
basée sur une constitution et des élections directes.
C'est incontestablement l'option la plus européenne et la
plus démocratique. La France est plus en retrait, rejetant
d'amblée des structures de type fédéral. La
Grande Bretagne est encore plus en deçà, on s'en serait
douté : elle veut en rester à la méthode intergouvernementale
actuelle. La Belgique est, elle aussi, favorable au statu quo. Bref,
tout un panel où les antagonismes sont légion.
Voilà pour l'Europe politique. Mais qu'en
est-il de l'Europe sociale ?
Si l'Europe politique, on l'a vu, n'est et ne sera
pas une partie de plaisir, ce ne le sera guère plus pour
l'Europe sociale qui touche, quant à elle, directement le
citoyen dans sa vie de tous les jours - travailleur comme employeur
d'ailleurs.
Le souhait en cette matière est que l'Europe
soit avant tout un modèle de vie commun, un modèle
de société, et pas un modèle de production
et de consommation selon les canons de l'O.C.D.E. et du F.M.I. Mais
dans les faits ?
Des embryons de ce modèle de société
revendiqué par les progressistes, société basée
sur la solidarité et non la compétitivité,
ces embryons existent. Il s'agit de la politique de cohésion
sociale instaurée pour encadrer les effets pervers d'un marché
unique de libre concurrence, et qui permet de réduire les
écarts de richesses entre nations et régions européennes.
Le Hainaut, par exemple, a pu profiter de cette politique de cohésion
sociale. Mais, comme on l'a évoqué plus haut, l'élargissement
à des pays pauvres entraînera inévitablement
de nouvelles
aides structurelles qui seront sans commune mesure avec ce qui s'est
passé jusqu'à présent. Ces aides, aujourd'hui,
représentent 0,32% du P.I.B. de l'Union. La Commission estime
qu'il faudra atteindre 0,45% si l'on veut faire face à l'élargissement
sans clash majeur. Soit un accroissement de l'ordre de 40%. Ce ne
sera pas une mince affaire. Et d'ailleurs les gros bailleurs de
fonds rechignent. L'Allemagne, pour ne citer qu'elle, réclame
une renationalisation de certaines politiques communautaires comme
l'agriculture et les aides régionales. Les réflexes
de nantis refont surface.
Il s'impose donc à l'Europe de se donner
un projet de cohésion sociale comme elle a pu le faire dans
les matières économiques. Les mécanismes de
coopérations renforcées édictées à
Nice pourraient aller dans ce sens-là, mais ne court-on pas
le risque d'une Europe à la carte qui, en définitive,
ne profiterait qu'aux plus riches une fois de plus ? Une Europe
où cohabiteraient des citoyens de première, deuxième
et troisième zones.
On pourrait s'imaginer que les Etats candidats sont
déterminés à épouser ce projet de société
solidaire. Il n'en est rien. La plupart des pays postcommunistes
ont bâti leur légitimité sur l'indépendance
nationale. Leur première préoccupation est d'entrer
dans une zone de libre échange, pas de céder de leur
souveraineté dans un sytème fédéraliste.
C'est aussi, nous l'avons déjà dit, le cas de la plupart
des pays de l'Union actuelle.
Tout paraît donc en place pour une Europe
à plusieurs vitesse. L'espace SHENGEN, l'euro, boudés
par certains, les dérogations en matière de défense
et de citoyenneté européennes accordées au
Danemark, tout cela ne présage rien de bon pour demain et
après-demain.
Si l'Europe marchande est une réalité
et le sera de plus en plus, l'Europe citoyenne - politique et sociale
- risque bien de n'être qu'un rêve pieux. Sauf à
fédérer les citoyens autour d'un projet sociétal.
Mais qui pourrait les fédérer ? C'est ce que nous
allons tenter de voir à présent.
4. Le défi des défis pour les forces
de contre-pouvoir et de pression : leur implication dans un projet
sociétal européen.
La méthode intergouvernementale a fait son
temps. Certains se mettent à rêver d'un vaste forum
abordant toutes les structures européennes. L'idée
est généreuse, mais si un forum est appelé
à être autre chose qu'un vaste lieu de débats
- autrement dit : s'il est appelé à décider
- on risque bien de se retrouver à la case de départ,
c'est-à-dire à l'impossibilité de dégager
un consensus et donc la nécessité d'avoir recours
à des majorités spéciales. Avec tous les calculs
d'apothicaires dont nous avons parlé ci-avant.
Les organisations de contre-pouvoir et de pression
- organisations syndicales, O.N.G., etc. - me paraissent les instigateurs
tout désignés pour relever le défit de l'élaboration
d'un projet de société européenne. Nous nous
limiterons aux premières, que nous connaissons mieux.
Les organisations syndicales, dans la plupart des
pays de l'Union actuelle, ont une large pratique de résistance
au capitalisme qu'elles ont dû encadrer avec plus ou moins
de bonheur. Et elle l'ont fait, nous semble-t-il, mieux que ne l'ont
fait les partis de gauche et de centre-gauche. Nous ne reviendrons
pas sur ce point. Voyons plutôt quels ont été
les combats de ces organisations au plan européen. Comment
elles ont tenté d'harmoniser leurs luttes au-delà
des particularismes engendrés par leur histoire propre.
Entre 1958 et 1991,les organisations syndicales
n'ont eu de cesse de lutter pour que l'action syndicale européenne
ait un statut officiel. C'est à cette dernière date
qu'un Protocole social fut signé à Maaestricht et
incorporé au Traité d'Amsterdam. Cinq ans plus tard,
le premier accord était conclu : celui portants sur le congé
parental. Cela peut paraître relativement marginal, mais c'est
la toute première fois qu'une législation sociale
se voyait appliquée à tous les pays de l'Union. Puis
ce furent en 1997 le tour des accords sur le travail à temps
partiel et, en 1999, ceux sur les contrats à durée
déterminée. Une dynamique est en cours donc, même
s'il reste encore beaucoup à faire.
Des Comités paritaires se sont mis en place
ayant abouti à l'accord sur le télétravail.
Aujourd'hui, avec plus ou moins de succès, des Comités
d'entreprise européens fonctionnent, de même des Conseils
syndicaux interrégionaux. Les organisations syndicales sont
également associées comme interlocuteurs sociaux au
dialogue regroupant la Banque nationale, les Etats membres et la
Commission européenne.
On le voit, quelques pas ont été faits
vers une Europe citoyenne, mais on aurait tort de s'endormir sur
ses lauriers. L'intégration de l'acquis social ne se fera
que si les organisations syndicales sont pleinement intégrées
dans ce débat. Au plan de leurs états respectifs,
mais aussi au plan de l'Union.
Si cette pratique du dialogue entre partenaires
sociaux est largement répandue dans les pays constitutifs
de l'Europe des 15 actuelle (avec, certes, plus ou moins d'intensité),
il n'en est pas de même dans les tétas candidats à
l'élargissement qui ignorent, pour la plupart, ce que peut
être ce type de dialogue. On n'en prendra pour exemple que
celui du gouvernement hongrois qui a négocié seul
le dossier de la libre circulation des travailleurs, alors même
que les partenaires sociaux hongrois - employeurs et travailleurs
- avaient une position commune à ce sujet et étaient
demandeurs d'un tel dialogue.
Si donc le modèle de dialogue social que
nous connaissons actuellement ne s'installe pas dans les pays de
l'ex-bloc de l'Est, le risque est énorme que ce mauvais exemple
social ne fasse tache d'huile à l'Ouest. Le mémorandum
rédigé en commun par la F.G.T.B. , la C.S.C. et la
C.E.S. en vue de la présidence belge qui se clôturera
au 1er janvier 2002 trace les grands axes du chemin qui devrait
conduire à une Europe sociale :
- rompre avec la tendance qui consiste à décider à
la majorité qualifiée tout ce qui va dans le sens
du libéralisme et de la concurrence et à l'unanimité
tout ce qui va dans le sens des solidarités sociales
- concrétiser dans des actes de l'Union ce qu'elle ne cesse
de proclamer depuis des années, à savoir son souci
du plein emploi, de l'emploi de qualité, de la croissance
durable, de la cohésion sociale, plutôt que de laisser
cette concrétisation aux Etats membres chacun dans son coin
- approfondir le modèle du dialogue social par le développement
des négociations collectives et l'instauration d'une protection
sociale commune
- réorganiser la structure fiscale en imposant un taux minimal
pour l'impôt des sociétés dans l'ensemble de
l'Union
- améliorer le dialogue macro-économique, entre autres
par rapport à la Banque centrale européenne
- reconsidérer la mission des services publics qui doivent
cesser d'être vus au-travers du prisme de l'achèvement
du marché intérieur et les envisager comme un des
éléments du modèle social européen
- améliorer la Charte des Droits fondamentaux dans son volet
social, notamment au niveau des droits collectifs transnationaux,
de la pension minimale, du revenu minimal, du droit au logement,
aux soins de santé, de l'accès à des services
d'intérêt général et de la formation
tout au long de la vie.
5. En guise de conclusion très provisoire.
Beaucoup de choses restent à réaliser
pour les organisations syndicales, y compris dans leurs propres
structures. Les C.E.S. sont passés de 40 affiliés
à 67intégrant de la sorte les syndicats des pays d'Europe
centrale et orientale. Un élargissement avant l'heure. Mais
il leur faudra encore apprendre à généraliser
des expériences transnationales et régionales comme
celle du groupe de Doorn, ou au sein des fédérations
syndicales comme celles du textile ou de la métallurgie,
ou dans des pratiques de coopération syndicale telle celle
de la Baltique. Car les dangers qui guettent l'Union lors de l'élargissement
guettent évidemment aussi les organisations syndicales. Si
elles veulent relever le défi d'un " avenir " qui
ne soit pas " uniquement confié à quelques experts
aussi sérieux et soucieux du bien-être général
soient-ils ", pour reprendre les mots mêmes de Michel
NOLLET, président de la F.G.T.B., elles doivent régler
leurs propres contradictions, leurs propres antagonismes en mettant
en avant un intérêt supérieur, celui qui veut
qu'il ne peut y avoir d'Europe économique sans Europe politique
et sociale.
Après tout, l'Europe c'est nous. C'est notre
affaire à tous et pas seulement à une poignée
de financiers et de technocrates. La Wallonie qui a su, au fil des
150 ans de luttes sociales, de 150 ans d'intégration de travailleurs
venus de tous horizons, se composer un modèle social de solidarité,
doit avoir et aura son mot à dire comme région à
part entière dans l'édification d'un plus d'Europe.
Et d'un mieux surtout.
LAEKEN, le 13 décembre 2001.
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