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BULLETINS.
Bref panoramique de 11
années de BULLETINS de la Fondation Elie BAUSSART
(aujourd'hui asbl Elie Baussart).
Septembre 1988-Novembre 1998.
Dès le premier
numéro du BULLETIN, en septembre 1988, il est
rappelé que « la
Fondation
n’est pas une
association du souvenir », mais
que, « prenant
ses racines dans les intuitions d’un précurseur,
elle se veut tournée vers l’avenir ».
Et
l’avenir, la grande question qui agite les sphères
sociale et politique des années 80, c’est la
problématique du
travail et du temps. Un groupe de réflexion est
constitué qui fera part des résultats de ses
travaux dans trois numéros : en septembre 1989, en
janvier 1990 et en septembre 1990.
Deux
passages, parmi d’autres, et qui gardent,
aujourd’hui encore, toute leur pertinence :
« Il faut
trouver une alternative qui donne la primauté à
l’homme tout entier et ne se contente pas de l’homo
oeconomicus qui est un homme tronqué. Chacun doit
avoir une part d’activité marchande mais pas se
limiter à cela. »
«
Le Temps, le bien
le plus précieux de l’homme. Il
l’accompagne de sa naissance à sa mort et lui
permet d’agir, de souffrir, de se réjouir et de
vivre. Notre société n’est-elle en
train de lui voler ce temps par un travail, une consommation et des
loisirs forcés ? »
Question
à laquelle, le groupe de réflexion ne pourra
répondre une fois pour toutes, tant le sujet est vaste et
complexe.
Dès
le début de la Fondation, un groupe
« Wallonie » se forme en son sein
et qui va livrer, à intervalles réguliers, le
fruit de ses recherches. Ainsi, par exemple, dans le numéro
de septembre 1989, est-il fait rapport d’une rencontre avec
Vincent VAGMAN à propos de son ouvrage Happart de
A à Z. En 1990-1991, ce groupe invite Willy BAL
pour deux séances consacrées à La
dynamique de la culture wallonne ; Yves DE WASSEIGE
avec Région et Communauté ;
José FONTAINE et Démocratie dans
l’Eglise et en Wallonie : André LEONARD,
évêque de Namur ; Jean LOUET
pour Histoire, identité, culture de Wallonie.
En 1991-1992, c’est au tour de Thierry HAUMONT (Etre
écrivain en Wallonie), Vincent VAGMAN (Charleroi,
éléments d’une mutation
post-industrielle), de Guido FONTEYN (Les Flamands)
et Philippe DESTATTE (L’identité wallonne)
de prendre la parole à la Fondation. Dans le
numéro de février 1992, le compte-rendu de la
rencontre avec Guido FONTEYN pose le problème du Vlaams
Block et des liens traditionnels du mouvement flamand et de
l’extrême droite, ce que ce dernier
réfute. Il semblerait que, dix ans plus tard,
l’actualité lui ait donné tort. Le
mouvement flamand (démocratique) a lui-même pris
conscience de cette
alliance implicite qui le minait depuis trop longtemps et a
commencé à faire le ménage en son
sein.
La
réflexion sur le système économique
n’est pas absente, loin de là. Ainsi, dans le
numéro de janvier 1991, Jean DORZEE pose-t-il le postulat
– que déjà posait Elie BAUSSART
dès 1938 et qui reste pertinent jusque dans ce 21ème
siècle- que « si le
système du libre échange
s’avère actuellement salutaire à tous
(même les pays de l’Est en sont convaincus), le
capitalisme sauvage, que le grand marché de 1993 risque
d’aggraver en Europe et dans le monde, ne peut être
accepté aujourd’hui comme hier. » En Mai
1997, pour joindre la réflexion à
l’action, invite est lancée aux lecteurs du
BULLETIN de se joindre aux Marches européennes vers
Amsterdam.
L’aspect
« culture » et
spécialement « culture
wallonne » est largement abordé au fil du
temps. Citons, par exemple, Willy BAL, qui en septembre 1990,
résume le dynamisme de la culture wallonne en
ces mots : « Peuple
dont la romanité s’exprime traditionnellement,
depuis des siècles, par deux idiomes, étroitement
apparentés mais nettement individualisés. » En
février 1992 est organisée d’ailleurs,
sous l’égide de la Fondation, une
journée wallonne abordant la problématique de la
culture wallonne.
La foi chrétienne, dont se
réclament un certain nombre de membres fondateurs,
n’est évidemment pas absente des BULLETINS
successifs. La Fondation était d’ailleurs partie
prenante lors de la manifestation de soutien à Monseigneur
GAILLOT organisée à Charleroi le 05
février 1995. Son numéro de mars 1995 y fait
largement écho sous la plume de Jean DORZEE :
« cet
événement (est)
révélateur du
profond malaise
qui affecte d’abord le chrétien, mais aussi tout
citoyen épris de liberté et de
démocratie. »
Le 18
novembre 1995, la Fondation organisait conjointement avec Eglise
Wallonne une journée de réflexion sur
base d’une enquête diffusée dans le
BULLETIN de juin 1995. Les actes de ce colloque seront ensuite
publiés.
Le
numéro de novembre 1998 devait être le dernier
BULLETIN. Jean DORZEE quitte alors la présidence en
concluant : « Le
petit bulletin jaune à parution
irrégulière s’intègre dans
le grand frère TOUDI qui a les reins
plus solides, est mieux organisé avec un public plus
large. »
Il
s’avère pourtant très vite que le petit
bulletin jaune manque aux membres de la Fondation. . En novembre 2000,
celui-ci ressuscite, avec un visage différent, sous la plume
du nouveau président, Bernard DE COMMER.
Numéros
publiés et disponibles sur demande auprès du
secrétariat de la Fondation :
1ère
année : 09/88 et 12/88
6ème
année : 03/93
11ème
année :11/98
2ème
année : 05/89 et 09/89
7ème
année : 02/94,05/94,09/94 et 12/94
3ème
année : 01/90 et 09/90
8ème
année : 03/95,06/95, 09/95
4ème
année : 01/91
9ème
année : 03/96 et 06/96
5ème
année : 02/92 et 09/92
10ème
année : 03/97, 05/97,06/97et 11/97
Brochures :
La
journée wallonne du 21/01/89 : Xavier MABILLE (La
difficulté d’être wallon, belge,
européen), Tony DHONES (Wallonie, Belgique, Europe, Mondez.
Vers de multiples appartenances), Jacques HOYAUX( Etre belge,
être wallon, être européen).
La
journée wallonne du 27/01/90 : José
FONTAINE (La Wallonie censurée).
Journée
sociale wallonne du 16/02/91: l’associatif
à la croisée des chemins. Jacques YERNA (Les
syndicats traditionnels et les nouveaux mouvements associatifs) et
Michel PAPELEUX (Existence et impact d’un projet alternatif)
En
collaboration avec Eglise wallonne et Subjectif :
Pour
une Eglise dans la société wallonne (09/94)
Valeurs,
Eglise et Wallonie(Actes du colloque de Floreffe. Le 18/11/95)
Numéros du BULLETIN
nouvelle série disponible sur demande auprès du
secrétariat de la Fondation :
N°1
11/2000 Les leçons d’un
scrutin communal
N°2 01/2000 Bons
vœux pour un nouveau millénaire ?
N°3 03/2001
Ste-Perlette ? St-Polycarpe ?Ou tout bonnement
Ste-Marchandisation ?
N°4
05/2001 Un 1er mai de rupture ?
N°5
05/2001 Spécial « Actualités
institutionnelles et sociales ». Vacances ou
vacance ?
N°6
07/2001. Appel à une autonomie régionale accrue
plutôt qu’à des soins palliatifs.
N°7
09/2001.Une embellie qui n'aura guère duré?
N°8
10/2001. Une information très sélective...
N°9
12/2001. Plus d'Europe, mais mieux.
N°10
02/2002.Une oeuvre à revisiter
N°11 06/2002. 1er mai 2002 :
colmatage ou front populaire?
N°12 09/2002. Ah! Quand les
flamands s'en mêlent...
N°13 10/2002. Les
leçons d'un mois de septembre où la
démagogie a côtoyé le meilleur
N°14 12/2002. Il est bien plus
naturel à la peur
N°15 03/2003. Et si le peuple
américains choissisait la paix
N°16 04/2003. Gauche ou droite :
les enjeux du 18 mai 2003
N°17 07/2003. Un mariage enfin
consommé...
N°18 09/2003. D'un 11 septembre
à l'autre...
N°19 12/2003. De quoi 2004
sera-t-il fait?
N°20 03/2004. Vous avez dit :
Communauté française ? Bof ...
N°21 07/2004. PS/CDH : un mariage
d'amour, vraiment ?
N°22 09/2004. Les langues de bois
se délient : propagande de guerre ou crispations
post-électorales ?
N°23 01/2005. 2005 une année
comme les autres ?
N°24 03/2005. 175/25, une
redondance médiatique
qui n'engage finalement a rien...
N°25 06/2005. D'un premier mai
très communautarisé à
la
mise au frigo de BHV
N°26 09/2005. Brûler
ce qu'on a adoré ?
N°27 12/2005. Pas
facile d’être Wallons par les temps qui courent !
N°28 02/2006. Ramdam
dans les médias bruxellois...
N°29 04/2006. Il
n'y aurait pas de Nation wallonne?
N°30 05/2006. Une
Constitution wallonne bien (trop) sage…
N°31 08/2006. Quand
Elie BAUSSART nous parle de paix
N°32 10/2006. La
violette plutôt que l'olivier
N°33 01/2007. 2007
ne sera pas une fiction...
N°34 03/2007. Un
manifeste pour l’unité francophone
N°35 05/2007. DI
RUPO/LETERME : le choc des titans n’a pas eu lieu.
Bulletin N°36
La quadrature du cercle ou
le temps venu des compromis….
Au lendemain des
élections fédérales, il y a plus
d’interrogations que de leçons à tirer.
Le CD&V cartonne, son cousin francophone ne progresse pas de
façon significative. Le MR, tout en perdant 2
sièges, devient le premier parti francophone à la
Chambre des représentants. Mais son cousin flamand le VLD
pique du nez. Le PS s’est effondré. Les
« affaires de Charleroi » prétend-il.
Sans doute y a-t-il eu de cela. Mais il ne faut pas négliger
la vague sarkozienne et son discours neuf (même si sur le
fond on n’y adhère pas) face au discours
emprunté, misérabiliste, d’un DI RUPO
et de la gauche en général qui, contrairement
à la droite démocratique, n’arrive pas
à s’assumer à force de tirer sans cesse
au centre. Son cousin flamand, le SPA s’est
littéralement liquéfié. Les ECOLOS, au
nord et au sud, s’en tirent bien mais ils pèsent
seulement pour une dizaine de sièges dans la balance.
L’extrême droite ne progresse pas, c’est
déjà cela.
Yves LETERME a
rappelé dans son discours de victoire
(d’intronisation ?) que son parti voulait une
réforme de l’Etat. Tous les partis francophones
ont rappelé qu’ils n’en voulaient pas.
C’est avec
ces données-là que le futur (in)formateur va
devoir tenter de trouver une majorité simple ou des 2/3
selon ce qu’on voudra en faire. On ne peut bien sûr
que lui souhaiter bonne chance. Il lui faudra une bonne dose de saine
gestion des compromis. Il est à craindre même que,
dans le chef de certains, l’attrait du pouvoir
l’emporte sur les convictions. On peut donc
s’attendre à tout, y compris aux pires
compromissions.
Et pourtant
l’urgence d’un nouvel humanisme – comme
Elie BAUSSART l’entendait et dont nous développons
le propos ci-dessous- n’a jamais été
aussi manifeste.
Bernard
DE COMMER
Bulletin N°37
L’heure de
vérité ?
Nous
écrivions, dans notre bulletin de juin dernier, sous le
titre « la quadrature du cercle », qu’il
serait particulièrement malaisé de trouver un
accord de gouvernement. Force est de constater, à
l’heure où sont écrites ces lignes, que
nous ne nous étions pas trompés. Après
le passage éclair d’un DEHAENE, dans un costume
mal ajusté d’informateur tant il est apparu
pressé de refiler la patate chaude à son meilleur
adversaire, Yves LETERME, et son optimisme de façade quant
aux chances de mettre sur pied une coalition « orange bleue
», les choses sérieuses ont vraiment
commencé. Et il fut de suite évident que les
négociations seraient particulièrement
compliquées, malgré la vague promesse
d’un accord pour le 21 juillet, tout d’abord, puis
du 15 août par la suite. A ce point, d’ailleurs,
qu’ALBERT II a suspendu celles-ci et rencontré les
présidents de parti un à un, Yves LETERME
peaufinant une note susceptible de ramener les partenaires à
la raison et échouant finalement avec la conclusion logique
de son échec : sa démission.
Mais pourquoi diable
est-ce si difficile ?
Rappelons, en premier,
que les revendications flamandes, ne sont pas neuves ; elles
étaient déjà présentes en
l’espèce en 1999, puis en 2003. Mais, on a, alors,
contourné la difficulté en créant une
commission ad hoc chargée d’explorer
l’institutionnel. A force d’échapper au
débat – nous voulons dire : un vrai
débat - à coups d’entourloupes, on
finit invariablement par amplifier les problèmes. Les
rancoeurs s’accumulent, la méfiance
croît de part et d’autre.
Personne ne niera à ce jour que les uns et les autres se
soupçonnent des pires intentions cachées.
Rappelons encore que
la position des francophones est aussi connue depuis bien avant les
élections.
Pas de quoi
être surpris donc. Mais au-delà de ces
aléas, il y a surtout le fait qu’on se trouve
confronté à deux conceptions du
fédéralisme. RICHELIEU écrivait que
« chacun conçoit les affaires selon la
portée de son esprit ». Ce que nous vivons avec
les présentes négociations (mais on le savait
depuis longtemps) illustre à merveille cette citation. La
Flandre envisage le fédéralisme comme
l’alliance de deux nations indépendantes qui
mettent en commun un certain nombre de choses ; les Wallons et les
Bruxellois veulent un état central fort qui
délègue certaines compétences aux
entités. C’est du moins ainsi que le discours
majoritaire s’exprime. Ces deux conceptions se
télescopent, bien entendu, et dès lors, il nous
semble que le scénario envisagé par
l’émission de la RTBF qui fit couler tant
d’encre il y a quelques mois n’est plus si
irréaliste que cela. Nous l’avons toujours dit :
nous devons nous y préparer. Il n’est pas du tout
certain que nos leaders politiques du sud du pays, tous partis
démocratiques confondus, en soient convaincus. Ils donnent
aujourd’hui plutôt l’image
d’aller à rebrousse poil de l’Histoire.
La politique de l’autruche en quelque sorte.
La suite nous dira si
notre analyse était présomptueuse ou si
l’heure de vérité a sonné,
mais il nous étonnerait fort que nous nous fussions
trompés in fine.
Bernard
DE COMMER.
Le
24 août 2007.
Bulletin N°38
Est-ce encore l’heure des
compromis à moitié ?
Le discours belgicain
des partis francophones s’essouffle. De plus en plus
d’hommes politiques wallons et bruxellois, de commentateurs,
font le constat que, finalement, le fédéralisme
d’union a de moins en moins d’avenir et
qu’on s’oriente cahin caha vers le
confédéralisme, voire la scission pure et simple
du pays. La politique de l’autruche clamée haut et
fort par DI RUPO est remise en question au sein même de son
parti. Lorsqu’il y a quelques semaines, un José
HAPPART s’exprimait en faveur de ce
confédéralisme, certains ricanaient : le chant du
cygne de la vieille garde régionaliste, qu’ils
disaient… Aujourd’hui, quand un MOUREAUX fait
remarquer que « ceux qui plaident la fin de Belgique, par
étapes, certes, mais réelle, sont devenus une
minorité tellement importante qu’elle
détermine la suite des événements
» (LE SOIR du 25/09/07), ces mêmes qui ricanaient
n’en ont plus envie. Car on en est là, au 107
ème jour de la crise et, au moment où ces lignes
sont rédigées, rien ne permet de croire que le
bout du tunnel soit proche. Ce confédéralisme,
voire cette scission du pays, ceux qu’on appelle improprement
les Francophones – Wallons et Bruxellois, cela
siérait mieux, sinon pourquoi ne pas parler de
Néerlandophones et de Germanophones ? –
ceux-là s’y préparent dans les faits en
réclamant, par exemple, l’élargissement
de Bruxelles, l’idée étant
d’éviter que Bruxelles ne devienne une enclave au
cœur de la Flandre
Elie BAUSSART fut en son temps (à l’encontre
souvent des milieux catholiques d’alors) un fervent partisan
du fédéralisme à deux : Flamands et
Wallons. Il n’était pas à cette
époque question de Bruxelles comme région
à part entière. Force est de constater que son
rêve, un temps – très court, il est
vrai- rencontré, n’est plus guère
d’actualité. On peut le regretter, on peut
s’en réjouir – à chacun de
juger-. Mais nul ne peut plus se voiler la face : même si
l’on s’en sort une fois encore par des compromis
‘ou compromissions) à la Belge,
l’Histoire n’en est pas moins en marche. Et la fin
de la Belgique de papa programmée. Quelque chose
d’autre se précise. Ce que ce sera, nous ne
pouvons évidemment pas encore le dire avec certitude. Mais
notre conviction est faite : ce n’est plus qu’une
question de temps, il faut nous y préparer car, comme le dit
MOUREAUX « ce n’est plus le temps des compromis
à moitié ».
Bernard
DE COMMER.
Bulletin N°39
Cesser de se leurrer.
D’aucuns
– avec l’appui inconditionnel des médias
francophones- s’essaient toujours à se convaincre
qu’il est possible de sauver la Belgique
fédérale. Drapeaux tricolores aux
fenêtres (mais plutôt en Wallonie et à
Bruxelles qu’en Flandre), campagne de signatures (I want you
from Belgium: slogan rappelant l’invitation faite aux
Américains de s’engager, en 1914-1918, pour sauver
la Belgique martyre), discours belgicains de DI RUPO et même
une marche pour une « Belgique Unie » (qui a certes
rassemblé 35 000 personnes mais essentiellement francophones
et pas un homme politique flamand et dont les organisateurs
n’ont rien dit du contenu de cette Belgique unie) ;
…
Cette conviction, qui
revêt par beaucoup d’aspects, les oripeaux
d’une croyance, tant l’irrationnel s’en
mêle, ne résiste guère à une
lecture un tant soit peu attentive des événements.
Il y a,
d’abord, la durée de la crise –entendez
: l’absence d’un accord de majorité- :
163 ème jour d’attente à
l’heure où sont écrites ces lignes,
soit le 20 novembre. Les désaccords portent sur
l’institutionnel, c’est entendu ; mais celui-ci se
retrouve dans toutes les sphères de la gestion de la
société : économie, emploi,
mobilité, justice, et pour coiffer le tout : budget.
Désaccords qui mettent en relief, si besoin
était, deux visions globales du vivre ensemble, strates de
l’histoire vécue par les uns et les autres, mais
aussi strates d’un fédéralisme mal
embouché il y a de cela trois décennies et qui
devait, tôt ou tard, mener à l’impasse
actuelle. L’on essaie bien de rattraper la mayonnaise en
parlant –enfin- de circonscription
fédérale comme il se doit dans toute
état de ce type, mais trop tard. Mais voilà que,
à ce jour, le MR, redoutant sans doute
l’échec de l’Orange bleue et peu enclin
à voir le PS revenir au pouvoir d’une
manière ou d’une autre, se met à faire
des avances aux partis flamands en matière de
réforme fiscale et de droit du travail.
Impasse – et
ce sera notre second constat- que la scission BHV illustre à
merveille. Sur le fond, cette scission ne nous pose pas de
problème de conscience, nous le redisons une fois encore :
ceux qui ont choisi d’habiter en Flandre se doivent de
s’intégrer. Au même titre que les
Flamands – dont était notre grand-père
d’ailleurs- ont dû s’intégrer
lorsqu’ils sont venus chercher dans les charbonnages wallons
de quoi nourrir leur famille. Sur la manière, par contre, il
faut bien reconnaître que les Flamands ont
dérogé violemment à la
règle qui prévalait entre Communautés,
à savoir que rien ne se faisait en force,
mais tout en compromis. Il y eut, certes, des
précédents mais qui n’ont
laissé que peu de traces dans la mémoire
collective. Ce qui s’est, par contre, passé en
Commission de la Chambre dernièrement risque bien de laisser
à vif des blessures d’amour propre pour longtemps
quand bien même, par quelque tour de passe-passe, les
réconciliateurs désignés par le Roi
trouveraient un aménagement acceptable par tous dans ce
dossier.
Il y a, enfin,
l’incapacité chronique des hommes et des femmes
politiques à aller au-delà des tabous
qu’ils ont eux-mêmes
générés et entretenus en campagne
électorale : le « ja natuurlijk » aux
réformes institutionnelles côté
Flamands, le « non, pas question » au Sud du pays
et à Bruxelles. Comment allier des positions aussi
antagonistes, sans tomber dans la compromission et tromper
l’électorat ? Aujourd’hui, LETERME ou
pas, il n’y a pas de solution de rechange et l’on a
vaguement le sentiment, plutôt à raison
qu’à tort, que l’objectif est
aujourd’hui de sauver l’Orange bleue à
tout prix.
La solution
n’est pas dans l’Orange bleue, ni dans toute autre
combinaison, fut-ce celle d’un gouvernement d’union
nationale. Il faut s’orienter désormais vers un
confédéralisme à trois, voire
à quatre (avec la Communauté germanophone) :
première possibilité. Ou, si cela
s’avère impossible, vers un divorce à
l’amiable. Sera-ce via un Comité des Sages ? Oui,
peut-être, si celui-ci ne se résume à
une coquille vide comme ce fut le cas sous la majorité
sortante. Sans quoi, dans deux ans, lors des élections
régionales, la crise sera plus ingérable encore
qu’elle ne l’est.
Désormais,
qu’on le veuille ou non, qu’on l’appelle
de ses vœux ou non, la Belgique
fédérale vit ses dernières heures.
Bernard
DE COMMER.
A MEDITER...
N’ayons de
parti pris contre quoi que ce soit, contre qui que ce soit. Je pense
spécialement, en disant cela, à notre attitude
vis-à-vis des Flamands qui, de bonne foi, comme nous
d’ailleurs, cherchent à réaliser
l’ensemble des conditions les plus favorables à
l’épanouissement de leur peuple. Assez de
querelles, de préjugés et de malentendus nous
séparent pour que nous ne tentions pas un effort
réciproque de compréhension et de sympathie.
N’est-ce pas le chemin le plus droit pour le bien des deux
peuples et du pays ? (Elie BAUSSART. La Terre wallonne)
A MEDITER ENCORE...
Les Francophones
doivent savoir qu’ils ne peuvent pas jouer avec les pieds du
gouvernement flamand(...) Les Francophones ont joué, ils ont
perdu. Deux fois coup sur coup (...) Cela démontre que
quelque chose a changé dans ce pays. Les partis politiques
flamands osent enfin affirmer leur volonté sans
s’enquérir au préalable d’une
autorisation des Francophones. Nous devons faire cela plus souvent.
Cela marche. Et nous n’y perdons rien. Bien sûr, on
nous envoie un tombereau de gros mots – agression,
antidémocratique...- mais cela ne prête pas
à conséquence. Le coq chante mais ne pique pas
» (Paul GEUDENS, éditorialiste à de
Gazet van Antwerpen. Rapporté dans LE SOIR du 19/11/07)
Bulletin N°40
Bye, bye Belgium : de la fiction
à la réalité…
Il y a un an, nous
écrivions : « Au mois de décembre
dernier, la RTBF réveillait la conscience des
téléspectateurs habitués ou non de la
chaîne publique. Téléspectateurs que
les politiciens francophones, à de rares exceptions
près, avaient endormis à force de paroles
rassurantes. Ils ont d’ailleurs remis cela dès le
lendemain se présentant comme des petits pères
des peuples wallons et bruxellois, leur discours
s’étant résumé à
un n’ayez pas peur, cela n’arrivera pas ; nous
sommes là, nous veillons. Quelle hypocrisie ! Car enfin, et
plus personne ne s’est laissé bercer par de douces
illusions, dans quelques mois, si des DI RUPO, MILQUET ou autres,
veulent participer un tant soit peu à la gouvernance
fédérale, ils savent pertinemment bien que ce ne
sera qu’au prix d’un détricotage de
plus. Cela fait trente ans qu’il en est ainsi et nous ne
voyons pas ce qui ferait qu’il en fût autrement
cette année-ci. Donc, d’un point de vue
communautaire, institutionnel, nous pouvons affirmer sans risque
d’erreur que 2007 ne sera pas une fiction ».
Effectivement, 2007 n’eut rien d’une fiction. Pour
preuve, au moment où sont écrites ces lignes, on
en est au 187ème jour d’un gouvernement en
affaires courantes et tout porte à croire que les
fêtes de fin d’année se passeront dans
les mêmes conditions. Même une majorité
de rafistolage, comme celle que le 1er Ministre sortant
s’essaie à constituer, a bien du mal à
se concrétiser.
Il y a 6 mois, et
avant cela, durant toute la campagne électorale, les partis
francophones ont déclaré comme un seul homme
qu’ils ne s’inscriraient pas dans un
débat de réformes constitutionnelles.
Aujourd’hui, l’idée ne les rebute plus,
elle leur semble même devenue une évidence
incontournable. Certes, l’idée reste, au Sud comme
au Nord, le plus souvent emballée dans un discours belgicain
pur jus, de bon aloi, politiquement correct, mais la
naïveté des citoyens, leur
crédulité a des limites : à force de
transferts de compétences du fédéral
vers les régions, le concept « Belgique
» ne sera plus, tôt ou tard, qu’une
coquille vide. Qu’on le regrette ou qu’on
l’espère, Bye bye Belgium cessera à
terme d’être une fiction.
Cette
échéance ne doit pas effrayer les Wallonnes et
les Wallons. Il faut même s’y préparer,
en gardant en mémoire ce que disait Elie BAUSSART en 1919
(cela s’appliquait aux luttes syndicales, mais peut fort bien
concerner les luttes politiques) : « L’on
conviendra avec nous que si les faits influent sur les
idées, les idées elles aussi ne cessent
d’influer sur les faits. Et dans la
généalogie des évolutions,
l’on voit bien que les transformations définitives
se sont tout à coup transposées des
idées dans la réalité. C’est
un phénomène qu’on feint trop
d’ignorer ».
Oui, les
idées se transposent dans la réalité
et les Wallons et les Wallonnes ne veulent pas l’ignorer et
même veulent y oeuvrer utilement. Que 2008 puisse
concrétiser cette volonté d’aller de
l’avant, au-delà des tabous, au-delà
des nostalgies. C’est en tout cas les voeux que nous
formulons pour nos lecteurs et sympathisants et pour tous celles et
tous ceux qui se réclament de la Wallonie.
Bernard
DE COMMER.
Bulletin
N°41
En guise d'éditorial.
Alors que le
débat institutionnel bat son plein en séance ou
en coulisses, le M Manifeste wallon a pris l'initiative d'une
réunion qui s'est tenue le 24 janvier dernier et qui avait
pour thème : la Wallonie existe et s'exprime. A
l'issue de celle-ci, le communiqué suivant a
été rédigé. Nous le
soumettons bien volontiers à la
réflexion de nos lecteurs.
« A
l'initiative du Mouvement du Manifeste Wallon et sous la
présidence de M. Jean Louvet, des élus wallons,
des représentants du monde syndical, du mouvement wallon et
de la société civile se sont réunis le
23 janvier 2008 à Namur.
Dans le
cadre des négociations actuelles au sein du groupe de
travail de réforme de l'Etat dit ‘Octopus’
et du débat intra-francophone dans la Commission ‘Busquin-Spaak’,
les participants ont réaffirmé quelques
grands principes fondamentaux :
- A
l’heure où ces négociations engagent
l'avenir de l’Etat belge et de la Wallonie, les participants
en appellent au courage de tous les négociateurs wallons:
qu’ils soient conscients qu’il est de
l’intérêt des Wallons et des Wallonnes
de se donner les instruments et donc les compétences qui
garantiront son avenir ! Le fédéralisme belge,
pensé depuis un siècle et mis en œuvre
depuis presque 40 ans, à la rencontre des aspirations
culturelles flamandes et des revendications
socio-économiques wallonnes, est un système
mûr. Pour la Wallonie, l’institution
régionale a atteint une dimension critique qui lui permettra
d’absorber tout transfert de compétences sans
difficultés majeures. Toutefois cet acquis doit maintenant
être repensé à la lumière
des exigences d’aujourd’hui.
- La
seule réalité un peu solide pour les Wallons et
les Wallonnes sur laquelle construire leur avenir et
développer leur propre projet de
société demeure l’existence
d’une Région autonome et
« quasi-souveraine ». Le
développement économique de même que la
solidarité
« inter-personnelle » entre
citoyens ne se décrètent pas.
Pour porter durablement et renforcer la reconquête par la
Wallonie de sa prospérité, l'exercice par
l'institution régionale des compétences
culturelles est l'un des outils indispensables à celle-ci,
ce qui induit qu'elle soit responsable de son
enseignement, de sa politique culturelle et de ses
médias.
Les participants se sont en outre
réjouit d’entendre de plus en plus
d’élus et de représentants de la
société civile bruxelloise déclarer
qu’il est temps de laisser derrière nous un Etat
belge où deux Communautés se font face, pour
permettre l’épanouissement de trois
Régions, chacune avec son identité propre, des
institutions efficaces et la capacité de
développer des coopérations efficientes entre
elles.
Bulletin N°42
Une conférence
diplomatique permanente entre deux pays…
On l’aime ou on
l’aime pas mais il faut bien reconnaître que Bart
DE WEVER (N-VA) a le sens de la formule, et de la formule qui dit tout
haut ce que pas mal pensent tout bas – y compris du
côté francophone. « La Belgique,
disait-il à la veille de l’accord de
majorité du gouvernement LETERME 1er, la Belgique
n’existe plus ; elle n’est qu’une
conférence diplomatique permanente entre deux pays
». Effectivement.
L’accord de
majorité « lilas » a mis du temps
à se concrétiser. L’accouchement se fit
même tout bonnement aux forceps. Les tensions y ont
été telles entre gauche et droite, nord et sud
qu’on se demande ce qui peut bien réunir des
partenaires aux conceptions aussi hétéroclites du
vivre ensemble. A entendre les DI RUPO, MILQUET, REYNDERS et autres,
flamands compris, s’exprimer, chacun tirant la couverture
à soi, au soir dudit accord, on a le sentiment comme jamais
auparavant de se trouver au sortir d’une de ces
conférences diplomatiques où il n’y a
ni vainqueur, ni vaincu. Ou plus exactement, si on y regarde de plus
près, où il n’y aurait que des vaincus
tant les compromis engrangés confinent aux compromissions
par rapport aux programmes électoraux respectifs et aux
conditions sine qua non qu’on clamait encore haut et fort il
y a quelques jours à peine. En matière
socioéconomique, de santé, d’emploi, il
y a bien quelques avancées, mais vraiment minimes. Et
encore, rien n’est moins sûr, car
l’argent fait cruellement défaut : pour
équilibrer le budget fédéral, il a
fallu racler les fonds de tiroir et faire contribuer Régions
et Communautés. Du côté des
réformes institutionnelles, il faut bien dire que
l’on restera sur sa faim au minimum jusqu’en
juillet. Or n’oublions quand même pas que le
maintien aux affaires du PS a été
dicté uniquement par le souci de dégager une
majorité des 2/3 indispensable aux réformes
institutionnelles. De réformes, il n’est
guère question, ou si peu ou de manière
anecdotique si ce gouvernement s’en tient au seul accord
intervenu au Comité des sages.
Conférence
diplomatique donc, mais appelée sans doute à
durer probablement jusqu’aux prochaines élections
régionales où nul n’est besoin
d’avoir des qualités de devin pour
prédire qu’on se retrouvera au même
point, personne n’imaginant que les Flamands auront
oublié leurs revendications et que les partis francophones
auront retrouvé un tantinet de lucidité et de
courage pour s’engager dans la voie d’un
confédéralisme inéluctable que leur
attitude présente ne fait que postposer à plus
tard.
Jusqu’à
quand ? Dieu seul le sait sans doute… Et ceux qui
n’auront pas su, pas voulu, aller de l’avant
risquent fort bien par imprévoyance ou entêtement
de se retrouver où ils n’imaginaient pas se rendre
un jour. Espérons qu’ils n’auront pas,
que nous n’aurons pas, nous Wallons, à le
regretter.
Bernard DE COMMER.
Bulletin N°43
15 juillet : stop ou encore ?
Le 15 juillet
prochain, la question risque bien de se poser. Pas seulement en termes
de chute du Gouvernement LETERME 1er mais aussi, et surtout, en termes
de poursuite ou non de l’existence de la Belgique.
M. MOUREAUX
– un PS et qui plus est un Bruxellois- dans LE SOIR du 18
juin dernier se positionnait pour négocier « une
nouvelle Belgique », entendez pas là une Belgique
« confédérale ». Le jour
même, il s’attirait les foudres de Mme MILQUET, les
critiques d’ECOLO, le quasi- silence du MR et le soutien
viril du parti socialiste. On se rappellera quand même
utilement qu’il y a 1 an à peine ce dernier criait
haut et fort n’être demandeur de rien en
matières institutionnelles. Mais bon, comme dit
l’adage populaire : seuls les ânes ne changent pas
d’avis.
Cette «
nouvelle Belgique » selon M. MOUREAUX, c’est une
Belgique confédérale qui s’articulerait
sur 3 Régions fortes mettant en commun ce qu’elles
estimeront devoir mettre. Et pour mettre sur pied cette «
nouvelle Belgique », celui-ci de décliner un
certain nombre de propositions comme
l’élargissement de Bruxelles, la protection des
minorités, etc.
Les arguments
avancés par M. MOUREAUX nous paraissent pertinents. Ainsi,
dit-il, l’appareil de l’Etat
fédéral est de plus en plus aux mains des
Flamands. Exemple : le Conseil d’Etat qui ne
déciderait plus en fonction du droit mais des
intérêts flamands. C’est
indéniable.
Il n’est
plus, ajoute-t-il, un domaine de la gestion publique que les Flamands
ne souhaitent transférer aux Régions. Et bien
qu’ils s’en défendent (quoique la sortie
récente de la présidente du CD&V, Mme
THISSEN, qui s’est tout aussitôt
rétractée), c’est sur une scission du
pays que l’on finira par déboucher. Une
« procession d’Echternach » ironise M.
MOUREAUX relativement à ce volte-face.
Tout, tout indique que
l’on va dans cette direction-là. On le regrettera
ou non, mais c’est une réalité
à propos de laquelle la seule question qui reste en suspens
est la suivante : dans quel laps de temps y serons-nous ?
Pour M. MOUREAUX, il
ne s’impose plus de tergiverser. Et nous partageons son point
de vue. Plus on attend, plus on retarde
l’échéance, plus cela va devenir
difficile. Et la proximité des élections
régionales en juin 2009 rendra les négociations
plus dures encore. Donc, c’est notre souhait : allons-y pour
une Belgique confédérale. Non pas que nous
fussions particulièrement attaché au label
« Belgique » mais parce que cela nous semble la
solution la plus raisonnable dans le contexte européen.
Certains juristes
puristes ont cru bon jouer sur les mots dans les médias en
affirmant qu’il n’y avait plus
aujourd’hui, en Europe, de pays
confédéral. La Suisse, qui se définit
encore comme telle, est en fait un Etat fédéral.
Soit. Ont cru bon aussi souligner que le
confédéralisme implique que des pays souverains
s’allient sur des matières précises et
que des décisions dans ces matières se prennent
à l’unanimité. Il faudrait donc,
à leurs yeux, une scission du pays comme étape
intermédiaire. Soit, s’il faut passer par
là, après tout pourquoi pas ? A moins que nous
n’innovions et passions d’un Etat
fédéral à un Etat
confédéral. Qu’importe, à la
fin : l’essentiel n’est pas dans ces querelles de
juristes mais dans la volonté des uns et des autres
d’aboutir.
Ceux qui,
aujourd’hui, ne perçoivent pas où
l’on va ou qui, le percevant, tentent par tous les moyens de
retarder l’échéance, seront bien
forcés de regarder l’ Histoire
s’écrire sans eux. « Tout nous fait
signe : à nous d’en faire sens »,
écrivait Pierre EMMANUEL. C’est en tout cas notre
volonté, c’est en tout cas celle à
laquelle nous appelons les Wallonnes et les Wallons.
Bernard
DE COMMER.
Bulletin N°44
Mieux vaut tard que jamais…
De quoi ont
été faites au plan institutionnel les vacances
estivales ?
Il y eut, tout
d’abord, la remise en selle par Albert II en personne de
l’homme aux trois échecs, Yves LETERME. Sans doute
pour un quatrième dans quelques semaines.
N’anticipons pas, mais il sera, cette fois, difficile aux
politiques de mettre sur pied un scénario cousu de fil blanc
comme celui qu’ils nous ont servi à la
mi-juillet : démission du Premier Ministre,
unanimité (suspecte s’il en est) au sein de la
majorité pour le maintenir en place (brusquement
celui-là même qu’on affublait de tous
les travers et de tous les défauts la veille encore devenait
un incompris bourré pourtant de
qualités) ; refus du Roi de rendre cette
démission opérationnelle, qui chargeait le
gouvernement d’une mission essentiellement
socioéconomique, le volet institutionnel étant
confié à trois conciliateurs :
LANGENDRIES, de DONNEA, LAMBERTZ ; à charge de ces
derniers d’explorer les pistes pour une réforme de
l’Etat en profondeur. Quelques jours plus tard, ceux-ci font
rapport et le débat est reporté à
septembre. Puis plus rien ou presque : des broutilles. Une
interview de Bart DE WEVER selon laquelle il n’existerait
point de minorités en Flandre mais des émigrants
dont sont les Francophone et qui doivent s’adapter, propos
qui lui ont valu des menaces de mort. Un peu plus tard, une
sortie de DEDECKER proposant contre la scission de BHV un retour
à une représentation démocratique des
Flamands à Bruxelles (surreprésentés
eu égard à leur nombre). Enfin, à
quelques heures du long week-end de l’Assomption, le retrait
à Lennik des drapeaux belges des bâtiments
communaux. Bref, pas de quoi rameuter nos édiles
fédérales, toutes en vacances.
Mais
l’essentiel, pour nous, était ailleurs. Au
Parlement wallon qui a adopté entretemps une
résolution relative à une réforme en
profondeur de l’Etat. Résolution qui vient avec
sept années de retard par rapport à une
résolution semblable du côté du
Parlement flamand. Mais mieux vaut tard que jamais. La cacophonie que
nous avons connue depuis les dernières élections
fédérales a au moins eu ce
mérite-là.
Quelle est la teneur
de cette dernière ? Nous ne pouvons
qu’inviter nos lecteurs et sympathisants à la lire
attentivement ci-dessous. En attendant immanquablement de nouvelles
velléités dans les prochaines semaines.
D’autant que le Président de la
Communauté germanophone,LAMBERTZ, a
déclaré douter de la possibilité
d’une telle réforme avant les élections
régionales de juin prochain. Propos qui n’ont pas
plu à Yves LETERME qui, lui, y croit toujours. Il est,
certes, des fois qui soulèvent les montagnes. Encore faut-il
que ceux qui en font profession aient la volonté et les
capacités pour y arriver. Qu’il nous soit permis
de douter de l’une comme des autres.
Bernard
DE COMMER.
Bulletin N°45
Une
rentrée plutôt chaude....
Les trois premières
semaines de septembre ont été marquées
par des soubresauts en matière institutionnelle, comme il
fallait évidemment s’y attendre.
Elément déclencheur : le rapport au Roi des 3
médiateurs. Celui-ci ne brille pas par son
originalité mais contient toutefois un
élément qui nous paraît essentiel :
pour la première fois dans notre (jeune) histoire
fédérale, ce sont les entités
fédérées qui vont débattre
entre elles des réformes à apporter en
matière institutionnelle. Cela ressemble à
s’y méprendre à une stricte
démarche confédérale. A cela est venu
s’ajouter l’éclatement du cartel
CD&V/NVA. On pouvait s’attendre, dans un premier
temps, à un durcissement des sociaux chrétiens
flamands amputés de leur alibi nationaliste. Il semble
qu’il n’en a rien été. Pure
stratégie sans doute. N’empêche, Bart
DEWEVERE n’en a pas moins accusé son ex-conjoint
politique de participer à un gouvernement de Vichy.
Sous-entendu : Vichy collaborait avec l’ennemi. Cet ennemi,
aujourd’hui, ce sont les francophones. Comparaison
saisissante, s’il en est, dans la bouche d’un
historien. Quoiqu’il en soit, il n’est du tout
certain que la mise au coin du parti nationaliste flamand facilitera
les débats. Qui vivra verra.
Puis survint la crise
financière aux Etats-Unis, la faillite de certaines banques
d’investissement et, chose surprenante, dans un Etat qui se
veut ultra libéral, l’intervention massive de
fonds publics pour les maintenir à flot. Motif
invoqué de cet interventionnisme : sans cela,
c’est tout le système
économico-financier du pays qui s’effondrerait. Le
plan PAULSON, dans sa première mouture, a cependant
été rejeté par le Congrès.
Les raisons de ce rejet sont aussi multiples qu’il y a de
représentants : trop peu interventionniste pour certains
démocrates, trop pour certains républicains et,
enfin, à notre sens le plus évident, pas assez
social. Quid des milliers de ménages américains
laissés sur le carreau par les cadors du marché
du crédit hypothécaire ? Quelques jours plus
tard, par ricochet (mais seulement tant il est vrai que des lacunes
sont apparues dans le management du groupe), il y eut FORTIS, lui aussi
renfloué par de l’argent public,
c’est-à-dire, ni plus ni moins, (re)
nationalisé. Et au moment de clôturer le
présent éditorial, ne voilà-t-il pas
qu’on parle de DEXIA chez nous et d’autres
institutions en Grande-Bretagne et en Allemagne? Avec FORTIS et DEXIA,
on ne parle plus de fonds spéculatifs, de banques
d’investissements et autres intermédiaires pour
capitalistes jouant en Ligue des Champions pour reprendre une
appellation qui dit bien ce qu’elle veut dire. Non, ici, on
parle de banque de dépôts, la banque du simple
particulier. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les
victimes de l’inconscience des dirigeants qui vont payer les
pots cassés: au niveau de leur emploi, mais aussi via les
impôts, c’est-à-dire via leur part
contributive au fonctionnement de l’Etat. En attendant, les
responsables, eux, s’en tireront bien. Et je ne pense pas que
M. LIPPENS et autres consorts , malgré « une
sortie sans gloire » comme titrait LE SOIR dans son
édition du 29 septembre dernier, se retrouvent sur la
paille. Les parachutes dorés vont fonctionner à
plein. Il n’est pas inutile de rappeler que
l’Europe autorise évidemment la capitalisation
d’état, pour autant qu’elle ne nuise pas
à la concurrence et qu’elle fût de
courte durée. L’Etat injecte donc de
l’argent, puis, le navire renfloué, se retire.
Concluons par souligner, avec quelque ironie, que c’est ce
même FORTIS qui entre 1993 (achat de 50% de la CGER
à l’Etat) et 1998 (100% de la CGER qui
disparaît) et DEXIA qui fit de même avec le
Crédit Communal.
Mais il nous semble qu’on ne peut en rester là
sans remettre en question le capitalisme et son pendant le
libéralisme économique.
En 1938, aux portes de
la seconde guerre mondiale, Elie BAUSSART
dénonçait, dans Essai d’initiation
à la Révolution anticapitaliste «
l’organisation capitaliste – incurable
aveuglément ! – (qui)
s’inquiète fort peu de la répartition.
Ou plutôt (qui) l’a organisée de telle
façon qu’elle a fait et fait toujours en sorte de
gonfler les gains de la toute petite majorité des grands
capitalistes et de compresser les revenus des masses ». A
lire et relire ces lignes, on a le sentiment qu’elles ne
datent pas d’il y a septante ans, mais qu’elles
viennent d’être écrites tout juste hier.
A tout le moins,
pensons-nous, le système libéral ne peut
être livré à lui-même au
motif qu’il s’autorégule. Il ne le fait
pas. Le Fonds de protection des dépôts et des
investissements financiers chez nous permet une certaine protection des
épargnants et actionnaires privés à
concurrence de 20 000 EUROS en tout cas. Mais les
régulateurs nationaux démontrent par
l’absurde leur inefficience : ils n’exercent que le
contrôle des acteurs financiers dans le meilleur des cas.
Quid des fonds spéculatifs ? Il n’y a dans les
faits aucun contrôle sur les produits mis sur le
marché. M. LETERME, en Commission de la Chambre le 30
septembre dernier, affiche à demi-mots toute son impuissance
lorsqu’il répond à M. NOLLET
l’interpellant sur l’impact économique
des mesures prises : « Aurait-il mieux valu ne rien faire ?
»
Le très
libéral Didier REYNDERS, de son côté,
ne nous convainc guère quand il déclare sans
vergogne que « l’Etat n’a jamais failli
à ses obligations » et qu’il «
n’est pas question qu’il change jamais »,
arguant du fait que FORTIS est LE pilier financier belge. Non que nous
en doutions, mais que sa réflexion
s’arrête aux 4,7 milliards injectés par
la Belgique pour renflouer FORTIS frise
l’indécence. On n’oubliera pas
qu’il en manque autant pour clôturer le budget.
Le système
capitaliste a sans doute, via l’économie de
marché, apporté une certaine
prospérité au monde occidental mais au prix
d’un appauvrissement éhonté du
Tiers-Monde et de millions de chômeurs. Nous pensons que le
modèle capitalise ne peut être l’ultime
étape de l’histoire économique et
sociale de l’humanité. Certes, après
l’effondrement d’un système concurrent
qu’était le socialisme et son économie
planifiée, nous ne pouvons dire très
précisément quel pourrait être le
nouveau modèle. Mais, comme Elie BAUSSART alors, nous
pouvons en deviner les contours et œuvrer pour son
avènement : « la preuve est faite -en marchant-
qu’une civilisation matérialiste conduit
à la catastrophe l’homme subordonné
à la matière (dont l’argent est le
signe grâce auquel elle s’achète),
servie comme un dieu, étouffe faute d’air et de
justice, et se révolte ». Ce nouveau
modèle de société ne peut
être que celui d’une société
faite pour l’homme et par l’homme. En un mot comme
en cent : une société humaniste.
Espérons
que ce qui vient de se passer permettra une prise de conscience de
l’ensemble des citoyens sur le modus vivendi qu’ils
sont en droit d’attendre et qu’ils ont le devoir de
bâtir là où ils sont, à
l’échelle où ils sont.
En ce qui nous
concerne, en tout cas, nous ne pouvons que redire notre refus
d’un système où on privatise quand les
bénéfices sont au rendez-vous et on nationalise
quand les affaires vont au plus mal.
Bernard
et Nicolas DE COMMER.
P.S : les choses
décidément vont vite : au moment de mettre sous
presse, suite au désistement des Pays-Bas, FORTIS est
désormais française. Le bancassureur est
détenu à 75% par BNP Paribas, l’Etat
belge étant actionnaire principal (11%).
Bulletin N°46
2008 : une année
plutôt chahutée....
L’année
2008 s’achève comme elle avait commencé
en quelque sorte : sur fond de polémique institutionnelle.
On aurait pu croire le problème, si pas enterré,
à tout le moins mis au frigo, en regard de la crise
financière mondiale et de ses aléas en
matière économique et d’emploi. Pas du
tout : voilà que le Ministre flamand des Affaires
Intérieures repasse les plats en refusant la nomination de
trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise.
Certes, il est resté égal avec lui-même
et la vision flamande des choses et cela n’a en soi rien
d’étonnant. Par contre, c’est le moment
choisi qui surprend. Car cette décision n’avait
rien d’urgent et on aurait voulu mettre en
difficulté les négociations institutionnelles
mi-secrètes se tenant pour l’heure qu’on
ne s’y serait pas pris autrement. Nous n’avons pas
l’intention de nous prononcer sur les arguments
avancés par les uns et les autres en cette affaire. Relevons
simplement qu’il s’agit là
d’une matière hautement symbolique,
révélatrice une fois de plus du fossé
qui sépare le Nord et le Sud du pays. D’un
côté, une insistance particulière sur
le droit des gens à élire qui ils veulent ; de
l’autre, un arrimage inconditionnel à la notion de
territoire et aux implications culturelles qu’il implique.
D’un côté, une certaine forme de
complexe de supériorité donnée par une
langue un temps universelle ; de l’autre, un réel
et récurrent complexe
d’infériorité culturelle que rien
décidément n’atténue.
Cela étant,
il faut bien se l’avouer, en matière
institutionnelle les partis francophones toutes tendances confondues
ont fait montre d’une tiédeur, voire
d’une imprévoyance et d’une
naïveté sans bornes. Arnold d’Orez,
l’un de ces bourgmestres floués,
déclarait dans une interview au journal LE SOIR que le
problème était, en fait, que « du
côté francophone nous sommes restés
attachés à la Belgique, et qu’on a
alors consenti à des compromis successifs en
espérant arrêter la machine. Illusion !
» (26/11/08). Comme nous l’avons à
maintes occasions souligné, c’est bien cet
attachement, cette forme de sentimentalisme désuet,
à la Belgique, qui est à l’origine de
la problématique institutionnelle. Si au fil de ce
qu’Arnold d’Orez qualifie de « compromis
successifs », les hommes politiques wallons, entre autres,
s’étaient montrés plus vindicatifs
quant au remodelage d’une Belgique
confédérale, on aurait pu depuis belle lurette se
concentrer sur ce qu’Elio DI RUPO appelle « les
vrais problèmes des gens », ignorant que
c’est précisément son attitude
belgicaine (et celle de ses collègues francophones) qui est
en bonne partie responsable de l’enlisement institutionnel
actuel. La réaction conjointe PS/CDH/ MR à
l’initiative du Ministre flamand KEULEN,
immédiatement soutenu par l’ensemble des partis
politiques flamands, à savoir celle d’un octopus
où aborder les problèmes qui fâchent
comme BHV, etc, nous laisse sans voix. Au pays du
surréalisme, c’est sans doute de bon ton, mais
quand même…
Pour le reste me
direz-vous ? Et bien çà va. La crise
financière suit son petit bonhomme de chemin. A
l’étranger, on notera la quasi mort clinique du
géant bancaire mondial Citigroup plus d’une fois
réanimé par le gouvernement américain
au cours des derniers mois. En Belgique après les sauvetages
plus ou moins heureux des grandes banques FORTIS, DEXIA et KBC vint le
tour en octobre de l’assureur ETHIAS lui-même
acculé par des spéculations folles. Ensuite ?
Plus rien ou presque (!) si ce n’est que le tribunal de
commerce a officialisé la future reprise des divisions
belges banques et assurances par le français BNP PARIBAS
– admettons néanmoins qu’il
s’agit d’un raccourci et d’une
grossière synthèse de la situation mais
c’est le résultat qui compte. Plus grand-chose de
neuf depuis sur le front financier belge depuis lors, si ce
n’est, et on applaudit des deux mains, la création
d’une banque wallonne annoncée fin Novembre par le
gouvernement régional et qui prendra effet à
partir de 2009. Cet organisme, qui ne dira pas son nom car le vocable
« banque » est jalousement «
régulé » par le gendarme financier
CBFA. Concrètement il s’agira de
récolter l’épargne des wallons,
moyennant intérêt, et de le réinvestir
dans des projets structurants sur le territoire régional
générateur d’emplois locaux. Il
s’agit ici à notre sens de la première
(seule ?), et on ne pourra que s’en réjouir,
réponse structurelle apportée à la
crise en Belgique, si ce n’est en Europe ! Pour
l’anecdote et quitte à rendre à
César, ce point était déjà
au programme du Rassemblement Wallon en plein milieu des
années septante, lequel s’inquiétait
alors de voir l’épargne populaire financer le
développement économique de la capitale et de la
Flandre.
Mais encore : la lame de fond ? Si, si, celle dont on parle depuis le
début de l’implosion du système
financier mondial, la contagion à toute
l’économie quoi ! Ben, ça
y’est ! Tous les secteurs commencent à la voir
venir. Aux USA d’abord, toujours leader dans tous les
domaines et dont le secteur le plus touché,
l’automobile, va être secouru à grand
frais, mais également au Japon ou en Europe. Les indicateurs
passent au rouge : le chômage qui augmente, la croissance en
chute libre, les divers baromètres de confiance des
ménages, entrepreneurs,… C’est donc la
récession qui frappe à nos portes en ce
début d’hiver. Mais il parait qu’une
forte réponse des pouvoirs publics permettra de juguler les
hémorragies. Tout d’abord, l’UE
s’est discréditée en ne parvenant pas
à se mettre d’accord sur une stratégie
à long terme et concertée pour y
répondre : on se contentera donc de cet inventaire vague de
mesures disparates prises par les états membres au
gré des desiderata ou des évènements.
Et on n’a pas entendu une seule fois le mot social. Des
chiffres ? Oui au moins un : l’addition des promesses de
chaque pays. On n’est pas très loin d’un
Téléthon… En Belgique le gouvernement
vient de trouver une solution, qu’il appelle plan de relance
: une baisse ciblée et temporaire de la TVA sur la
construction (pourquoi elle et pas d’autres ?), une
revalorisation des victimes du chômage économique
et le financement de l’accord interprofessionnel. Et pendant
ce temps là les travailleurs wallons casquent, que ce soit
dans la sidérurgie, la pharmacie, la finance,…
Soit, des pertes d’emploi sous le sapin !
Cette fin
d’année et plus encore celle qui nous attend ne se
présentent donc pas sous les meilleures auspices. Nous ne
souhaiterons pas à nos lecteurs et sympathisants une bonne
et heureuse année 2009, mais une année de luttes,
de combats au plan institutionnel comme au plan
économico-financier avec la volonté de construire
une Wallonie plus autonome et une société
où l’homme – et non le profit- est au
cœur de la société. Comme
écrivait Elie BAUSSART : « A
côté de l’asservissement de
naguère dans la brutalité, nous ne savons pas si
le système actuel ne l’emporte pas en
inhumanité. L’esclave d’hier pouvait
parfois se donner l’illusion d’être
encore lui sur le travail : c’est une illusion à
laquelle doit renoncer celui d’aujourd’hui. Cet
attentat contre la personne devenu la norme du régime
capitaliste comme tel suffirait à condamner celui-ci
». (Essai d’initiation à la
Révolution anticapitaliste. 1938).
Bernard
et Nicolas DE COMMER.
Bulletin N°47
Davos ou Belém : un choix
de société.
Fin janvier, Davos, en
Suisse, et son Forum annuel économique. A des milieux de
kilomètres de là, Belém, au
Brésil. Et son Forum social. D’un
côté, la crème des décideurs
politiques et économiques ; de l’autre,
essentiellement ceux que les premiers qualifient de gauchistes et
d’écologistes, plus, quand même les
présidents de cinq pays socialistes
d’Amérique latine.
A nos yeux, c’est tout un choix de
société qui s’affiche là.
Les organisations syndicales belges – FGTB et CSC-
étaient en nombre à Belém,
après avoir des années durant snober le mouvement
altermondialiste. Interviewée dans LE SOIR du 2
février 2009, Anne DEMELENNE, secrétaire
générale de la FGTB, expliquait sa
présence à Belém ainsi : «
On ne va pas attendre de ceux qui ont créé les
problèmes qu’ils proposent des solutions qui iront
dans le bon sens ». Nous partageons évidemment ce
point de vue : ce n’est pas à Davos que des
propositions alternatives au capitalisme et au
néolibéralisme sont susceptibles
d’être dégagées. Et pour tout
dire, Davos est une montagne qui a accouché d’une
souris. Certes, « présidents, ministres et patrons
ont eu du mal à cacher leur désarroi face
à une crise qui menace la mondialisation tant
célébrée année
après année en Suisse » (LLB du 31
janvier 2009), mais la seule piste évoquée pour
tenter de s’en sortir est celle exprimée par
Angela MERKEL d’une « charte pour le nouvel ordre
économique ». Soit rien de bien marquant et dont
plus personne ne parlera dans quelques semaines. Et
d’ailleurs les médias ont essentiellement mis en
avant, d’une part, « les soirées moins
fastueuses et les buffets revus à
l’économie » et, d’autre part,
l’altercation à propos de la guerre à
Gaza entre le premier ministre truc ERDOGAN et le président
d’Israël SHIMON PERES.
A Belém, c’est de la triple crise
économique, climatique et de gouvernance que subit la
planète dont il a été question. On
estime que 100 000 personnes ont pu s’exprimer à
ce propos via des colloques, événements et autres
ateliers. Le message global qui en est sorti est celui d’une
condamnation sans équivoque du capitalisme et d’un
« autre monde possible ».
Les contours de cet autre monde possible restent encore flous, certes.
Comme toutes les utopies en marche, on sait où
l’on va, mais pas vraiment par quels chemins. Et ici
d’autant plus que le mouvement altermondialiste est
constitué d’une myriade de mouvements : Green
Peace, les Amis de la Terre, Amnesty International, la
Fédération internationale des Droits de
l’Homme, ATTAC, …, que
fédère essentiellement leur volonté de
dénoncer les politiques économiques et ses
inspirateurs (OMC, G8), les grands organes financiers (FMI, Banque
Mondiale) et celle de revendiquer l’annulation de la dette du
Tiers-monde.
Si bien sûr il n’était pas question de
mouvement altermondialiste à l’époque
d’Elie BAUSSART (et pour cause, ce mouvement est
né officiellement en 1999), il n’empêche
que celui-ci s’est à maintes reprises
exprimés sur des sujets que ce mouvement met en avant.
Ainsi, par exemple, écrit-il en 1938 : « Comme
système de production, certes il (le capitalisme) est
capable de gagner l’enjeu. Comme mode de
répartition, sa faillite est patente ». (Essai
d’Initiation à la Révolution
anticapitaliste). Ou, dans LE SOIR du 4 mai 1955 : « Le
système désigné sous le nom de
colonialisme est en vie de disparition. Les pays
privilégiés de l’Ouest par
l’avance de leurs techniques, ne pourront plus longtemps
prélever sur les moyens d’existence de
l’immense majorité des hommes, de quoi assurer
leur prépondérance économique et
politique. Les éléments d’une
solidarité intercontinentale, telle qu’elle vient
de s’ébaucher à Bandoeng*, se
rassemblent : solidarité de pauvres et de
démunis, sans doute, mais que leurs immenses ressources,
dès qu’elles seront utilisées, par leur
ardeur à agir dans un système
approprié, conduiront à la
prospérité et, par elles, à la
puissance ». S’il n’est plus question en
soi de colonialisme comme tel, personne n’osera affirmer que
la dépendance vis-à-vis de l’Occident
reste entière, ne serait-ce que eu égard
à la dette du Tiers-Monde.
Et donc, en ce début de 21ème siècle,
il reste beaucoup à faire pour libérer les
hommes, libérer l’Homme, d’un
système qui l’aliène et est en train
dé détruire la planète.
C’est le message de Belém. Par quoi ce
système sera-t-il remplacé ? Bien malin qui
pourrait le dire aujourd’hui, mais comme
l’écrivait Elie BAUSSART : « Le
système capitaliste est étendu au monde entier :
il faut que la réforme soit assez
générale pour que, dans les derniers refuges
qu’il aura trouvés, ce soit à lui de se
plier aux nécessités et aux lois d’une
économie socialisée, et de faire son
évolution pour rejoindre cette économie. De
formes et des normes de cette économie, nous sommes assez
prudents pour n’en point prédire et pour compter
ici sur les inventions et les adaptations successives en fonction du
but à atteindre, des ressources et des
possibilités du lieu et du moment. Mais de quoi nous sommes
convaincus, c’’est que la révolution
doit être universelle et que, plus rapidement elle
s’étendra, moins douloureuses seront les
convulsions dont elle s’accompagnera. De quelle
idée devrait s’inspirer cette
révolution pour ne pas finir par une nouvelle barbarie ?
Nous n’hésitons pas à
répondre : de l’homme ».
Nul doute que si Elie BAUSSART avait encore été
de ce monde, il eut préféré, et de
loin, se rendre à Belém plutôt
qu’à Davos.
Bernard DE COMMER.
* Dans cette ville de Java, les anciens pays coloniaux avaient
défini les grandes lignes pour activer le processus de
libération des peuples encore colonisés. Pour la
Belgique cela déboucha sur un plan de
décolonisation en 30 ans !
Bulletin N°48
L’enjeu des
élections de juin 2009 : gauche ou droite,
vraiment ?
Cette fois, on peut
l’affirmer, chiffres à l’appui, la
Belgique est en récession. Les statistiques de la B.N.B sont
sans équivoque : le recul de
l’activité économique se situe
à 1,6%. Il n’était pas besoin de tels
chiffres pour s’en convaincre : chômage
technique (que le patronat souhaitait d’ailleurs
étendre aux employés) et licenciements se sont
multipliés un peu partout.
C’est sur
fond de crise que vont se dérouler les élections
régionales et européennes de juin prochain. Et
cette crise pose évidemment la question du type de
société que nous souhaitons et, surtout, de la
place que l’Homme doit y occuper.
Un 1er mai en pleine
campagne électorale devait apporter quelque
éclairage quant à la réponse
à donner à notre questionnement. Cela fut-il le
cas ?
« Il
est exclu, affirme Elio DI RUPO, de faire payer aux citoyens les
conséquences de la crise de la crise
libérale ». Quant à
l’austérité qu’on nous
annonce : « cela reviendrait à
faire payer deux fois aux gens la folie
libérale », la première
étant l’argent public octroyé aux
banques. Et de plaider pour que « le Ministre des
finances fasse son travail ». Lisez :
qu’il lutte contre la fraude fiscale
évaluée à 10 milliards
d’euros. S’il invite à une
« mobilisation progressiste »
pour « combattre la droite »,
tout comme à Tournai le Ministre DEMOTTE plaidant pour une
« majorité absolue de
gauche » (lisez un Olivier), force est de constater
que dans aucun discours il n’est question d’un
nouveau type de société.
Du
côté de la F.G.T.B, on est un peu plus martial,
mais tout juste : « Je lance ici un
avertissement clair au monde politique, aux employeurs : on ne
paiera pas la note une troisième fois ».
Soit, mais après ? La CSC, par la voix de Claude
ROLIN, ne dit rien d’autre :
« Les salariés et allocataires sociaux
qui font déjà les frais d’une crise qui
n’est pas la leur, ne peuvent payer une nouvelle fois
l’addition au travers d’atteintes à la
sécurité sociale et au pouvoir
d’achat ». Et de plaider pour une
réforme du système.
A Jodoigne, le M.R
tient aussi un discours réformateur (sans jeu de mots).
Louis MICHEL déclare que « le capitalisme
n’est pas un projet de société et
n’est donc pas synonyme de
libéralisme ». Et d’ajouter
qu’il « faut changer le
système. Mais le système, en Wallonie,
c’est le socialisme ». On est en droit de
se demander où en Wallonie il y eut jamais un
système socialiste en place. Mais Louis MICHEL
mêle tout à dessein.
Le capitalisme est-il
vraiment gérable ? Le peut-on, comme les
socio-démocrates que sont PS, CDH et ECOLO et les
libéraux du MR le pensent ? Si
c’était possible, on le saurait. On ne peut certes
renier les acquis de la sociale démocratie, mais force est
de constater que les rapports de force qui jouent un temps pour les
travailleurs, in fine se retournent contre eux.
Elie BAUSSART, juste
avant la seconde guerre mondiale, parlait, lui, d’une
révolution anticapitaliste, pas d’une
réforme. Deux modèles anticapitalistes
s’affrontaient alors : le socialisme
porté par l’U.R.S.S et le fascisme de MUSSOLINI et
de HITLER. Ces deux modèles ont fait faillite et sans
conteste faut-il s’en réjouir. Mais le capitalisme
et le libéralisme sont toujours bien là. Et ces
deux-ci sans concurrence depuis la chute du Mur de Berlin.
Comment Elie BAUSSART,
il y a presque trois-quarts de siècles, imaginait-il cette
révolution anticapitaliste ?
« Imaginait-il », car selon ses
propres termes « les possibilités sont
immenses, quoique imprévisibles scientifiquement
à l’heure actuelle ». Sa vision
des choses était la suivante :
« Que nous nous acheminions vers une
libération du travail, ce n’est guère
contestable ; que le travail devienne, dans
l’entreprise, l’associé du capital, on
peut le prévoir ; que les organes
représentatifs du travail dans les institutions corporatives
étendues de l’industrie à
l’économie nationale, y disposent d’un
pouvoir égale à celui du capital, il est permis
de l’entrevoir ; que le travail assume la direction
et la responsabilité de l’entreprise dans un
régime d’économie
nationalisée ou collective, l’hypothèse
n’est pas absurde. De là à la
conquête de l’Etat, il n’y a
qu’un pas : le travail, conscient de sa force,
n’hésitera pas à le
franchir »
Le lecteur admettra
aisément qu’un tel discours est autrement plus
révolutionnaire que ceux entendus ici et là, ce
1er mai et que les programmes que nous proposent en tout cas les grands
partis politiques démocratiques. Cela étant, il
faudra bien que l’électeur se prononce. Le dernier
mot lui reviendra, mais nous craignons fort que, à
défaut de grives il lui faille manger des merles.
Bernard DE COMMER.
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CRISE QUAND TU NOUS
TIENS...
Billet
d’humeur par Nicolas DE COMMER.
Puisque la grippe porcine, ou mexicaine c’est selon, ne nous
aura pas tenu en haleine suffisement longtemps, parce que
d’autres que moi vous parleront des enjeux des futures
élections, ou encore que l’élection
d’Obama n’a finalement rien changé
à la face du monde, la liste est encore longue...
Bref, je m’y perds, pour toutes ces raisons,
évoquées ou non, je n’aurai
d’autres choix que de vous parler une fois de plus de la
Crise, avec une majuscule car d’aucuns proclament que
c’est la plus pire, ou la plus mieux: c’est quif
quif... Quoi de neuf me direz-vous? Ben, c’est assez dire que
pas grand chose!!! Les entreprises licencient à tour de bras
avec une rapidité et une ruse que n’aurait pas
renié un Lucky Luke, l’industrie automobile ne va
toujours pas mieux si bien que si cela continue on devra peut
être prendre le train, et
l’épopée Fortis semble
s’approcher de son épilogue.
Sur ce dernier point, j’ai presqu’envie de dire que
cela va nous manquer, ces hordes déconfites de petits
actionnaires qui hurlaient à qui veut l’entendre
que c’était même pas de leur fautes, et
qui à défaut d’incendiaire
s’ennorgeuilait de tirer sur le pompier. Mais
qu’est-ce qui nous manquera le plus finalement dans cette
farce des temps modernes? Personellement, je
m’étais pris d’affection pour le petit
timonier, avocat à ses heures perdues, qu’est
notre cher et tendre M.MODIKRAMEN. Pas vous? Sa manière
d’harenguer les foules avec ses grands airs, et pire ou
mieux, ses diatribes poujado-fascisantes. Je m’avance un peu,
mais la comparaison n’est pas (que) de moi, elle est
l’oeuvre d’un petit actionnaire – comme
quoi ils sont pas tout pareils – au JT de la RTBF le jour du
vote.
Dnas un autre idée, avez-vous vu le très
intéressant Complément
d’enquête de FR2 du lundi 04 mai 2009? On y
montrait toute la détresse des travailleurs de Continental
qui, sur un coup de sang bien compréhensible, et face
à l’absence
d’intérêt des cadors
économiques et ou politiques vandalisaient une
sous-préfecture et un poste de garde de leur usine. Et puis
on voyait leur patron séquestré, le pauvre,
pendant 26 heures, et qui, s’il comprenait
“l’inconfort” de ses travailleurs au
regards de leurs efforts vains en termes de temps de travail et de
revenues, n’admettait pas leur colère.
Surprenant… Le plus amusant, et j’en terminerai
là, l’invité Alain MINCK *,
s’en offusquait lui même. Regrettant au passage la
faiblesse des syndicats en France, il s’est quand
même permis de préciser qu’à
l’échelle française, seuls 10% de la
population souffraient réellement en ces temps obscurs, le
reste vivant ses meilleures années… Franchement,
si on le dit très vite, ça a l’air
presque vrai…
* Pour ceux qui ne le
connaitraient pas : il est patron, membres de conseils
d’administration divers, penseur, auto labellisé
“ami des partons” et, on fait parfois bien les
choses, ami personnel de Nicolas Sarkozy
Bulletin N°49
Yes, we camp ... ou comment dire
toute la déglingue du
monde
Yes, we camp! Oui,
nous campons! C'est par ce cri plagiant le slogan d'Obama en campagne
électorale que les membres du G8 ont
été accueillis à L'Aquila, capitale
des Abruzzes.
Le 6 avril dernier
cette région était dévastée
par un tremblement de terre où périrent 299
personnes et qui a laissé pour compte 23 000
sinistrés parqués dans des camps de toile, sans
compter quelque 30 000 personnes relogées vaille que vaille
jusqu'à 100 km du l'épicentre de la catastrophe.
Les Obama, Merkel et Medvedev, escortés par un Berlusconi en
quête d'une réhabilitation de son image,avaient la
mine renfrognée de circonstance. Mais avaient-ils conscience
de ce que ces ruines sont à l'image du monde qu'ils
prônent? Ces camps, bien sûr, font penser
à d'autres camps: en Palestine, au Soudan, à
l'est du Congo, camps qui existent du fait des hommes, eux, et non des
éléments naturels déchaînes.
Mais aussi à ce milliard d'hommes sous-alimentés
et à ces 2 milliards de pauvres de par le monde, victimes
eux des pays riches – dont nous sommes- et qui font la course
au profit à tout crin. Et qui frappent ces mêmes
hommes doublement en émettant quelque 50 % de gaz
à effet de serre, générateurs de
réchauffement, de sécheresse, ici, ou inversement
d'inondation ailleurs.
A moins que leur mine
renfrognée ne vienne de ce que ce G8 s'en va à
vau l'eau et n'est plus le symbole tant vanté par l'Occident
de la réussite du capitalisme mais le constat de son
échec à gérer équitablement
la planète. Désormais, ceux qui font la pluie et
le beau temps en matière économique ce sont les
nations émergentes comme la Chine, l'Inde et le
Brésil. Ce n'est guère mieux, convenons-en. Et
cela n'ajoutera que d'autres miséreux à la
cohorte de ceux existants déjà. Chez nous, y
compris. D'ailleurs, le G8 dit craindre une
« instabilité
sociale », pour ne pas dire des troubles sociaux
majeurs.
On nous annonce pour
septembre un G20 à Pittbul aux U.S.A qui devrait
décider plus largement du sort de la planète.
Elie BAUSSART, en 1955, écrivait que « le
balancier de l'Histoire dans sa course incline vers l'Orient... L'axe
du monde se déplace. Il court de la
Méditerranée au Pacifique par l'Océan
indien » et d'en appeler à une
« révolution
économique ». La première
partie de sa pensée est indéniablement en voie de
se concrétiser. Qu'en sera-t-il de l'autre, de cette
« révolution
économique » qu'il appelait de toutes ses
forces? Le G20 sera-t-il à même de la
réaliser? Rien n'est hélas moins sur. Au point
que Benoît XVI, que personne ne soupçonnera
d'être un gauchiste, revendique, à son tour, une
« véritable autorité politique
mondiale pour gouverner l'économie
mondiale »
A défaut,
la planète sera condamnée à de bien
sombres perspectives d'avenir.
Bernard DE COMMER.
Quand la F.E.B
parle de la sécurité sociale…
Abonné
à la newsletter de la FEB, c’est avec beaucoup
d’intérêt que j’ai pris
connaissance du point de vue de M. Piet TIMMERMANS, son directeur, pas
moins sympathique au demeurant, sur l’avenir de la
sécurité sociale! Mes commentaires en gras et
notés : N. D.C
Nicolas
DE COMMER
La
sécurité sociale: une Rolls Royce avec un moteur
de 2CV ?
Commentaire
N.D.C : Non, un moyen de transport en commun,
un formidable outil de solidarité pour le quel on
achèterait son ticket à un
tarif fixé en fonction de ses ressources... En tout cas
c'est comme cela que cela devrait
être!Depuis quelques jours, les premières
estimations relatives au déficit dans le secteur de la
sécurité sociale sont connues : au minimum 2,5
milliards d'euros cette année e et plus de 5,5 milliards en
2010. Et les perspectives ne sont pas bien meilleures pour les
années suivantes. Il est désormais
évident que la sécurité sociale
dépense "structurellement" (c'est à dire
indépendamment de la conjoncture défavorable)
quelque 4 milliards de plus qu'elle n'a de recettes. En d'autres termes
: nous voudrions rouler en Rolls Royce, mais avec un moteur de 2CV.
Commentaire
N.D.C : La question du moteur ne se pose pas
tant, le vrai nœud du problème est le carburant!
De plus, oui le budget de la sécurité sociale
n'est par défaut pas toujours liée aux
performances de l'Économie : en tant de crise, les gens
n'arrêtent pas d'être malades, le chômage
ne diminue pas (j'ai presque honte de le lui rappeler) et les
ressources n'augmentent pas alors que les dépenses bien
(idem)!
Par facilité, les syndicats revendiquent bien sur
une augmentation des recettes, via un impôt sur la fortune,
une cotisation sociale générale, plus de taxes
sur l'industrie pharmaceutique, etc. S'agit-il d'une
stratégie durable ? Non. Elle peut Éventuellement
résoudre une partie du problème
à court terme, mais à long
terme cela revient à scier la branche sur laquelle
on est assis. Pourquoi ? Parce que ces beaux slogans fiscaux cachent en
fait une opération unique de relèvement des
impôts pour les actifs âgés de 25
à 50 ans. J’attends avec impatience les
propositions concrètes visant à taxer
ceux qui ont investi leurs économies dans une maison ou les
ont placées sur un compte. Un impôt sur la
fortune, qui toucherait quelque 10.000 'riches', ne permettra pas non
plus de combler le déficit structurel de 4 milliards
d’euros, mais entraînera la fuite de ces capitaux
à l’Étranger.
J’entends déjà certaines
personnes dire qu’il n’y a plus
qu’à se tourner vers les entreprises. Si
l’on veut compromettre la relance économique,
porter un coup à l’industrie ou aux
services et donc à l’emploi, alors
attaquons-nous aux boeufs qui tirent la charrue. Le moteur 2CV de notre
Rolls Royce ne tardera pas à caler.
Commentaire
N.D.C : Malheureusement, il ne s'agit pas de
facilités, mais d'ambition! La seule facilité est
une position néolibérale où¹
l'on abandonne tout comme M. Timmermans semble le suggérer :
tout privatiser, oui cela rapportera de l'argent aux riches
et coûtera moins à l'Etat. Mais qu'en
coûtera-t-il à la
société? Aux travailleurs moyens et pauvres, la
grande majorité d'entre nous, je vous rappelle au passage.
Eh bien oui, les syndicats visent la justice sociale, et croyez-moi
c'est autrement plus difficile que la loi du plus fort! Nous sommes par
contre d'accord : n'augmentons plus la charge sur les travailleurs qui
payent déjà deux fois le coût
d'une sécurité sociale (via des
prélèvements sur salaires et via la TVA)
qui est loin d'être idéale. Du concret?
En voici : taxons les grandes fortunes (si quelques-uns s'en vont,
cela changera-t-il grand chose vu qu'ils ne participaient de
toute façon pas? Les abords de l'Avenue Louise seront peut
être un peu moins glamour, mais à par
cela ?), taxons les revenus du capital comme ceux du travail
(c'est cela la solidarité et cessons les cadeaux
fiscaux aux entreprises, ou tout le moins pour être
réalistes lions les fermement à la
création d'emploi de qualités. Et remettons
l'église au milieu du village : ce sont les travailleurs qui
tirent la charrue et créent la richesse, pas les
entreprises! Nous devons donc changer
de cap. Oser aujourd’hui décider de mesures
structurelles qui auront au fil des années un impact
grandissant. Nous devons vivre selon nos moyens. Les chiffres de la
sécurité sociale montrent parfaitement
où le bât blesse. En voici quelques
exemples :
1. Le
chômage augmente, or le nombre de fonctions critiques demeure
élevé.
Commentaire N.D.C :
Pas totalement faux, mais dans un rapport de un pour six : s'il est
évident qu'il faille les remplir, on est loin de
régler la question du chômage avec ce seul point,
soyons un peu réaliste m 'enfin! Et créons de
vrais emplois.... Notre espérance de vie est de plus en plus
longue, mais nous souhaitons sortir relativement tôt du
marché du travail. Notre régime de pensions ne
restera soutenable à l’avenir que si
nous intégrons d’une manière ou
d’une autre cette espérance de vie accrue dans le
calcul des pensions.
Commentaire N.D.C :
Rappelons que l'on travaille pour vivre et pas l'inverse, et que nous
ne voyons pas en quoi il est choquant de vouloir profiter d'une fin de
vie de qualité après une carrière pour
beaucoup peu épanouissante! De plus ne négligeons
pas le poids économique des seniors! Sans compter le fait
qu'à la moindre occasion, le moindre patron se
défait de ses "vieux"... Faut
réfléchir avant de parler!
3. Nous
souhaitons continuer à appliquer au principal
poste de la sécurité sociale,
à savoir l’assurance maladie (22
milliards EUR/an !), une norme de croissance de 4,5% par an, et ce
alors que l’économie connaîtra cette
année une croissance négative de
l’ordre de 4% et, dans le meilleur des cas, une croissance
nulle en 2010.
C'est un brin
démago, mais à qui la faute? Tout cet
argent public engouffré dans les entreprises
financières parce que quelques-uns, il y'a un an encor,
voulaient toujours faire plus avec rien et surtout que les
autorités ne s'en mêlent pas! Maintenant les
banques sont sauvées, heureusement pour les petits
épargnants que nous sommes, mais dans un monde
idéal cet argent n'eut-il pas été
mieux utilisé pour construire des écoles,
crèches, hôpitaux etc... Oui, tôt ou
tard, les entreprises qui en ont
bénéficié devront rendre la monnaie de
leur pièce afin de soutenir la construction de la
société que nous voulons!
4. Les
autres allocations bénéficient d’une
liaison au bien-être, sur la base d’une
augmentation annuelle de la productivité dans le secteur
privé de 1,75%. Or, actuellement, celle-ci ne
dépasse pas 1,25% au mieux. Dèss lors, les
revenus des travailleurs croîtront moins vite que ceux des
allocataires sociaux.
Commentaire
N.D.C : C'est partiellement faux, et uniquement
après des années d'écart croissant de
manière scandaleuses!
Une autre solution
consiste en une lutte contre la fraude fiscale ET sociale. Nous sommes
en faveur d’une politique de tolérance
zéro dans ce domaine, mais en traitant en
parallèle tous les facteurs qui encouragent cette fraude.
Commentaire
N.D.C : On n’a jamais dit le
contraire, mais ce n'est pas en supprimant les impôts des
riches et les allocations des pauvres que l'on va y arriver
(démago mais j'assume, en même temps, c'est
tellement facile!) Mais là aussi, restons
réalistes : il est utopique de croire que cela permettrait
de combler les déficits. Pas sur de un, et de deux ce qu'il
appelle un déficit je le rebaptise un surplus de bien
être social!La FEB est prête à
prendre ses responsabilités et à
prendre part à la recherche de changements structurels
visant à rendre la sécurité
sociale payable à terme. Les chiffres indiquent
qu’il faut adapter structurellement le rythme des
dépenses à l’assise de notre
économie. Vouloir le contraire relève du
rêve. De l'audace et de l'ambition, notre avenir le
mérite!
Commentaire N.D.C. : Ouf, j'ai
failli croire le contraire Piet!!!
Source pour la FEB http://www.vbo-feb.be/index.html?vmininews=1&id=835
Bulletin N°50
Coup d'oeil
dans le retroviseur
C'est
en
novembre 2000 que le bulletin renaissait de ses cendres, en quelque
sorte.
Depuis la naissance de la Fondation, il était, certes, sorti
de presse mais de
manière très irrégulière.
Avec ce premier numéro, nouvelle série, il
prenait en
outre une orientation différente de celle du
passé; en effet, il se voulait
coller au plus près à l'actualité
politique et sociale, s'inscrivant ainsi, en
toute modestie, dans les pas d'Elie BAUSSART lorsqu'il eut
l'idée de créer La
Terre Wallonne.
Coup d'œil dans
le rétroviseur en sorte de se rappeler ce qui s'est
passé au cours de ces
presque dix années, non pas par souci de nostalgie mais
parce le passé peut et
doit parfois nous éclairer sur les enjeux d'aujourd'hui.
Dans le numéro 2
de janvier 2001, nous reprenions cette citation d'Elie BAUSSART:
«
Parfois, un rocher considérable, miné par un lent
et invisible travail,
s'effondre, mais la physionomie de la montagne n'en est pas
changée ». Il
évoquait le modèle de
société capitaliste. En 2008, force
était de constater
que ce modèle de société
était toujours bien présent avec la crise
bancaire,
qui est aussi, quoiqu'en dis d'aucuns, une crise du capitalisme et du
néo-libéralisme.
A plusieurs
moments, nous avons évoqué les
problèmes institutionnels. Ils sont toujours
bien présents, eux aussi, et
la
polémique autour de BHV n'en est qu'un soubresaut parmi
d'autres. La conscience
wallonne a-t-elle progressé depuis? En mai 2006, dans le
numéro 30, nous évoquions
un essai de constitution wallonne peu révolutionnaire en soi
mais ayant
déclenché l'ire des médias
francophones que l'on sait dominés par Bruxelles, En
janvier 2007, nous stigmatisions les réactions de DI RUPO et
de MILQUET suite à
l'émission-fiction de la RTBF sur l'éclatement de
la Belgique. Force est de
constater qu'on s'est un peu plus encore rapproché de cet
éclatement qui n'est
sans doute pour nous déplaire mais que les tergiversations
de certains
belgicains, tous partis confondus, ne font finalement que retarder et
placer la
Wallonie dans une position inconfortable en vue des
négociations futures.
En mars 2001,
nous évoquions le refinancement des Communautés
et donc de l'école et le
souhait d'une régionalisation de l'enseignement. Celle-ci
est dans les faits
réalisée en cette fin 2009: la Région
wallonne a quasi main-mise sur la
Communauté française touchée de plein
fouet par la crise, Bruxelles étant
exsangue financièrement parlant. Le gouvernement wallon et
communautaire sont
en outre fusionnés. On parle, à
présent, de Fédération
Wallonie-Bruxelles.
A
plusieurs reprises aussi nous avons traité d' un sujet cher
à Elie BAUSSART,
celui de la paix dans le monde. Force est de constater que celle-ci est
loin
d'être une réalité partout dans le
monde. Citons la Palestine, l'Afghanistan,
l'Irak, les pays des Lacs en Afrique, … sans oublier l'Iran
et son refus de se
soumettre vraiment au contrôle international en
matière d'énergie atomique.
Plus
que jamais donc, et c'est le bilan que nous pouvons faire de ces
cinquante
numéros, plus que jamais la pensée d'Elie
BAUSSART continue d'interpeler les
femmes et les hommes de ce temps et se révèle
très actuelle quand bien même les
conditions socio et politico-économiques ont
changé.
Nous
ne pourrons donc que poursuivre dans la voie que nous nous sommes
tracée lors
de la création de la Fondation : être un endroit
où des hommes de tous horizons
cherchent ensemble des pistes de réflexion et d'action pour
la Wallonie, la
paix et une société plus juste.
C'est
en tout cas les vœux que nous formulons au seuil de
l'année 2010 et
puissions-nous nous retrouver pour le 100 ème
numéro.
B.
DE COMMER.
Tribune
libre:
FDF
et
Wallonie
Le
FDF veut s'implanter en Wallonie. Chantal
Kesteloot énumère
plusieurs tentatives
antérieures du FDF en Wallonie (1) : en 1979,
(liste commune avec
le Rassemblent
wallon [RW],
aux
européennes de juin 1979). En 1984
(présentation en Wallonie d’une
liste FDF qui fut un échec). Puis le lancement de Pari Pour la Wallonie
(PPW), qui obtint 1% des voix.
Tentative de refondation du FDF en en 19911993 avec une
aile wallonne et
bruxelloise à travers SUD qui fut suivie de
l’offre d’une fédération avec
le
PRL proposée par Jean Gol. La situation actuelle
avec 40% des mandataires FDF au MR à
Bruxelles.
En
1979, Antoinette
Spaak obtient
117.000 voix de préférence pour la Wallonie et
Bruxelles. Les principaux
responsables du FDF veulent la fusion du FDF et du RW, alors qu'avant
ils
étaient distincts, ce qui
supposait une
délimitation des deux régions (2). Lors du
Conseil régional du RW en septembre 1981
à Namur, Paul-Henry Gendebien comprend qu’une
faible majorité des membres du
Conseil va se prononcer en faveur de la fusion (prélude
à la fusion
Communauté/Région). (3)
Il quitte le RW.
Celui-ci meurt de sa belle mort, mais ses militants et mandataires
rallient surtout le
PS lui donnant une
orientation régionaliste qui jouera un rôle
important. Le Manifeste
pour la culture wallonne est promu par Jacques
Dubois, Michel
Quévit, Jean Louvet, Jean-Jacques
Andrien et moi-même le 15 septembre 1983.
C'était la
première manifestation collective de tout rejet de fusion
Communauté/Région. En
1987, se réunit à
Charleroi, à l’Hôtel de Ville, le plus
grand des
Congrès wallons jamais organisés . Le Manifeste
de 83 fit pencher la balance en faveur du régionalisme comme
aussi
l’influence du rapporteur
scientifique, le Professeur Quévit. Au congrès de Wallonie Région
d’Europe, présidé
par
José Happart,
à
Ottignies, le
31 mars 1990 une
Commission réunie le matin sur les questions
institutionnelle proposa (à une
voix de majorité), que le Congrès se prononce sur
la suppression de la
Communauté. En assemblée
générale, la suppression l'emporta.
A
la XVIe Conférence
des peuples de langue française tenue à
Sète (du 5 au 7 juillet 2005),
Olivier Maingain, président du FDF et de la
Conférence fit tout ce qui était en
son pouvoir pour barrer la route de la tribune aux mouvements
spécifiquement
wallons, désirant garder l'exclusivité de la
représentation de la Belgique
francophone (la Wallonie ne devant plus y être
nommée). (4) Le même
phénomène
se reproduit les 14, 15 et 16 août 2008 à
Québec à la XVIIe Conférence
(5). Le FDF veut
réduire la Wallonie à
une annexe francophone de Bruxelles et
c'est là la tendance des autres partis francophones qui
trouvent cet espace
francophone adéquat à leur propre espace
géographique sans voir qu'ils sont,
comme démocrates, avant tout responsables, non devant leur
président de parti,
mais le Parlement des Wallons et des Bruxellois. Leur dérive
démocratique
représente un danger de mort pour la Wallonie et la
démocratie. Le FDF joue le
même jeu qu'eux. Contre les Wallons.
Contre les Bruxellois. Contre les Citoyens.
José
Fontaine, directeur de TOUDI
(1)
La Libre Belgique du
24/10/2009. (2) Pascal Delwit, La vie
politique en Belgique de 1830 à nos jours,
éditions de l’ULB, p. 150. (3)
Chantal Kesteloot n’évoque pas cette
volonté d’implantation du FDF en Wallonie
qui fut sans doute la plus proche du succès dans
l’article cité de La
Libre Belgique. (4) José Fontaine La
XVIe conférence des peuples de langue
française in VIGILE, 9 juillet 2005
consultable sur http://archives.vigile.net/ds-chroniques/docs5/jf-149.html (5) José Fontaine, La
Wallonie à la XVIIe Conférence
des peuples de langue française, in VIGILE du 28
septembre 2008,
consultable sur http://www.vigile.net/La-Wallonie-a-la-conference-des
(2)
D'autres
informations sur http://www.larevuetoudi.org/fr/story/communauté-françaisewallonie-une-confusion-malsaine ou en tapant , notamment, FDF + Wallonie sur
Google.
Bulletin N°51
D'Hopenhague
à Copenhague...
D'illusions
en désillusions.
L'ensemble des nations se sont réunies
dernièrement à Copenhague. Les attentes, les espérances étaient énormes
comme jamais elles ne l'ont été. Au point que d'aucuns parlaient d'
Hopenhague (de l'anglais « to hope »,
espérer).
Le réchauffement de la planète, entre autres, ne
date pas d'hier. En 1970, le rapport « Meadow » met
en avant les dangers écologiques d'une croissance économique et
démographique non maîtrisées. Entre 1970 et 2010, il y eut le sommet de
la Terre de Rio (1992) et Kyoto (1997). On y a beaucoup palabré, quasi
pas agi. Ou, en tout cas, les actions mises en place étaient en complet
décalage avec l'imminence des dangers qui nous guettent. Comme si l'on
eut pris, à chaque fois, des dispositions valables pour la décennie
précédente. Or, entretemps, la situation n'avait cessé de se
détériorer. Copenhague n'a pas failli aux mauvaises habitudes.
Si nul ne doute plus que nous courrions de
catastrophes écologiques en catastrophes écologiques à une catastrophe
majeure, globale, qui affectera la planète dans son ensemble et sans
plus aucune possibilité de faire marche arrière, en un mot, si la prise
de conscience existe bel et bien, personne ne veut vraiment se
mouiller.
Les pays riches et émergeant se regardent en
chiens de faïence, se soupçonnant mutuellement de vouloir
tirer les marrons du feu. Les pays pauvres, quant à eux, ne peuvent se
payer les énergies vertes et attendent que les pays riches les aident à
se les procurer. Mais ceux-ci en sont guère disposés à le faire.
Le 29 novembre et jusqu'au 10 décembre 2010 se
tiendra la 16ème Conférence de l'O.N.U sur le climat à Mexico. Une
année sera encore passée. Une de plus. Et la situation ne pourra avoir
qu'empirer.
Elie BAUSSART ne s'est guère exprimé sur les
problèmes écologique et pour cause, nul n'en parlait vraiment. Dans un
petit opuscule, pourtant, « Charleroi et son bassin »
(Editions La Terre wallonne, 1926), parlant du « pays noir –
ou plutôt gris », il écrivait: « Tout cela sous un
dôme mouvant de fumées grises, roussâtres, noires qui roulent, se
bousculent, et, bientôt, s'effilochent ». On sent
indéniablement sous sa plume comme une inquiétude. Le rapport
« Meadow » ne viendra que bien plus tard. Nul doute
que si Elie Baussart était encore de ce monde, il eut été du côté de
ceux pour qui la sauvegarde de ce bien commun qu'est la planète terre
passe avant la défense des intérêts particuliers.
Comme lui nous pensons que « l'oeuvre de
l'homme est trop grande depuis qu'il est sur la terre, ses luttes trop
héroïques, son ascension – quels que soient les chutes et les retours
en arrière qui l'avaient marqué – trop certaine pour que, au total,
nous n'admirions pas cette longue épopée.
Des civilisations nous ont faits ce que nous sommes: nous portons en
nous leur héritage dans nos idées, dans nos moeurs, dans nos oeuvres.
Nous ne renions rien de ce qu'elles nous ont laissé de beau, de grand,
d'utile. Et nous voulons les continuer ces civilisation, ou plutôt les
enrichir, sans tomber dans leurs erreurs ».
Une des ces erreurs – et quelle erreur ! - fut et
est justement de tout sacrifier à la croissance, fut-ce la vie ( ou la
survie peut-être) de la planète elle-même. Espérons que les générations
qui nous succèderont n'auront pas à haïr la nôtre comme aucune
génération n'a jamais haï celles qui la précédaient.
B. DE COMMER
Bulletin N°52
De
la chute du Mur de Berlin à la chute de Lehman Brothers...
En un bon quart de siècle, nous avons connu
l'effondrement de deux idéologies: l'idéologie marxiste et l'idéologie
libérale. La première était symbolisée par la chute du Mur de Berlin,
la seconde par la chute de Lehman Brothers.
Nos contemporains se retrouvent complètement
déboussolés et la plupart d'entre eux se sont arcboutés sur leurs
droits individuels, reléguant l'Etat – la collectivité- dans un rôle
exclusif de prestataires de services à la carte. Si l'Etat Providence
existait bel et bien avant, il supposait entre les individus une
certaine solidarité, librement consentie ou imposée mais bien réelle et
non discutée.
Aujourd'hui, la vision que nous avons de l'Etat
est strictement utilitariste. Ce que l'on demande, par exemple, à la
Région wallonne, c'est dé réparer les routes fortement dégradées par
les dernières intempéries non pas parce qu'elles sont un bien
collectif, utile à tous, mais parce que nous payons pour cela et
qu'elles nuisent aux amortisseurs de nos véhicules personnels.
Autre exemple, et qui touche un outil de
socialisation comme le sont les organisations syndicales. Lorsque l'on
s'affilie à une organisation syndicale, quelle qu'elle soit,
majoritairement on le fait dans une perspective de défense
individuelle. La dimension collective du combat syndical est absente au
point qu'il est désormais difficile de trouver des candidats pour les
élections sociales. Le paiement d'une cotisation est perçu comme le
seul investissement personnel tolérable. Et encore!
Devant cette absence apparente d'alternative –
sinon le repli sur soi perçu comme le centre du monde- il n'est sans
doute pas vain de revisiter quelque peu la pensée d'Elie BAUSSART.
Celui-ci fut particulièrement critique sur les
deux modèles de société: marxiste et capitaliste. Dans « Essai
d'initiation à la Révolution anticapitaliste », il écrira à
propos de l'Etat libéral: « Si haut qu'il mette l'individu, si
tenté qu'il soit de la déifier, quelque soin qu'il prenne de garantir
ses droits essentiels, plus théoriques que concrets, l'Etat libéral
considère l'homme comme un être de raison, déraciné, sujet de droit
plutôt que personne vivante au point qu'il a fallu lui faire violence
pour qu'il prît en considération le sort du prolétariat. Par contre,
placez l'homme dans l'Etat communiste ou totalitaire: le voilà sacrifié
à la communauté-termitière, dont il n'est plus qu'une des unités
interchangeables, et dont la fin dernière est d'assurer la conservation
de l'espèce – en tant que peuple ou en tant que nation- le salut de
celle-ci étant la loi suprême. Subordonné à l'économie, asservi, jusque
dans sa vie personnelle, à la loi inexorable du profit qui n'épargne
pas plus le riche que le pauvre, il ne reste, juridiquement s'entend,
au citoyen de l'Etat démocratique, que l'évasion dans le monde abstrait
des droits de l'homme: évasion illusoire souvent, qui ne délivre pas
des chaînes qui l'entravent comme producteur, comme père de famille,
comme candidat à la culture... » Et Elie BAUSSART de rêver à
une société où « le citoyen est libre dans l'Etat »
où le « citoyen n'est pas un dieu. L'Etat non plus. Ni la
race, ni la langue, ni la classe ».
Elie BAUSSART ne précise pas les contours que
revêtirait ce nouveau modèle de société auquel il aspire, sinon qu'il
doit être « un ordre social fondé sur la justice » et
qu'il s'impose de travailler « à frayer les voies
de la cité nouvelle, en attendant d'y vivre ».
Cette cité nouvelle sera-t-elle celle qui se base
sur l'allocation universelle, comme certains l'affirment et dont on
pourra lire ci-après et sur notre site web les préceptes ?
Nous laissons à nos lecteurs le soin d'y répondre
positivement ou non. Quoiqu'il en soit, quelle que soit la société qui
nous attend, elle devra, comme l'écrivait Elie BAUSSART, être
l' « humanisation de
tous ».
B. DE COMMER.
Bulletin N°53
Nil
mortalibus arduum est.
Rien n'est impossible aux mortels. C’est
par cette citation de Horace que Bart De WEVER a ouvert son discours de
victoire devant ses militants. On aime ou on n’aime pas Bart DE WEVER, mais il
faut lui reconnaître un sens indéniable de l’à propos. Et si, tout simplement,
les Wallons en faisaient, eux aussi, leur slogan ?
Au moment de boucler le présent éditorial,
le même Bart De WEVER consulte tous azimuts au titre d’informateur. Nous aurons
l’occasion de revenir ultérieurement sur la réussite ou l’échec de cette
mission. Constatons simplement que l’homme qui, à la veille des élections était
déclaré infréquentable par les partis francophones, du jour au lendemain, l’est
devenu même si certains y mettent des réserves comme par exemple Charles PICQUE
(PS) lorsqu’il déclare le dimanche des élections sur le plateau de la
RTBF : « M. DE WEVER ne m’en voudra pas (il est assis à ses côtés).
Mais quand il est apaisant, je suis encore plus vigilant ». Il fait
évidemment allusion aux prises de position de la NVA sur le statut de Bruxelles
(à cogérer par la Flandre et la Wallonie) et sur BHV(à scinder purement et
simplement).
BHV a fait tomber le gouvernement via le
VLD. Quant à nous, Wallons, nous rejoignons José HAPPART à ce propos quand
il déclare : « Le problème de BHV regarde d’abord la Flandre et les
Bruxellois. Que la Région bruxelloise et les Flamands négocient BHV entre eux.
Ce que les Bruxellois estimeront bon, les Wallons seront d’accord avec cela ».
Cela étant dit, nous n’arrivons pas à comprendre à quel titre des Francophones
installés en Flandre refusent de s’intégrer.
Les Flamands, dont étaient mes
grands-parents, qui, au siècle dernier, avec les Italiens et autres immigrés,
ont rejoint la Wallonie pour y travailler dans les charbonnages, l’on fait sans
la moindre facilité. Que du contraire, ils ont fait l’objet de quolibets (Sale
Flamind, disait-on) et de discriminations (interdit aux chiens et aux Italiens,
portait une enseigne de café).
Mais revenons à la victoire de la N-VA.
Beaucoup ont affirmé que ce succès massif était dû aux manœuvres du VLD qui
aurait voulu paraître plus Flamand que Flamand et en récolter les fruits
électoraux. Il y a eu de cela,
c’est certain. Mais nous trouvons l’analyse de Vic ANCIAUX nettement plus
pertinente. Il affirme, en effet, que « cette victoire était prévisible.
Certains discours venant de la francophonie, de la part de MILQUET et consorts
ont joué en faveur de Bart DE WEVER et l’ont rendu plus fort. Les médias ont
aussi joué un rôle en se focalisant, durant toute la campagne, sur Bart DE
WEVER » (LE SOIR, 19/06/2010).
Mais cette victoire, tant redoutée par
d’aucuns, est-elle vraiment redoutable ?
Nous ne le pensons pas. Nous croyons, au
contraire, que, jumelée à celle du PS, c’est une occasion unique d’aller plus
avant, plus profondément, dans la réforme de l’Etat. L’article 35 de la
Constitution prévoit que les Régions ont toutes les compétences sauf celles
dévolues au fédéral. Force est de constater aujourd’hui que l’on fait
l’inverse : toutes les compétences sont au fédéral sauf celles qu’on
transfère aux Régions.
Fédéralisme ou confédéralisme, peu importe
après tout les mots ! Il faut que les Wallons osent aller de l’avant. Ils
en ont l’occasion historique, ils en ont la capacité. Ils ne doivent pas se
laisser piéger par des discours belgicains qui ne disent pas leur nom. Ni par
les propos arrogants d’un certain parti bruxellois – nous visons le FDF- qui
n’a que mépris pour la Wallonie et les Wallons. Comme l’écrivait José FONTAINE
dans notre Bulletin n° 50, « le FDF veut réduire la Wallonie à une annexe
francophone de Bruxelles ». De cela, il faut que les Wallons prennent bien
conscience au moment où s’entameront les négociations communautaires.
Comme l’écrivait Elie BAUSSART :
« Je souhaiterais que nous soyons au premier plan dans le développement de
ce sain régionalisme qui, en révélant la Wallonie aux Wallons, et les Wallons à
eux-mêmes, nous fait mieux aimer notre petite patrie et resserre les liens
d’amitié, de fraternité au sein de la communauté wallonne… Je me permets
d’insister sur cette action tournée vers l’avenir, car, outre sa valeur propre
sur le plan actuel, elle nous gardera d’un défaut dans lequel versent
facilement les mouvements régionalistes : l’autolâtrie (sic) à force de
regarder le passé dans le miroir complaisant de l’amour-propre et des préjugés,
laquelle engendre presque fatalement le mépris et la défiance du voisin. Qui oserait dire que, Flamands et
Wallons, nous ne sommes pas tombés dans ce travers ? ».
C’était en 1936, dans « Terre
wallonne ». En y ajoutant aujourd’hui « Bruxellois », comme
cette réflexion, initiée il y a quasi trois-quarts de siècle, est encore et
comme jamais bien d’actualité.
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