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Elie Baussart en bref
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Pouvoir
et contre-pouvoir.
Bernard DE COMMER, président
de la Fondation ELIE BAUSSART.
" Tout pouvoir ", écrivait HONORE
DE BALZAC, à propos de Catherine de Médicis, "
est une conspiration permanente ". Parce que, ajouterai-je,
tout pouvoir est un leurre qui vise à se maintenir en place,
en développant tout à la fois des stratégies
d'autolégitimation et des stratégies de violence.
Et ce, quelles que soient les formes de pouvoir : totalitaire ou
démocratique. Et quelles qu'en soient les aires d'activités
: politique, sociale, économique, morale,....
Face au pouvoir, à toutes ces formes de pouvoirs, dans leurs
aires d'activités, il faut développer des stratégies
de contre-pouvoir permanent, plutôt que de viser à
participer à ce pouvoir en le partageant ou en s'y substituant.
Tel sera l'objet de la présente réflexion : mieux
cerner la nature et les enjeux de lieux de résistance aux
pouvoirs en place de plus en plus asservis aux contingentements
économiques.
A.Le pouvoir est un leurre.
Au sens premier, un leurre est un morceau de cuir
rouge garni d'un appât et figurant un oiseau, de manière
à dresser le faucon à revenir toujours vers son maître.
Le pouvoir est du même ordre : il vise à convaincre
le sujet, l'individu libre, intégralement libre, de soumettre
sa liberté à un arbitraire extérieur à
lui. De le convaincre qu'il ne peut se passer de cet arbitraire,
qu'il doit y revenir sans cesse. L'obéissance au pouvoir
est le fruit de l'éducation. Toutes les civilisations ont
toujours largement développé cette forme d'aliénation
de la liberté qui consiste à se soumettre au pouvoir
d'une personne ou d'un groupe. Sans doute n'est - il pas possible,
en termes anthropologiques, de concevoir une société
sans une forme ou l'autre de pouvoir. Mais l'objet du débat
n'est pas là. Il est dans le fait que tout pouvoir n'est
possible que dans la mesure où le sujet obéissant
consent à obéir. Encore faut-il que celui-ci perçoive
son aliénation et ne se comporte pas comme le faucon. Qu'il
la perçoive et décide de récupérer sa
liberté. Quand ces deux conditions sont réunies, il
n'est aucun pouvoir en place, même le plus absolu, qui ne
finisse par s'effondrer.
Des exemples pullulent au fil de l'Histoire des
sociétés humaines. Prenons-en deux : l'Inde de Gandhi
et le tout récent effondrement des blocs dits de l'Est.
Quand le 15 août 1947, l'Inde est quitte de
la domination britannique, l'un des plus puissants empires du monde,
mesure-t-on assez qu'il a suffi qu'un petit homme insignifiant,
religieux, ascète, ait proclamé quelques années
auparavant que " décidément non, je refuse d'obéir.
", suivi en cela par des milliers de ses compatriotes ?
C'est le 8 septembre 1920 que le Comité Central
du Congrès National indien adopte le programme de Gandhi
en vue de l'indépendance de l'Inde. A vrai dire, c'est un
programme bien surprenant et qui sort des sentiers battus des luttes
d'émancipation. Jugez-en : on y prône la désobéissance
civile et le boycot des marchandises étrangères. Gandhi
est convaincu et convaincra que son " satfagraha ", son
" étreinte de la vérité ", amènera
l'adversaire britannique à comprendre et, par conséquent,
à modifier son comportement. Gandhi entend
donc s'en prendre à deux pouvoirs complémentaires
: les pouvoirs politique et économique. Pour avoir osé
cela, il est arrêté le 10 mars 1922. Le pouvoir entre
dans un cycle de violences. Réaction commune d'ailleurs à
tous les pouvoirs menacés de l'intérieur. Le 2 février
1924, il faut bien le libérer. Il remet cela. En janvier
1930, il accentue encore sa campagne de désobéissance
en proposant d'enfreindre le monopole gouvernemental du sel. Le
12 mars de la même année débute la fameuse "
marche du sel ".Le 5 mai, Gandhi est emprisonné. Des
émeutes éclatent. Le 20 janvier 1931, le vice-roi
des Indes le libère. Tous deux signent une sorte d'armistice
en attendant l'ouverture des négociations à Londres.
Le 29 août d'ailleurs, ce dernier est à Londres où
débute la Table Ronde sur les Indes. Laquelle échoue.
De retour, Gandhi est arrêté, une fois de plus. Nous
sommes le 3 janvier 1931. Le 20, il entame une grève de la
faim, parce que le projet électoral du gouvernement exclut
les intouchables du droit de vote. Malade, il doit arrêter.
Le 8 mars 1933, il réitère. Cette fois, on le sent
décidé à aller jusqu'à la mort. Le 4
juillet, la Grande Bretagne, craignant d'en faire un martyr, cède
et le libère. Ce qui ne l'empêche pas, ensuite, de
le recondamner à un an de prison. Les choses, dès
lors, vont suivre leur cours pour déboucher, enfin, sur le
départ des Britanniques. Le pouvoir qu'ils exerçaient
dans leur colonie, avec la fermeté qu'on leur connaît,
était bien un leurre et le refus d'obéissance, c'est-à-dire
de reconnaître ce pouvoir, a débouché sur l'anéantissement
de ce dernier. Même s'il a fallu du temps, temps nécessaire
à ce que le déclin des Empires coloniaux et l'affaiblissement
de la Grande-Bretagne ne s'accentuent plus encore.
Autre exemple de pouvoir en place, très dur
lui aussi, couvrant également en quelque sorte un empire,
et qui s'est effondré en très peu de temps : celui
des régimes communistes à l'Est.
C'était il y a treize ans. Très exactement
le 28 juin 1988. Mikhail Gorbatchev, secrétaire général
du P.C.U.S., proposait son " état socialiste de droit
" où Etat et Parti seraient séparés, avec
élections présidentielles au suffrage universel. En
bref, le refus de la praxis communiste. Il espère sauver
les meubles, si l'on peut dire. Mais il est déjà trop
tard. Son non au pouvoir en place est déjà plus qu'en
germes dans l'empire soviétique. En fait, et Gorbatchev l'ignore,
il ne sera qu'un catalyseur. Rôle d'ailleurs qui l'évincera
à jamais du nouveau régime qui s'installera ultérieurement.
Cela ne l'empêche cependant pas d'être élu président
le 1 octobre 1988.
Dans les satellites soviétiques, la révolte
gronde, sourde encore, mais qui ira croissant. Ainsi, le 16 janvier
1989, Vaclav Havel est-il arrêté à Prague, une
nouvelle fois. Il avait manifesté avec 50 signataires de
la Charte 77, et ce contre le régime, à l'occasion
de la commémoration de la mort du jeune Jan Palach. Cette
arrestation déclenche des émeutes où le nom
de Gorbatchev est scandé. Matraque et canons à eau.
Le 15 mars 1989, en Hongrie, Budapest est en liesse
: elle célèbre la date anniversaire de la révolte
(bourgeoise) de 1848. Soixante mille manifestants arborant le drapeau
blanc, vert et rouge, défilent Place de la Liberté
en exigeant la fin de l'Etat policier et le départ des occupants
soviétiques. Pas de répression.
Le 26 mars de la même année, des élections
ont lieu en U.R.S.S. pour élire les députés
du peuple au Congrès. Un certain Boris Eltsine est élu
et déclare tout de go : " Il faut transformer cette
assemblée de marionnettes en forum de discussion et de mise
en œuvre de décisions fondées sur les besoins du peuple.
".
En Lituanie, le mouvement indépendantiste recueille 30 sièges
sur les 42 mis en jeu.
En Yougoslavie, au Kosovo, une flambée nationaliste
est matée par la force.
Le 17 avril 1989, en Pologne, Solidarnosc est de
nouveau légalisé. Le 5, Lech Valesa avait signé
avec le gouvernement un accord prévoyant le pluralisme syndical,
la démocratisation des institutions et des élections
démocratiques. Solidarnosc n'est encore qu'un contre pouvoir.
Il commettra bientôt l'erreur de se muer en véritable
parti politique.
Entre-temps, en Chine, Place Tian Anmen, une répression
sanglante est perpétrée contre les étudiants.
Le 18 juin 1989, les élections en Pologne
portent au pouvoir Solidarnosc. Le P.C s'est réservé
299 sièges, acceptant de mettre en jeu 170 sièges
à la Diète et au Sénat. Solidarnosc rafle tout,
à l'exception d'un seul.
Le 9 juillet, toujours de la même année,
200 mille mineurs de Sibérie sont en grève. C'est
une grève économique. Gorbatchev cède.
Un bon mois plus tard, le 24 août, un premier
ministre non communiste est investi en Pologne. C'est la première
fois derrière le Rideau de Fer. Moscou se contente d'enregistrer.
En R.D.A., le stalinien Erich Honecker, l'un des
maîtres d'œuvre du Mur de Berlin en 1961, doit se retirer.
Il est remplacé, croit-on, par un dur. Cela n'empêche
pas le Mur de tomber le 10 novembre 1989. Moscou réagit favorablement.
Le 26 décembre 1989, le maître absolu
de la Roumanie depuis 1965, Ceausescu, est passé par les
armes. Les émeutes n'avaient débuté que la
veille ! Certes, on l'apprendra un peu plus tard, il s'est agi ,
en cette affaire, d'une manipulation de l'information par l'opposition,
mais n'empêche : les choses ont été rapidement
entendues.
La Lituanie réclame son indépendance.
En Azerbaïdjan, Moscou intervient militairement.
Le 18 mars 1990, élections en R.D.A. Victoire
écrasante du parti chrétien démocrate.
Le 30 mai 1990, Boris Elstine est élu président
de la fédération de Russie et réclame l'indépendance
de celle-ci dans les 100 jours.
En Albanie aussi, cela bouge. Ici, cela débouche
sur un exode imposant vers l'Italie.
Le 3 octobre 1990, l'Allemagne est réunifiée.
Révolte dans les républiques baltes
le 20 janvier 1991.
Le 25 février de la même année,
le Pacte de Varsovie passe aux oubliettes. Il datait de 1955.
Le 25 juin, la Yougoslavie vole en éclats
: la Croatie, la Slovénie deviennent indépendantes.
Le 11 septembre, l'U.R.S.S. quitte Cuba.
Le 25 décembre, enfin, le drapeau rouge à
faucille et marteau qui flottait depuis 1917 sur Moscou est amené
et remplacé par le drapeau tricolore russe. Gorbatchev qui
a échappé à un coup d'état le 19 août
et a eu le temps d'interdire le P.C. dans l'armée et les
structures de l'état, démissionne. Entre-temps, la
Moldavie, la Bielorussie et l'Ukraine ont proclamé leur indépendance.
C'en est définitivement fini du pouvoir communiste
en union Soviétique et dans ses satellites. Tout a été
dit et consommé en moins de deux ans et demi !
De tels exemples sont légion. Ils montrent combien les pouvoirs
en place, quels qu'ils soient, des plus durs aux plus démocratiques,
sont fragiles, ne tiennent en place que dans la mesure où
ceux qui les vivent les acceptent. En ce sens, ils sont tous un
leurre.
B. Le pouvoir développe nécessairement
des stratégies de violences à l'égard des individus
et des groupes.
La nécessité d'un pouvoir en place
pour vivre en société, et surtout quelles formes de
pouvoir peuvent être tolérables comme limitant au minimum
les libertés, ne me paraissent pas devoir faire l'objet d'un
long débat : cela s'impose évidemment et sous la forme
la plus démocratique possible.
Voyons plutôt quels échanges interactifs
existent entre tout pouvoir, ceux qui lui sont soumis, ceux qui
lui résistent.
Ces échanges interactifs relèvent
tous, à des degrés divers, d'une forme ou l'autre
de violence. Et cela quel que soit le régime en place.
Notons-le bien : le pouvoir considère cette
violence comme allant de soi. C'est ce qu'on appelle sous toutes
les latitudes : l'ordre public. C'est-à-dire le statu quo.
A propos du pouvoir socialiste, CARLO ROSSELLI,
dans Socialisme libéral (Editions du Jeu de paume), écrit
:
" Une émancipation qui ne viserait qu'à
limiter ou à réduire l'oppression du milieu, une liberté
qui serait entièrement et uniquement négative et qui
ne s'accompagnerait pas d'une réaffirmation des valeurs éternelles
de l'esprit serait la libération d'un esclavage au nom d'un
autre esclavage. ".
Ce qui est dit du pouvoir socialiste s'applique au pouvoir de connotation
libérale que nous connaissons chez nous. Or, précisément,
et parce qu'il est aussi un leurre, ce pouvoir - la démocratie
parlementaire - vise à maintenir un certain esclavage en
place plutôt qu'une liberté s'accompagnant de la réaffirmation
des valeurs de l'esprit. Pour cela, le pouvoir utilise très
largement une palette toute en nuances de moyens de répression
qui s'enchevêtrent tous domaines confondus.
Voyons cela.
S'il est un pouvoir, aujourd'hui, qui domine tous
les autres, qui les supplante, c'est bien le pouvoir économique.
Tout lui est dû, et il le sait.
MARC MAESSCHALCK écrit dans Travail pour
tous (Editions Lumen Vitae) :
" L'Etat comme communauté d'intérêts
d'un sous-système du marché mondial n'a pas d'unité
de sens à proposer face au développement de l'économie-monde.
La production du sens appartient aux créateurs du développement,
c'est-à-dire aux représentants du patronat. Même
au niveau micro-économique, le patronat prétend chercher
et réaliser une transformation radicale des rapports entre
production et existence sociale, c'est-à-dire entre économie
et éthique. Du pôle d'exécution technologique
qu'elle était, l'entreprise se veut aujourd'hui entité
culturelle, pôle de contribution non seulement au bien-être
social, mais aussi à la qualité de la vie, à
la construction de l'identité communautaire. ".
L'idée, si je puis dire, du pouvoir économique
est donc très explicitement, par le biais d'une culture d'entreprise,
au plan micro-économique, de dépasser la seule dépendance
des moyens de subsistance dans le chef des travailleurs pour une
dépendance plus globale, idéologique sans le dire,
puisque inculquant et imposant sa propre vision de la vie, ses propres
valeurs.
Le pouvoir politique, qui devrait théoriquement
le contrôler, se tait. Et même fuit. Ainsi, par exemple,
à propos du conflit qui opposait les transporteurs de fonds
à leurs employeurs, il y a trois ans, et dont le lecteur
se souviendra certainement. Je vise ici la revendication du troisième
homme. Le conciliateur social renvoyait la balle au gouvernement,
l'invitant à prendre des dispositions dans une matière
touchant à la sécurité. Et M. Van de Lanotte
de se réfugier derrière l'argument fallacieux de non-ingérence
dans un conflit social. Or, et nous le savons, ce même pouvoir
politique a été capable, en maintes occasions, de
se mêler de tels conflits. En fait, le pouvoir politique se
trouvait paralysé face au pouvoir des banques et de la grande
distribution.
Dans Le fantôme de la liberté (Editions Labor 1997),
GUY HAARSCHER écrit :
" Jadis (mais aussi de façon aggravée
au XX ème siècle), l'Etat avait pour fonction d'imposer
à tous une conception officielle de la vie bonne : pour ceux
qui auraient eu l'envie de dévier de l'orientation proposée,
de la " juste voie ", la violence du collectif aurait
rétabli les choses. Et puis, au fil des conquêtes de
l'époque moderne, l'Etat a radicalement changé de
signification : au lieu d'imposer une sagesse officielle, il s'est
pour ainsi dire dégagé des questions d'orientation
existentielle, se contentant (mais c'est un rôle crucial)
d'arbitrer les conflits entre conceptions de l'existence différentes
et parfois antagonistes... ".
C'est vrai, jusqu'à un certain point. Je
crois, cependant que le pouvoir politique arbitre de moins en moins
et, sans en avoir l'air, sans réel discours idéologique
explicite, pire, sous le couvert de propos humanistes - et c'est
donc une forme particulièrement pernicieuse de violence,
dans la mesure où il laisse se renforcer en quelque sorte
l'état d'esclavage des citoyens -, le pouvoir politique collabore
très largement à imposer à tous une conception
officielle de la vie bonne : celle de la consommation et de la rentabilité.
Le symbole du pouvoir est de moins en moins le Parlement, de plus
en plus la Bourse.
Certes, ce n'est pas neuf. Mais c'est autrement
plus prononcé de nos jours, du fait de la disparition d'un
modèle potentiel alternatif de société (la
société communiste). Le projet marxiste a fait long
feu, même si son analyse reste pertinente, les Ecolos qui
avaient éveillé tant d'espoir d'une nouvelle pratique
du pouvoir se sont, à leur tour, enlisés. En attendant,
la " pensée unique " s'affirme comme inéluctable.
Alors qu'elle ne l'est pas, qu'elle n'est qu'un leurre parmi d'autres,
et qui n'est là que dans la mesure où nous le tolérons.
Pourtant, rétorquerez-vous, nous vivons en
démocratie. Certes. Dans La Libre Belgique des 7 et 8 février
1998, GUY HAARSCHER, justement, a eu cette phrase assassine : "
Les gens votent, exercent des libertés, mais les décisions
sont prises dans l'opacité. ". Ce qu'il explicite par
ailleurs (op. cit.) :
" C'est en fait la loi du plus fort qui se
réinstaure subrepticement dans le domaine prétendument
égalitaire de la parole et de la libre discussion : le sophiste
(pervers) n'a nul besoin, pour exercer son pouvoir (pour faire se
diriger les individus dans le sens qui lui convient à lui
ou à ses commettants) de s'entourer de policiers et d'imposer
des limites matérielles à la liberté de ceux
qu'il veut subjuguer ; il lui suffit - rien dans les mains rien
dans les poches - de faire croire à son public que la discussion
a vraiment eu lieu, autrement dit qu'un contenu de pensée
(une idée) a été proposé, défendu,
critiqué et adopté en connaissance de cause. ".
Je le dis ici : le pouvoir politique chez nous,
et dans les pays occidentaux en général, est strictement
sophiste. Comme d'ailleurs l'est le pouvoir économique qu'il
ne fait que servir. Ceux-ci n'ont guère besoin de matraque.
Encore que ici et là, ponctuellement... Il leur suffit de
faire croire que la discussion a réellement eu lieu. Alors
qu'il n'en est rien.
A bien réfléchir, il y a eu de ce
sophisme-là dans les relations et négociations des
cabinets ministériels avec les organisations syndicales représentatives
des enseignants depuis 1995 (et sans doute même auparavant).
Ce n'est point notre propos de faire une recherche détaillée
sur ce sujet ; aussi, je ne citerai que l'un ou l'autre exemple
parmi ceux que je connais le mieux pour avoir été
partie prenante de ces relations et de ces négociations.
Rappelons cependant ce qu'il faut entendre par "
sophisme " : l'élaboration délibérée
d'une faute de raisonnement en vue de tromper.
Premier exemple, relatif à des événements
auquel j'ai assisté - et pour cause - de très près
: la modification du régime des congés de maladie
pour les enseignants (que la majorité arc-en-ciel s'empressera
de corriger dès son arrivée au pouvoir). Alors que
la trêve des confiseurs s'annonce, très exactement
le 19 décembre 1996, les organisations syndicales sont convoquées
Place Surlet de Chokier. Une ultime réunion se tiendra le
30 décembre. Objet de ces réunions : la modification
reprise ci-dessus. S'entame donc un semblant de négociations.
Les enseignants et eux seuls sont présentés comme
des abuseurs, des profiteurs du système. Eux et eux seuls
chercheraient, via les congés de maladie non utilisés,
à aménager leur fin de carrière. Que cette
pratique existe bel et bien, nul ne le nie. Mais elle existe dans
toute la fonction publique. Alors, pourquoi les seuls enseignants
? Pas plus fraudeurs que les autres, mais présentés
comme les champions en la matière ? Premier sophisme.
Le second viendra quelques jours plus tard, quand la Ministre -
Présidente déclarera exactement le contraire face
aux caméras. Non, les enseignants ne seraient pas plus fraudeurs
que d'autres...
En cours de négociations, d'autres arguments
relevant du plus pur sophisme seront utilisés : si l'on s'en
prend aux seuls enseignants, c'est parce qu'ils jouissent quand
même de facilités horaires et en matière de
vacances (sous-entendu, et c'est un comble pour une autorité
: on peut couvrir la fraude des autres secteurs, moins favorisés
au niveau des conditions de travail) ; c'est ainsi que M.BATSELE,
directeur de Cabinet adjoint et présidant la réunion,
déclarait textuellement (même si ce fut en forme de
boutade) : " Vous ne pouvez réclamer un même traitement
au niveau des congés de maladie que les autres fonctionnaires
: ceux-ci ont plus de jours de travail que vous (cfr mes propres
notes du 30/12/96) . Il faut croire que cela lui avait échappé,
car le 19/12/96, il avait très habilement évité
une demande de justification de M. Régis DOHOGNE, comme en
atteste le P.V de réunion .
Voyons cela.
" M. DOHOGNE demande à M. le Président
qu'il définisse avec précision et clarté les
éléments objectifs qui justifient la différence
de traitement que l'autorité réserve, aujourd'hui,
aux enseignants, par comparaison aux autres fonctionnaires de la
Communauté française.
M. LE PRESIDENT constate que son interlocuteur a déjà
posé cette question en août 1995.
Il lui avait été répondu que les statuts applicables
aux membres du personnel des Fonctions publiques sont différents
des statuts applicables aux membres du personnel de l'enseignement,
tant en Communauté française qu'en Communauté
germanophone et en Communauté flamande.
Sur cette base-là, et c'est de jurisprudence constante du
Conseil d'Etat, des différences objectives peuvent apparaître
entre les catégories de personnels concernés...
M. DOHOGNE constate que M. le Président n'a pas répondu
à son interrogation.
Ce dont il est question, ce sont les critères
objectifs sur lesquels l'autorité s'est appuyée pour
justifier cette différence de traitement.
LE PRESIDENT fait remarquer à son interlocuteur que la réponse
qu'il vient de faire est on ne peut plus claire, son argumentation
se basant sur les différences de statut.
M. DOHOGNE relève que cette réponse fait uniquement
état de différences formelles et non fonctionnelles.
Sur quelles bases se fonde l'autorité pour considérer
qu'un enseignant a droit, sur le plan social, à être
moins bien protégé qu'un autre travailleur ?
M. LE PRESIDENT répond que la question de son interlocuteur
est posée en des termes sur lesquels il n'a pas à
s'exprimer... ".
Le sophisme du représentant de Mme ONKELINX apparaît
ici dans toute sa splendeur.
La vraie raison - le fond de l'affaire -, c'est
de faire porter aux enseignants et à eux seuls (majoritaires
il est vrai) le premier train de mesures d'économies. De
petites économies en termes financiers, mais chargées
affectivement . Le second train suivra, avec la perte de 3000 emplois
dans le secondaire.
Autre argument visant à tromper les interlocuteurs,
celui de l'existence du fameux A.R. sur les congés de maladie
grave et de longue durée. Or, et chacun le sait, celui-ci
échappe totalement à la compétence de la Communauté
française et ne va en rien atténuer les conséquences
néfastes du nouveau décret.
Le véritable débat aurait été
de partir de l'argument des économies nécessaires
et de proposer à la négociation des mesures structurelles
visant à combattre les fraudes, sans jeter le discrédit
sur l'ensemble des enseignants.
Mais comme l'écrit GUY HAARSCHER (Op. cit.),
ce qu'on peut reprocher aux sophistes, c'est que "au lieu de
commencer par accepter un raisonnement rigoureux, articulé
autour de concepts clairs, ...les sophistes chauffent l'assemblée,
flattent le peuple, manipule ses émotions. ".
Un autre exemple, sur lequel point ne sera besoin
de s'étendre outre mesure : le décret sur la maltraitance
et, son corollaire, la suspension préventive à demi-solde.
Le Conseil d'Etat a largement pourfendu la version première
de ce décret et de son corollaire. Une fois de plus, oserai-je
dire, car c'est devenu une vilaine habitude de ce gouvernement communautaire.
Mais élaborés dans la foulée de l'émotion
de l'affaire Dutroux et de la Marche Blanche, ces textes n'ont que
faire d'un raisonnement rigoureux. On manipule le peuple, on s'appuie
sur ses émotions.
Même les organisations syndicales (du moins
celles présentes : la C.G.S.P. et la S.L.F.P, mais technicien
et n'ayant pas à signer donc, j'avoue que je l'aurais fait
aussi) se sont laissé piéger par l'air du temps et
ont signé un protocole d'accord. Allant même plus loin
que ce qui leur était demandé : alors qu'elles n'étaient
consultées que sur un seul article portant sur la formation
initiale et continuée dans le domaine de la maltraitance,
elles se sont cru obligées d'ajouter une note d'avis positive
sur l'ensemble du projet. Quant à la négociation sur
la suspension automatique, tout le monde a encore en mémoire
ce qui s'est passé.
La Ministre - Présidente, Mme L. ONKELINX,
dans sa défense bec et ongles, au Parlement de la Communauté
française, de ses projets n'a pas hésité à
créer elle-même de facto une hiérarchie dans
les droits mettant en premier le droit des victimes. Alors que les
droits de victimes et des présumés innocents sont
à mettre, en droit, sur un pied d'égalité.
Un dernier exemple, et qui servira à introduire
le chapitre suivant : celui du Décret " Missions "
et, surtout de son fameux chapitre sur la participation.
Dans le sophisme, l'important est, je le rappelle,
de faire croire que le véritable débat a eu lieu.
Alors qu'il n'en est absolument rien. Il est d'ailleurs significatif
que le Décret se taise dans tout ce qui relèverait
de son rôle d'arbitre des conflits d'intérêt.
Au niveau des enseignants sur quota syndical, par exemple. Nul ne
devait ignorer qu'avancer le seul critère des élections
sociales en matière de représentativité allait
poser de sérieux problèmes. Au niveau des étudiants,
le Décret est encore plus lâche, puisqu'il laisse quasi
les P.O faire ce qu'ils veulent.
De débat véritable, à mon sens,
il sera peu question. Outre que celui-ci devra nécessairement
s'inscrire dans les pas des projets des réseaux, en ce qui
concerne l'enseignement catholique par exemple dans Mission de l'Ecole
chrétienne, court-circuitant dès lors, et dès
le départ, toute possibilité d'un choix alternatif,
même si les acteurs locaux le souhaitent, le débat
fait de conflits, le vrai débat donc, où s'affrontent
des valeurs et des stratégies, n'aura pas lieu. Parce qu'il
est présupposé que tous les acteurs ont un intérêt
commun, identique. Une réelle culture d'entreprise donc.
Comme l'écrivent PIERRE MARCHAL et JOAN LISMONT (Bulletin
LE SEL) : " Elle (l'injonction à participer) pourrait
bien avoir pour effet de promouvoir une société sans
conflit. N'est - il pas particulièrement actif aujourd'hui
ce fantasme d'une société homogène finalisée
par un bien commun unique, toutes choses confondues ? ".
Car c'est bien de cela qu'il s'agit, d'induire la
" pensée unique ", sans en avoir l'air, sous le
couvert de démocratie. Alors que tout, ou presque, dans ces
Conseils relèvent de l'a-démocratie. C'est là,
indéniablement, une forme accomplie de sophisme.
Autre aspect du Décret : celui de faire passer
derrière un discours d'apparence humaniste, les souhaits
en matière de formation des décideurs économiques.
Oui, le Décret " Missions " a pour objet essentiel
de rendre les jeunes utiles à la société (ce
qui n'est pas négatif en soi), mais dans une perspective
de rentabilité, de les rendre donc employables, et, osons-le
dire : exploitables. Tout cela, bien entendu implicitement. Dans
les années qui ont suivi, un véritable adéquationisme
entre les besoins du marché de l'emploi et les potentialités
des milieux éducatifs s'est installé. Tout dernièrement,
le projet de M. P. HAZETTE de remplacer
l'enseignement à horaire réduit, destiné aux
plus " paumés" parmi les jeunes, par les CEFA (Centres
d'Enseignement et de Formation en Alternance), plus sélectifs
et plus aptes à répondre aux besoins en formation
des milieux économiques locaux, en est une illustration parfaite.
On trouvera les mêmes accents dans le plan pour l'emploi mené
par Mme ARENA en Région wallonne.
La principale forme de violence du pouvoir politique,
relais du pouvoir économique, chez nous, comme dans les sociétés
occidentales, c'est , grâce au sophisme, de " développer
tout à
la fois des scénarios de répression et des scénarios
de libération sans que l'institution elle-même soit
remise en cause. L'institution postmoderne a intégré
le conflit à tel point qu'elle est devenue une démocratie
des usagers, démocratie où les luttes sociales se
manifestent dans la transformation de la sémantique des pratiques
sociales, c'est-à-dire dans les mutations de valeurs, dans
la modification de l'image sociale. ". (MARC MAESSCHALCK op.
cit.).
Et cela nous amène tout naturellement à entrer dans
le chapitre suivant qui abordera la tendance de nos sociétés
et de ses diverses composantes à s'autolégitimer dans
le statu quo.
C. Le pouvoir en place dans ses diverses composantes vise à
s'autolégitimer dans le statu quo.
MARCUSE écrivait : " Le fonctionnement ininterrompu
de la société justifie sa légalité et
sa prétention à être obéie. ". Autrement
dit, le pouvoir en place se justifie et justifie sa prétention
à s'imposer aux libertés dans le statu quo. Dans un
paramètre de bien-être moyen et minimal. Ce que MARC
MAESSCHALCK (Op .cit.) explicite en ces termes :
" L'appareil de pouvoir détermine et
contrôle le jeu des significations, les règles et l'ordre
des valeurs. En soi, l'institution quelle que soit la performativité
du rapport critique qu'elle entretient avec la réalité,
ne peut produire que des modifications secondaires dans un complexe
de pouvoir où elle assure fondamentalement le statu quo.
".
L'affaire DUTROUX aurait pu être l'occasion
d'une réflexion sur ce qu'implique une citoyenneté
nouvelle. Au lieu d'axer leur propos sur une critique de la société
dans son ensemble, les médias se sont, le plus souvent, et
la plupart, limité à renforcer leur audimat en mettant
en exergue les aspects sensationnels ou prétendument sensationnels
de l'affaire, dans une optique de grand complot qui s'est d'ailleurs
bien vite révélée sans fondements.
En fait, faut-il le souligner, voilà qui arrange bien le
pouvoir en place. Certes, il est secoué, mais il faut plus
que cela pour l'ébranler. La population se focalise sur des
sujets limités, sans fondamentalement remettre en cause le
système. En cela, les Mouvements Blancs firent-ils, alors
qu'ils croyaient à l'inverse, le jeu du pouvoir en place.
Celui-ci produit et continuera à produire ce que MARC MAESSCHALCK
appelle des " modifications secondaires ". Je parlerai
plus avant de stratégies qui me paraissent plus aptes à
forcer le pouvoir en place à produire des modifications plus
fondamentales.
Mais revenons à notre sujet.
Jamais, en matière d'enseignement par exemple,
une majorité comme celle qu'a remplacée la majorité
arc-en-ciel n'aura autant légiféré. Un observateur
non averti pourrait en conclure que voilà une majorité
qui a travaillé utilement, amené des réformes
sans doute attendues, alors que de mauvais esprits, comme ceux qui
semblent souffler du côté syndical., l'accusent de
simplement avoir géré avec pour seul projet l'équilibre
budgétaire.
Et c'est vrai : les décrets se sont succédé,
accumulé même au fil des mois. Citons, parmi d'autres
: l'Ecole de la réussite (projet 2000-2005), la restructuration
de l'enseignement secondaire, les Hautes Ecoles, l'enseignement
artistique, les discrimination positives, la toute nouvelle réforme
de l'enseignement fondamental, sans oublier l'inénarrable
décret " Missions ". Et cela semble se continuer
avec la nouvelle majorité qui, pourtant, au soir de son investiture,
avait juré ses grands dieux que c'en était fini des
réformes dans l'enseignement.
Cette boulimie décrétale ne s'explique
pas, à mon sens, par une nécessité de remodeler
le paysage scolaire, mais par un réel souci d'autolégitimation.
En fait, et à de très rares exceptions
près, l'on s'est contenté soit de couler en un texte
de synthèse diverses sources de droit éparses (comme
par exemple, avec le décret sur la maltraitance), soit de
prendre des mesures d'économies sous un déguisement
pédagogique quelconque ( ainsi, la restructuration du secondaire),
soit, et c'est plus grave pour la démocratie, à donner
des gages de bonne volonté à l'opinion publique, ces
fameux " signes forts " tant réclamés. Gages
qui n'hésiteront pas, au besoin, à négliger
les règles les plus élémentaires de droit.
Ou, et cela est de plus en plus manifeste, à vouloir que
besoins du marché de l'emploi et formation scolaire coïncident
autant que faire se peut.
C'est ainsi qu'on notera que jamais sans doute un
exécutif n'aura été aussi malmené par
le Conseil d'Etat que le dernier et, en fin de compte, n'aura autant
transgressé les avis de ce Conseil. Encore que la nouvelle
majorité n'a pas hésité à s'asseoir
purement et simplement sur ses avis en matière de régionalisation
de la loi communale. (Soit dit en passant, c'est ici que se fait
cruellement sentir l'absence d'une réelle Cour constitutionnelle
dans notre pays).
Il est clair, en matière d'autonomie régionale,
que ma réflexion se situe au niveau du droit et non, bien
entendu, à un niveau politique.
Prenons l'exemple du décret portant modification
du régime de la suspension préventive, qui a fait
des ravages et en fait encore de nos jours.
Rappelons le contexte.
L'affaire Dutroux. La nation est ébranlée.
La Marche Blanche. Les Comités Blancs. Le pouvoir prend peur.
Le Roi, fait rarissime, le Premier Ministre, reçoivent les
parents des enfants disparus. La Commission Dutroux, suivie d'autres
(Ruwanda, tueurs du Brabant,...) sont installées. Les cas
de pédophilie se suivent et se ressemblent. Beaucoup impliquent
des
enseignants. Certains collèges huppés,
des deux côtés de la frontière linguistique,
sont concernés. Certains P.O prennent leurs responsabilités,
d'autres pas. On parle de protections, de réseaux de pédophilies
organisés au sein même des écoles.
Le cabinet ONKELINX se met au travail et légifère.
Comme il l'a fait trop souvent hélas, dans la précipitation.
Le cabinet ANCIAUX, dans d'autres domaines, n'a pas fait autrement,
mais tel n'est pas l'objet de ce chapitre. Il le fait, en consultant
selon les formes. Mais surtout pour la forme. Et n'hésitera
pas à mettre à mal, voire à ignorer, les règles
de droit les plus élémentaires. Redevenue avocate,
Mme la Ministre - Présidente aurait crié au scandale.
S'il apparaît comme allant de soi qu'on doive
se soucier de " l'intégrité de l'enfant "
en écartant l'enseignant suspecté de pédophilie,
comment justifier que le seul écartement ne suffise pas,
qu'il faille, en plus, " atteindre gravement l'enseignant ",
comme dira le Conseil d'Etat, dans sa situation pécuniaire
? La réponse de Mme ONKELINX est on ne put plus claire :
en bon père de famille, elle ne peut se permettre de dépasser
son budget. Car, on s'en doute, tout cela a un coût : le suspendu
est à remplacer. L'intégrité de l'enfant est
assurée, à moindre frais, au détriment de l'intégrité
d'un enseignant jusqu'à preuve du contraire présumé
innocent. La Communauté française n'est donc pas disposée
à protéger les plus faibles à n'importe quel
prix. Ou plutôt à n'importe quel coût. Car si
le prix à payer est celui d'un déni de justice, soit,
elle le fera.
Tout cela me paraît dangereux pour la démocratie.
Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Qui montre
à loisir que tout pouvoir tend spontanément à
gérer la chose publique par le statu quo, et ne sort de son
silence que sous la pression de l'opinion publique et/ou des groupes
de pression divers. Il n'en sort qu'alors, en bien ou en mal, selon
les forces en présence. Trois cents mille manifestants, un
dimanche, dans les rues de Bruxelles, déclenchent des discours
prometteurs paraissant même faire fi des clivages habituels,
mais qui débouchent sur des mesures prises à la hâte
comme la création des commissions dont ne saura plus très
bien en fin de compte si elles enquêtent ou s'instituent tribunal
populaire,...
Des groupes structurés auraient pu, auraient
du, amener le pouvoir à dépasser l'autolégitimation,
Force est de constater qu'on est, aujourd'hui, de plus en plus loin
du compte.
D.Une stratégie de contre-pouvoir permanente.
GUY HAARSCHER (Libre Belgique .Op.cit.) dit, à propos du
mouvement blanc qu' " on ne peut pas construire une véritable
politique sur un objectif particulier, qui est tout à fait
fondamental mais qui ne règle pas l'organisation d'une société.
Souvent ce genre de mouvements s'alimentent de leur obsession du
complot et tournent en rond dans un conflit entre les purs et les
autres. ".
Les mouvements blancs n'ont pas été un véritable
mouvement de réforme, porteur d'un projet de société.
Ils ne remettaient d'ailleurs pas fondamentalement celle-ci en question.
Ils mettaient par contre, à mon sens, grandement la démocratie
en péril. Ils n'étaient bien évidemment pas
à négliger, ne fut - ce que parce qu'ils induisaient
dans les esprits que pays réel et pays légal ne coïncident
pas. Ils étaient cependant l'expression à fleur de
peau d'une émotion. Dont il était urgent qu'elle trouve
un relais dans l'institutionnel socio-politique (et disant cela,
je pense aux structures de contre-pouvoir plus qu'aux structures
de pouvoir qui se sont satisfaites de lui donner des gages de sa
bonne volonté, sans plus). Comme l'écrit MARC MAESSCHALCK
(Travail pour tous. Lumen Vitae) :
" ... en terme de mobilisation sociale, il
me semble essentiel de tenir compte de ce qui manifeste aujourd'hui
chez les sujets une capacité à dépasser sa
propre situation et à sortir de soi-même. ".
Si, comme l'affirme PHILIPPE BUSQUIN (Aujourd'hui
le futur. Ed. Quorum), " il s'agit de ménager des espaces
de discussion qui jouent un rôle essentiel non seulement en
termes d'identification, de prise en compte et de résolution
de problèmes, mais aussi, et cela n'est pas négligeable,
en terme de psychothérapie collective ", il n'en est
pas moins vrai et urgent que l' institutionnel, s'appuyant sur cette
émotion, se revivifie et rejoue ce jeu, qu'il a sans doute
oublié peu à peu, de l'éthique de l'action
porteuse d'un projet global de société. On parle aujourd'hui
de " nouvelle culture politique ". Cette appellation est
cependant porteuse d'effets pervers. Elle inclut un consensus de
vision et d'action qui tient plus de la pensée unique que
d'autre chose. Elle exprime un rejet du jeu démocratique,
défini comme celui de la particratie ou de la politique politicienne.
Les comités blancs avaient d'ailleurs salué l'unanimisme
du premier rapport de la Commission Dutroux, critiquant immédiatement
après les dissensions apparues ensuite, et à ce propos,
à la Chambre. Comme si l'uniformisation était une
fin en soi.
A ce point de notre réflexion, il n'est pas
inutile de nous interroger sur les capacités réelles
ou supposées des organisations syndicales à jouer
ce rôle de contre-pouvoir.
Et tout d'abord, rappelons les deux stratégies
qui occupent, au moins en théorie, le champ socio-politique
de notre pays : une stratégie, plus participative, partant
du postulat qu'on n'arrive réellement à contrôler
le pouvoir qu'en y étant présent, associé ;
l'autre, affirme qu'il est impossible de contrôler le pouvoir
en y étant associé, que ce contrôle doit s'exercer
de l'extérieur et dans le cadre d'un conflit d'intérêts.
La C.S.C. d'une part, la F.G.T.B. d'autre part.
Ce n'est évidemment aussi clair qu'en théorie.
Car on a souvent vu les uns pratiquer comme les autres, et vice
- versa, voire s'associer dans des praxis de front commun qui constituaient
plus un modus vivendi imposé par les événements
qu'une réelle stratégie commune.
Ces deux approches trouvent leur origine dans deux
conceptions des rapports de classes différentes. L'une basée
sur la collaboration des classes, et qui trouve son expression dans
l'Encyclique Rerum Novarum. L'autre, qui lui est antérieure,
prend sa source dans Marx.
La première, moins conflictuelle par essence,
est majoritaire aujourd'hui au plan national. Son succès
s'explique sans doute par un affaiblissement des idéologies
de gauche et un renoncement de plus en plus marqué de celle-ci
à la gestion collective des biens de production pour la privatisation
de ceux-ci. Mais aussi par le fait que la pensée unique est
en marche, que celle-ci gomme tout conflit de classes, non pas en
niant qu'elles existent, mais en mettant en avant l'intérêt
commun. Celui par exemple de l'entreprise.
La culture d'entreprise constitue un danger majeur
pour une organisation syndicale qui s'y laisse prendre.
A propos du combat syndical mené à
Clabecq, qui fait d'ailleurs toujours couler beaucoup d'encre, Bénédicte
VAES titre : " Un syndicat doit-il se battre aux côtés
des plus faibles ou défendre une entreprise et une Région
? Le débat est ouvert. " (LE SOIR du 11/02/98)
De quoi s'agit-il, en bref ?
Dans le cadre de la reprise de Clabecq par Duferco,
et surtout dans le cadre de la nouvelle culture d'entreprise prônée
par le nouvel employeur, de graves accusations sont portées
par des militants syndicaux chrétiens non réembauchés
contre certains de leurs permanents, qui auraient donné aux
employeurs une liste noire de militants à éviter.
Mais laissons - les parler, dans une lettre ouverte à l'un
de leurs permanents :
" Il nous revient aujourd'hui de la bouche
de M.A( je tais le nom à dessein ) que tu as tenu les mêmes
propos bien avant les premières démarches concrètes
de réembauche. En ajoutant même que les organisations
syndicales se devaient de suppléer aux carences patronales
en la matière dans l'intérêt supérieur
d'une entreprise et de sa région. " (LE SOIR, op.cit
.)
Mais, se demande BENEDICTE VAES, comment des permanents
syndicaux ont-ils pu en arriver là ? Réponse toujours
par ces militants :
" Les plus hauts dirigeants du mouvement syndical sont inévitablement
amenés à côtoyer régulièrement
dirigeants politiques et patronaux. Et les allées du pouvoir
sont souvent bien tentantes et grisantes. Toutes ces rencontres
amènent sans doute facilement et insidieusement à
adopter un comportement de responsables, presque d'homme d'Etat,
peu à peu convaincu d'avoir une mission divine à accomplir
pour le bien commun. Pour notre part, il nous paraît impérieux
pour les syndicalistes de se rappeler régulièrement
qu'ils ne sont que les représentants des plus faibles de
notre société. Leur mission essentielle n'est pas
d'élaborer avec les autres corps constitués de l'Etat
une réalisation d'intérêt général.
" (LE SOIR, op.cit.).
Je ne me prononcerai pas sur la réalité
ou non ou presque d'une pareille accusation. Je me limiterai à
souligner la justesse de la réflexion de ces syndicalistes
sur les dangers qu'il y a à participer du pouvoir en place.
A sortir d'un rôle strictement de contrôle. D'autant
que l'attitude de la F.G.T.B. par rapport à ses propres délégués,
dans la même entreprise, est plus que contestable et relève
sans doute de la même logique. Le quasi lynchage de leurs
militants par les centrales chrétiennes et socialistes restera
en tout cas une page noire du combat syndical de la fin de ce siècle.
Il y a, dans le chef de tout pouvoir, un souci permanent
d'intégrer des groupes de pression et de contre-pouvoir comme
les organisations syndicales dans leur propre jeu.
CARLO ROSSELLI (Socialisme libéral. Op. cit.)
écrit à propos du rôle des organisations syndicales
dans les régimes marxistes :
" Dans le système marxiste, la sphère
d'action assignée aux syndicats est extrêmement restreinte
et ne vaut que pour ses répercussions politiques. ".
Je pense que si, dans nos régimes de démocratie
libérale, l'asservissement des organisations syndicales aux
partis est plus difficile, ce n'en est pas moins l'objectif affirmé
de ceux-ci. Ainsi PHILIPPE BUSQUIN écrit-il à propos
de l'action commune :
" Historiquement, on sait que la social-démocratie,
dans le contexte d'une société industrielle qui associait
les rôles de producteur et de consommateur, avait rapproché
et parfois fusionné ces différents types d'engagements.
Il était tout à fait naturel d'adhérer à
la fois au parti, au syndicat, à la mutuelle, à la
coopérative. Il faut bien reconnaître que cette logique
d'une appartenance, d'une militance, voire d'une fonction de responsabilité
dans plusieurs piliers ne correspond plus aux nécessités
de notre époque. La dissociation des fonctions de producteur
et de consommateur, la complexité de la réalité
sociale, la multiplication des niveaux de responsabilité
ont bien évidemment contribué à spécialiser
les tâches de chacun. Ainsi, parti, syndicat, mutuelle, coopérative
se sont transformés au fil du temps en des structures qui
évoluent de manière relativement autonome, chacune
suivant ses impératifs de gestion, sa perception des intérêts
immédiats, ses exigences liées aux rapports de force
auxquels elle est confrontée. Cela étant, il y avait
et il y a toujours l'unicité des objectifs ".
Justement non. Les objectifs du parti au pouvoir
ne sont pas nécessairement les objectifs d'une organisation
syndicale. Le parti au pouvoir arbitre, en principe, des intérêts
différents, des intérêts opposants une classe
à l'autre. Une organisation syndicale défend les intérêts
d'une classe déterminée. D'où, par exemple,
et depuis quelques années, cette tension, voire cette opposition
sourdes entre le P.S/S.P. et la F.G.T.B. Et cela est sain. Et cela
devrait être toujours ainsi.
Au niveau européen, on assiste, malheureusement
parfois avec succès, à une tentative quasi institutionnalisée
du pouvoir politique en place ( presque exclusivement social-démocrate,
soulignons-le) de récupérer dans son giron les organisations
syndicales. Ces partis ont fait, pour la plupart, le choix de se
rallier au tout à l'économie de marché libre.
J'ai parlé abondamment de cette praxis dans le Sel n°
17 dans l'article intitulé " Quand l'Europe que nous
ne voulons pas frappe à la porte de l'école que nous
voudrions. ".
J'y rapporte la dérive toujours omniprésente
pour la F.G.T.B. (balayons d'abord devant notre porte ! ) de tenir
un discours intégrateur visant avant tout la cohésion
sociale. Ainsi lit-on, dans une résolution de son Congrès
des 11,12 et 13 décembre 1997 :
" Chaque emploi créé rend l'espoir
à un chômeur. Il renforce de surcroît la cohésion
sociale et reconstruit le rapport de force des travailleurs entamé
par la mondialisation de l'économie que les ultralibéraux
qui dominent la vie financière internationale ont
placé sous le signe de la compétitivité à
outrance, de dérugalation, de libéralisation et de
privatisation .".
Il y a à tout le moins une profonde contradiction
entre " cohésion sociale " et " rapport de
forces ", qui montre l'écartèlement vécu
parfois entre un souci du prétendu bien commun et celui de
l'action militante d'un classe déterminée.
Il est à remarquer que, dans sa résolution,
le Conseil Européen extraordinaire sur l'emploi, à
Luxembourg, les 20 et 21 novembre 1997, exprimait quelque chose
d'assez ressemblant :
" Le chômage, dont le niveau inacceptable
menace la cohésion de nos sociétés, doit être
combattu en visant la poursuite et le développement d'une
politique macro-économique coordonnée, s'appuyant
sur un marché intérieur performant qui crée
les bases d'une croissance durable, un nouveau dynamisme et un climat
de confiance favorable à la relance de l'emploi. ".
Ce que PHILIPPE BUSQUIN appelle " l'unicité
des objectifs " ?
On perçoit donc très vite les dangers
d'une pratique syndicale qui consisterait à s'associer d'une
manière ou d'une autre au pouvoir.
Il nous paraît de plus en plus évident
que le contre-pouvoir syndical doit se redéfinir comme tel,
de manière à limiter au maximum les stratégies
de violence mises en place contre les individus et les groupes par
les pouvoirs en place, à les contrecarrer dans leurs tendances
à l'autolégitimation dans le statu quo ; c'est d'autant
plus urgent que notre démocratie est menacée. Pour
ce faire, il est clair qu'il se doit de retrouver une vigueur offensive
qui lui fait cruellement défaut, en jouant à la périphérie
du pouvoir dans un refus d'un modèle de société
où l'homme ne soit plus au centre.
Pour cela, il ne doit pas se limiter à jouer
le jeu de la démocratie politique et bourgeoise, il doit
chercher à forcer la porte de la démocratie sociale
et économique, ainsi que l'écrit Claude HERNE :
" La démocratie tronquée et souvent
truquée, à l'occidentale, unidimensionnelle, congelée
par la pensée unique de référence et de révérence
au marché libre, n'est certes pas le système politique
que nous vénérons le plus. Cette démocratie
politique n'est, pour nous, que la possibilité d'un passage
nécessaire à la seule varie démocratie, celle
qui est, à la fois, sociale et économique, et qui,
dès lors, devient automatiquement, réellement, la
démocratieen absolu, sans qualification restrictive. "
(Capitalisme triomphant et criminalisation généralisée.
Ed. Contradictions.1998).
De même, il devra se convaincre et convaincre,
comme l'écrit Marc MAESSCHALCK, que " l'enjeu pour les
jeunes qui peuvent devenir demain des acteurs dans l'économie
sociale ou être à leur tour victimes de la recomposition
du système, c'est de refuser le cloisonnement de l'information
et de chercher à élaborer culturellement et politiquement
la revendication d'un choix du développement social qui s'enracine
dans la résistance des humains à la violence d'un
développement unidimentionnel. ". (Travail pour tous,
op.cit .)
E/ La Fondation Elie BAUSSART comme lieu de résistance à
la violence d'un développement unidimensionnel.
Ce développement unidimensionnel - la pensée
unique- la Fondation Elie BAUSSART, modestement sans doute, mais
avec fermeté, a la volonté affichée de le combattre.
La volonté d'apporter sa pierre à l'édifice
d'un " processus de résistance " visant à
" contester le monopole économique du sens "
Elie BAUSSART, très tôt, dès
1938, s'est méfié des systèmes de pouvoir.
Ainsi, dans Essai d'Initiation à la Révolution Anticapitaliste,
tout en saluant le socialisme qui " a posé la candidature
ouvrière à la succession de la bourgeoisie "
s'interroge-t-il face à l'U.R.S.S. dont il stigmatise "
le socialisme étatique dans lequel la bureaucratie a remplacé
la bourgeoisie intermédiaire et la dictature d'un parti celle
de la finance et du grand capitalisme tout-puissants "
A l'encontre de " l'Etat libéral ",
il aura des paroles tout aussi dures et sans appel :
" L'Etat libéral considère l'homme
comme un être de raison, déraciné, sujet de
droit plutôt que personne vivante, … asservi jusque dans sa
vie personnelle à la loi inexorable du profit " (Idem.
Op.cit.)
Ni l'Etat socialiste, ni l'Etat libéral ne
lui paraissent dignes de confiance.
" De quelle idée " dès lors,
s'interroge-t-il, " devrait s'inspirer la révolution
qui s'annonce pour ne pas finir par une nouvelle barbarie ? Nous
n'hésitons pas à répondre : l'homme. "
(Idem. Op.cit.)
Et d'ajouter :
" … nous pensons simplement à ceci,
que la société est faite pour l'homme et qu'une révolution
accomplie au nom de l'homme et au service de l'homme a beaucoup
de chances de restituer à la société sa véritable
destination et son véritable caractère " (Idem.
Op.cit.)
Mais Elie BAUSSART n'est pas naïf : il a conscience
de ce que, quel que soit le système en place, le plus démocratique
fût-il, il n'en faudra pas moins rester vigilants eu égard
aux tendances du pouvoir à privilégier le statu quo.
" Parfois, écrira-t-il en 1945, un rocher
considérable, miné par un lent et invisible travail,
s'effondre, mais la physionomie de la montagne n'en est pas changée
" (Catholique, mon frère)
Soit, mais comment miner et reminer sans cesse cette
montagne considérable ?
" Notre ambition, précise-t-il, alors
qu'il s'illusionne encore sur la capacité de la Démocratie
chrétienne à agir comme mouvement de contestation
et de résistance au sein du Parti Catholique, notre ambition
ne doit pas être d'entrer en concurrence avec les mouvements
sociaux et politiques qui se disputent le monde… Notre seule chance,
c'est de trouver le point d'insertion de nos idées dans les
réformes inévitables " (Catholique, mon frère)
" Trouver le point d'insertion de nos idées
" dans la lutte menée contre la pensée unique
du tout à la consommation, voilà bien ce à
quoi s'affaire la Fondation Elie BAUSSART, avec d'autres, comme
TOUDI.
" La résistance au système, la
contestation du monopole économique " auxquelles fait
référence Marc MAESSCHALCK, Elie BAUSSART les voit
dans un " rassemblement sur le terrain des idées communes
plus que sur celui de l'action " (Idem. Op.Cit.)
Non pas que Elie BAUSSART rechigne à l'action,
mais parce que, pour lui, il faut " laisser à chacun
ses méthodes, sa discipline, son milieu " Cette multiplicité
des lieux de résistance est, écrit-il, comparable
à une " diaspora (qui) agirait au sein de la société
bourgeoise à la façon des synagogues juives pendant
la prédication chrétienne dans le monde païen
" (Essai d'Initiation à la Révolution Anticapitaliste.Op.Cit.)
L'image utilisée par Elie BAUSSART fait évidemment
référence à sa croyance, que ne partagent pas
nécessairement les lecteurs de TOUDI, mais elle a le mérite
d'illustrer parfaitement la nécessité d'infiltration
des structures de pouvoir en place comme stratégie de résistance
et de contestation par les mouvements de contre-pouvoir.
D'une manière plus ciblée, et pour
en finir là, nous pensons, à la Fondation, que cette
stratégie d'infiltration conduira à terme la Wallonie
à s'extraire d'un état fédéral qui ne
sert en rien ses intérêts (ni ceux de la Flandre d'ailleurs)
mais bien ceux de la bourgeoisie, et lui permettra de promouvoir
une société centrée sur l'homme.
Née en Wallonie, la contestation socialiste
d'une société misant tout sur l'accumulation de richesses
au seul profit du Capital, dès le 19ème siècle,
puis peu à peu piégée, au sortir de la seconde
guerre mondiale, en se confinant à la seule régulation
de cette accumulation par le biais de balises sociales sans plus
remettre en cause le système, cette contestation toujours
latente devrait trouver un second souffle dans un combat pour l'hégémonie
d'une nation basée sur un projet de liberté, d'égalité
et de solidarité. Car la lutte pour l'émancipation
nationale de la Wallonie n'est pas une lutte purement communautaire,
comme certains veulent le prétendre, c'est un combat de gauche,
un combat idéologique. On l'oublie trop souvent.
Puisse la Fondation y contribuer et toujours se positionner en vigie,
les plus belles idées finissant parfois par se dévoyer.
Comme l'écrivait Elie BAUSSART, les idées
sont " de belles filles, saines, séduisantes "
mais qui " ont couru les chemins " et qui, forcément,
risquent de faire " de mauvaises rencontres " (Catholique,
mon frère. Op.Cit.)
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